Misérable appat

Misérable appat

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 24 avril 2010

Quel est le but de la nouvelle tournée de l’émissaire américain George Mitchell au Proche-Orient, alors qu’Israël répète à qui veut bien l’entendre qu’il n’y aura pas de pause dans la colonisation des territoires occupés et entreprend une des plus vastes opérations d’épuration ethnique de ces dernières années ?

La mission de Mitchell n’est pas destinée à convaincre Israël de changer d’avis mais de l’assurer de l’indéfectible soutien américain à sa «sécurité». Cela a été dit par l’émissaire américain et on le croit volontiers. La seconde partie de la déclaration de l’émissaire d’Obama est que les Etats-Unis veulent la «création d’un Etat palestinien».

Peu de gens censés au Proche-Orient prennent au sérieux cette assertion. Il suffit pour s’en rendre compte de voir comment Israël parvient à imposer aux Etats-Unis ses priorités, à savoir bombarder l’Iran et menacer la Syrie. L’entrain dont fait preuve l’administration américaine à satisfaire les désirs israéliens n’a pas d’égal.

A quoi sert donc la nouvelle visite de George Mitchell au Proche-Orient ? A défendre les intérêts d’Israël, assurément ! Et à intimer l’ordre à Mahmoud Abbas d’entrer à nouveau dans le «processus» sans fin de négociation. Le chef de l’Autorité palestinienne, à la légitimité fortement contestée, s’est vu contraint ces dernières semaines, pour des raisons de pudeur élémentaire, de refuser de reprendre les vaines discussions avec Israël.

La nouvelle tournée de Mitchell, représentant d’une administration sans aucun courage vis-à-vis d’Israël et de son puissant lobby, n’a qu’un seul but : dire à M. Mahmoud Abbas que la période de pudeur doit prendre fin. Et bien entendu, il arguera des incitations que les Etats de la région, si peu «modérés» en matière de libre expression de leur population, pour le contraindre à entrer dans un processus destiné à servir d’alibi.

En cas d’agression contre l’Iran – c’est dans l’air -, il vaut mieux donner l’impression aux opinions de la région que les Etats-Unis sont sérieusement engagés dans un processus de solution pour les Palestiniens.

Le plus remarquable est que les Etats arabes à l’alignement sans modération ne sont même pas à même de faire dans la plate «realpolitik» et d’obtenir une quelconque contrepartie à un soutien à une agression contre l’Iran. Au contraire, les Etats-Unis vont sonner la mobilisation pour amener les Etats arabes de la région à voir comme un grandiose «pas en avant» la proposition israélienne de création d’un «Etat palestinien avec des frontières provisoires».

Voilà le misérable appât qui est offert pour amener Mahmoud Abbas et les autres dirigeants de la région à entrer dans un processus dont l’aspect mystificateur est connu depuis des années. Il ne faut pas être grand stratège pour comprendre que «l’Etat aux frontières provisoires» le restera définitivement et que les policiers de Ramallah seront chargés de veiller à la permanence d’un système d’apartheid soutenu par les démocraties occidentales.

Si M. Abbas entre dans cette énième supercherie, il se transformera définitivement – et pour l’histoire – en prévôt en charge de veiller au silence des bantoustans palestiniens.