Dialogue «franc»

Dialogue «franc»

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 2 août 2009

Dans les usages diplomatiques, l’utilisation de la formule «dialogue franc» est l’expression la plus courtoise possible d’un désaccord entre deux parties. De «dialogue franc», il en a été question après la rencontre à Washington entre le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al-Fayçal, et son homologue américaine, Hillary Clinton. La rencontre s’est faite dans un contexte de diversion où les Américains, à la Maison-Blanche comme au Capitole, multiplient des exigences à l’égard des Arabes pour faire des «gestes» en direction d’Israël.

Ainsi, plus de 200 parlementaires américains ont demandé au roi Abdallah d’Arabie Saoudite de «faire un geste spectaculaire» en direction d’Israël. Alors que même des diplomates chevronnés semblent avoir été sensibles à ces pressions américaines – Amr Moussa a semblé lier la normalisation au gel des colonies, ce qui est une régression considérable -, le chef de la diplomatie saoudienne a signifié que les Etats arabes ont déjà donné. Et de fait, ils l’ont fait, y compris en désavouant ouvertement ou implicitement le choix de la résistance et en faisant le «choix stratégique» de la paix.

Cette démarche s’est définitivement cristallisée dans l’offre de paix arabe, une initiative du roi saoudien, entérinée par le sommet de Beyrouth de 2002. Celle-ci prévoyait l’établissement de relations diplomatiques complètes avec Israël contre le retrait de tous les territoires occupés depuis 1967 et la création d’un Etat palestinien.

Aller au-delà de cette offre passerait tout simplement pour une capitulation devant le fait accompli. C’est pourtant bien ce que l’administration américaine exige en contrepartie d’un appel, sans aucune pression, au gel de la colonisation. Les Arabes sont amenés par petites touches à déplacer les enjeux et à les réduire à un niveau ridicule. Accepter l’idée qu’un gel des colonies sionistes puisse servir de contrepartie à la normalisation est une formidable supercherie. Et certains dirigeants arabes sont enclins à précéder les désirs américains. Il est donc salutaire que l’ami saoudien des Américains ait rétabli les choses en s’en tenant strictement au minimum arabe de 2002.

En clair, les Arabes n’ont pas de « gestes» à faire en direction d’Israël. «La question n’est pas de savoir ce que les Arabes vont proposer. La vraie question est : que va proposer Israël en échange de l’offre globale» de paix arabe.

La démarche israélienne, constamment soutenue par l’administration américaine, consiste à coloniser le territoire et à négocier continuellement sur des détails. C’est en acceptant de participer à cette longue fumisterie que l’Autorité palestinienne s’est discréditée. La position saoudienne est raisonnable. Elle devrait être clairement soutenue par les «modérés» arabes et notamment l’Egypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne. Ils doivent dire avec «franchise» aux Américains qu’il n’y a rien à offrir de plus que le plan arabe de 2002. Au-delà, ce serait en effet une honte et une faute absolues…