Scène politique en Kabylie

Scène politique en Kabylie

Incursion du MAK

El Watan, 24 avril 2008

Les manifestations populaires du 20 avril qui ont eu lieu en Kabylie, commémorant les événements du printemps berbère, ont été mises à profit par le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) pour réussir une démonstration de rue.

La mobilisation timide du RCD, selon les comptes rendus de presse, et l’effacement total du FFS de la scène politique ont été favorables à cette présence du MAK. A Béjaïa, les manifestants qui marchaient sous les mots d’ordre de ce mouvement, parmi lesquels il y avait le leader du mouvement, Ferhat M’henni, étaient nombreux. A Tizi Ouzou, le carré des manifestants qui reprenaient les slogans de l’organisation de Ferhat tel « Vive la Kabylie autonome » était bruyant. Cette action de rue du MAK était essentiellement l’œuvre des sections militantes de la communauté estudiantine des universités Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou et Abderahmane Mira de Béjaïa. La célébration du 20 avril qui s’est déroulée sous l’égide du RCD a « été particulièrement marquée par le caractère à la fois pluriel et convivial de la célébration de cette date phare du mouvement et de la construction démocratique en Algérie », a estimé le parti de Sadi sur son site internet. La manifestation a été marquée de manière singulière par la présence dans les rangs de manifestants par les militants, les cadres et les élus du parti. Il y a comme une cassure dans la mobilisation populaire. L’ère des marches qui drainaient des dizaines de milliers de manifestants semble bien lointaine. Ceux qui ont porté le Mouvement culturel berbère (MCB) depuis sa naissance, comme Saïd Khellil et Arezki Abbout, ont estimé qu’ils ont « terminé leur mission historique ». C’est ce qu’ils ont laissé entendre lors d’une rencontre commune et informelle. Le même avis est partagé par Mouloud Lounaouci, militant de l’amazighité et ancien cadre du RCD. Dans un entretien à El Watan, il a déclaré qu’il serait préférable d’organiser « des rencontres périodiques des jeunes militants avec les anciens ». Tous les trois n’ont pas répondu à l’appel « à la solidarité et à la tolérance » pour une marche « dans le respect des sensibilités de tous », comme l’a voulue le RCD. Dans ce capharnaüm politique, où les différents acteurs de la scène politique sont à la recherche d’un événement rassembleur et mobilisateur, seul Ould Ali L’hadi, directeur de la culture de wilaya et ancien militant de la mouvance culturelle berbère, se présente encore aujourd’hui comme le président du MCB. La commémoration du 20 avril 2008 a été ressentie comme un coup de grâce à la mobilisation populaire des trois dernières décennies. Tizi Ouzou du dimanche 20 avril a présenté un tableau piètre en matière de mobilisation mais salutaire en maturité. Derrière Bélaïd Abrika, il y avait une centaine de marcheurs. Devant et derrière Saïd Sadi, il y avait moins d’un millier de personnes. Les autonomistes étaient moins nombreux. Les étudiants de l’université étaient à peine un millier. Les quatre marches n’ont pas pu réunir 5000 personnes. Contrastes déroutants si l’on compare avril 2008 aux années 1990 pendant lesquelles les deux mouvances du MCB (commissions nationales proches du FFS et la coordination nationale, proche du RCD) réunissaient des centaines de milliers de marcheurs dans les wilayas de la Kabylie. La constitutionnalisation de tamazight et les itinéraires politiques de ces deux partis, parsemés de déboires, ne sont pas étrangers à cette étrange désaffection populaire. Un vide pesant s’est installé.

Saïd Gada