Aux limites de l’absurde

Aux limites de l’absurde

El Watan, 26 décembre 2009

Pour une fois depuis bien longtemps, une année ne s’achève pas comme elle avait commencé. 2009, se rappelle-t-on, s’était ouverte sur un déluge de bombes israéliennes sur la Bande de Ghaza avec l’un des plus gros massacres de Palestiniens en peu de temps et un discours vigoureux du président Barack Obama élu à cette charge le 4 novembre 2008, en tout cas en totale rupture avec celui de son prédécesseur. Une promesse suscitant un certain espoir, les Palestiniens confirmant quant à eux une position traditionnelle, celle de voir venir avant de se prononcer. Eux avaient la justice et le droit de leur côté. Ils n’avaient plus rien à donner et attendaient de Barack Obama qu’il passe aux actes. Ce qu’il a fait, il est vrai, avant de se heurter au blocage israélien. A moins que cela relève de la simple tactique, puisqu’il a ouvert de multiples fronts intérieurs, le président américain a fini par revoir son discours avec un recul considérable, laissant en l’état la situation au Proche-Orient, une région livrée à la politique extrémiste israélienne, une évidence, car c’est la seule et la même depuis la création d’Israël.

Dans cette vérité, il en est pourtant qui croient faire des découvertes à travers sa partie la plus visible et justement quand eux y sont confrontés. Jamais avant. Après, rien n’est moins sûr, comme si les mémoires subissaient un véritable lavage ne laissant absolument rien subsister de ce qui a été constaté et rarement subi avec la même force que les Palestiniens. Il s’agit notamment des restrictions de circulation, ou encore des check-points israéliens qui ont fini par transformer les territoires palestiniens supposés autonomes depuis 1993 en un espace morcelé et surtout éclaté, le tout parcouru par les colons et soldats israéliens. Un confetti ou encore des bantoustans de sinistre mémoire, dépourvus de moyens d’existence et de continuité géographique. Cela sans parler de Ghaza, justement qualifiée par les Palestiniens de prison à ciel ouvert, sans lien avec la Cisjordanie. Ce qui a agacé plus d’un durant les fêtes chrétiennes.

C’est pourtant la dure réalité subie par les Palestiniens. Telle est la réalité des Palestiniens, que certains ramènent à une question de réfugiés qu’il faut donc traiter sous l’angle humanitaire. Ce n’est malheureusement pas avec un sac de farine que cette question sera réglée. C’est une question de justice et les Palestiniens ont fait comprendre qu’ils sont prêts à toutes les formes de lutte pour recouvrer leurs droits. Ils ont pour cela sanctionné leur direction historique, accusée de tergiversation et soupçonnée de vouloir rechercher un compromis, mais jamais de trahison, et donné leurs voix au mouvement Hamas au discours plus radical. On a tendance à oublier cette vérité. Tel est le fond de cette question et, pour la population palestinienne, sa manière de résister. Et d’exister, car tout a été fait pour que le monde ne puisse plus en parler. C’est déjà une victoire des Palestiniens.

Par T. Hocine