Jeux dangereux

Jeux dangereux

Par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 14 septembre 2006

Est-ce le déploiement des troupes occidentales qui donne aux «forces du 14 mars», pro-occidentales, cette agressivité à l’égard du Hezbollah pour le sommer de ne plus s’inscrire dans «l’axe syro-iranien» ? A l’accusation grave qui lui est portée de servir des intérêts extérieurs, voire d’être un agent de l’étranger, le Hezbollah n’a pas tardé à répondre avec une extrême vigueur.

Déjà légitimement outré que le gouvernement de Siniora ait pu accueillir un Tony Blair qui, avec Bush, a tout fait pour donner le temps «nécessaire» à Israël pour se livrer à des carnages en vue d’enfanter un Liban sans résistance, le Hezbollah a rappelé des cruelles vérités à des forces politiques qui prennent leurs ordres dans les ambassades occidentales.

L’enjeu est le désarmement de la résistance libanaise, ce qui place les tensions politiques libanaises actuelles dans une continuation de la guerre israélienne. Actuellement, une majorité de Libanais, toutes confessions confondues, considère que les Etats-Unis sont directement responsables de l’agression israélienne. Et ils considèrent que Washington n’a pas baissé les bras pour réaliser, à travers le gouvernement libanais, les objectifs qui n’ont pu être réalisés par la guerre.

Les forces du 14 mars oublient un peu trop vite qu’être un acteur supposé de l’axe «syro-iranien» est désormais beaucoup moins grave pour de nombreux Libanais que d’être un serviteur zélé des Américains. Il était de ce fait présomptueux pour la coalition pro-occidentale de lancer cette offensive contre la résistance libanaise et de demander la tête du président Lahoud, tout en refusant un gouvernement d’union nationale ou de nouvelles élections législatives.

Le jeu politique au Liban se polarise totalement entre des courants qui se fédèrent derrière la résistance libanaise et les forces du 14 mars, largement sous influence américaine, française et saoudienne. Ces dernières semblent avoir la tentation de croire que la présence de la Finul change le rapport de force et qu’ils peuvent s’en prendre à la résistance.

Ce calcul est dangereux. Le Hezbollah et les forces qui le soutiennent ne sont pas dupes des intentions évidentes d’une partie d’une «majorité» que certains n’hésitent pas à qualifier de «mafiocratie». Ils le disent désormais ouvertement en accusant les forces du 14 mars d’avoir «collaboré» avec les Américains et les Israéliens «pour assassiner la résistance». La venue de Blair a été la goutte de trop ! Hassan Nasrallah a dénoncé une provocation.

On est face à une volonté de brouiller les cartes au Liban après le cinglant échec israélo-américain. Les forces du 14 mars sont chargées de prendre le relais et peut-être même de créer les conditions d’une utilisation plus offensive de la Finul. Sauf que la résistance a plus de cartes qu’on ne le croit et dispose d’une base politique qui va au-delà du Hezbollah. En contrepartie, l’actuel gouvernement libanais ne dispose pas de la légitimité nécessaire pour engager l’opération de désarmement de la résistance.

Les prochaines semaines seront très difficiles au Liban. Une résistance, décidée à ne pas se laisser voler sa victoire, fait face à des féodalités politiques qui font dans la surenchère nationaliste, tout en étant totalement insérées dans le jeu de la très impopulaire administration Bush.