Les Etats-Unis sonnent la charge contre Téhéran

Dossier du nucléaire iranien

Les Etats-Unis sonnent la charge contre Téhéran

El Watan, 22 mai 2018

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé, hier, que les Etats-Unis allaient exercer une «pression financière sans précédent» sur le régime iranien, avec «les sanctions les plus fortes de l’histoire».

L’Iran n’aura «plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient», a-t-il ajouté en présentant la nouvelle stratégie américaine après le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. Mike Pompeo a promis de «traquer les agents iraniens et leurs supplétifs du Hezbollah à travers le monde pour les écraser». Cette sortie équivaut carrément à une déclaration de guerre.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a énuméré 12 conditions pour conclure un «nouvel accord» avec l’Iran, avec des demandes beaucoup plus draconiennes sur le volet nucléaire, la fin de la prolifération balistique et de l’implication iranienne dans les conflits au Moyen-Orient. Washington cherche notamment à évincer l’Iran et le Hezbollah de Syrie et du Yémen pour protéger ses alliés israélien et saoudien.

Ces deux pays militent en faveur d’une attaque contre l’Iran. Ces 12 conditions «peuvent sembler irréalistes», mais ce sont des demandes «basiques», a-t-il plaidé. En échange de l’application de ces conditions, a-t-il dit, les Etats-Unis sont prêts à lever, à terme, leurs sanctions. «Au bout du compte, le peuple iranien devra faire un choix sur ses dirigeants», a lancé Mike Pompeo. Pour les observateurs, il s’agit là d’«une nouvelle allusion au désir de changement de régime qui anime une partie de l’administration américaine».

Avertissements

Mike Pompeo a dit avoir demandé le «soutien» des alliés de Washington, notamment européens, pour «contrer» l’Iran. Le secrétaire d’Etat américain avait cependant admis, dimanche dernier, dans une interview accordée à la chaîne de télévision américaine Fox News, que les Etats-Unis avaient échoué à trouver un compromis avec les pays européens sur l’accord historique sur le nucléaire iranien. Il avait ajouté néanmoins que le mécanisme de sanctions des Etats-Unis, qui «est maintenant mis en place, est très clair quant aux exigences», laissant entendre que Washington est prêt à s’en prendre à des entreprises et leurs alliés européens, si ces derniers essaient de continuer à faire des affaires avec l’Iran.

Côté iranien, on pense toujours qu’il est possible, sous certaines conditions, de sauver l’accord. Surtout que Bruxelles le soutient. Le dirigeant de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI), Ali Akbar Salehi, cité hier par des médias, a ainsi déclaré que l’Iran était prêt à rester dans l’accord nucléaire, si tous les pays de l’Union européenne assurent la compensation des pertes infligées à Téhéran par les sanctions de Washington. Il a appelé en outre les représentants de l’Union européenne à «se prononcer contre Washington et de rester dans l’accord».

Dans le même ordre d’idées, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avait déclaré, la veille à Téhéran, que le soutien politique des Européens à l’accord sur le nucléaire iranien n’était «pas suffisant».

Pour Javad Zarif, l’Union européenne doit prendre «des mesures concrètes additionnelles» pour préserver sa coopération économique avec l’Iran, dont le «renforcement» de ses investissements dans ce pays. L’Iran essaie d’obtenir de l’UE qu’elle remette en vigueur la «loi de blocage», une législation qui remonte à 1996 et interdit aux entreprises de l’UE de se soumettre aux sanctions américaines.

Le commissaire européen à l’Energie, Miguel Arias Canete, s’était rendu vendredi dernier à Téhéran pour une visite de deux jours, dans le but de réaffirmer que l’UE souhaite maintenir des relations commerciales et une coopération ouverte avec l’Iran, malgré la décision des Etats-Unis de se retirer de cet accord – connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA). Sur place, il a déclaré que les Européens faisaient front commun pour sauver le JCPOA.

Ce front commun semble fonctionner en théorie seulement, puisque par crainte des sanctions américaines, Engie et d’autres sociétés européennes ont déjà annoncé leur retrait de l’Iran.
Zine Cherfaoui