Agir pour Gaza

Agir pour Gaza

par K.Selim, Le Quotidien d’Oran, 27 janvier 2008

Entre les risques d’un débordement aux conséquences redoutables et les exigences américaines, Le Caire a choisi la solution la moins coûteuse et la plus juste: laisser les Palestiniens de Gaza continuer à s’approvisionner dans son territoire. Une tentative de reprise en main de la frontière et de stopper le flux a provoqué des tensions qui ont été rapidement évaluées à leur juste mesure par le gouvernement égyptien. Le flux continue. Les Palestiniens ont déjoué, pour un temps, un blocus indigne. L’Egypte a évité de se mettre en porte-à-faux avec son opinion et celles des autres pays arabes.

Mais il ne faut pas s’illusionner. Les Palestiniens, qui respirent en se rendant en Egypte, reviendront à Gaza, le contrôle sur la frontière sera rétabli. Le blocus aussi ? C’est là que les Etats arabes, honteusement passifs, peuvent agir. Ils ne doivent plus laisser à Israël la possibilité d’étrangler les Palestiniens en escomptant des gains politiques. Ils ne doivent pas non plus laisser l’Egypte dans la solitude et éviter la consécration de la division entre Gaza et la Cisjordanie. C’est le souhait évident d’Israël.

La passivité des Etats arabes est terrible, alors qu’ils peuvent agir en créant une véritable organisation antiblocus aux portes de Gaza. Rien, absolument rien ne devrait les arrêter, pas même leurs obligations internationales. La première des obligations est de ne pas permettre que toute une population soit affamée et attaquée dans ses conditions minimales de survie.

Au Conseil de Sécurité, les Etats-Unis ont révisé un projet de résolution sur Gaza dans le sens d’une condamnation des victimes. C’est scandaleux mais prévisible. Les appels de l’Egypte au Fatah et au Hamas à une reprise du dialogue risquent d’être entravés par la logique américaine dans laquelle se sont enfermés Mahmoud Abbas et ses «négociateurs».

Le chemin de la réconciliation risque d’être long, raison de plus pour que les pays arabes cessent d’être des spectateurs. Gaza respire ces derniers jours, elle ne doit plus cesser de le faire. Indépendamment du cours des rapports entre le Fatah et le Hamas, les Etats arabes ont une responsabilité morale et politique à l’égard de la population palestinienne. Ils peuvent signifier au monde qu’ils n’accepteront plus qu’on les affame et qu’ils veilleront à ce que les produits nécessaires à la population arrivent à Gaza. Ce que l’Egypte fait pendant ces derniers jours, ils doivent le faire de manière durable. Ils ne doivent pas hésiter à mettre en place, collectivement, un dispositif de soutien à la population de Gaza. Ce serait la moindre des choses que de refuser de participer passivement au blocus.

Jusqu’à présent, les Etats arabes ont été particulièrement timorés. Ils ont une opportunité sans pareille de redorer leur blason en agissant. Les opinions les applaudiront pour une fois, s’ils décidaient que plus jamais Gaza ne sera affamée.