Téhéran prévient le président Trump avant sa décision

Menaces américaines de se retirer de l’accord nucléaire iranien

Téhéran prévient le président Trump avant sa décision

El Watan, 7 mai 2018

Pour Téhéran, il n’est pas question de renégocier l’accord sur son programme nucléaire signé avec les grandes puissances, comme l’exige Washington.

A quelques jours de la décision du président américain, Donald Trump, sur l’accord nucléaire iranien, l’Iran a averti hier que les Etats-Unis regretteraient «comme jamais» leur éventuel retrait du texte, tout en restant vague sur ses intentions. «Si les Etats-Unis quittent l’accord nucléaire, vous verrez bientôt qu’ils le regretteront comme jamais dans l’histoire», a dit, lors d’un discours, le président iranien, Hassan Rohani, cité par l’AFP.

L’accord sur le nucléaire iranien a été conclu en juillet 2015, à Vienne, entre Téhéran et le Groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne), avant l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump. Par ce texte, l’Iran a déclaré ne pas chercher à se doter de la bombe atomique et a accepté de brider son programme nucléaire, afin d’apporter au monde la garantie que ses activités ne sont pas à visée militaire.

En échange, la République islamique a obtenu la levée progressive et temporaire des sanctions internationales imposées du fait de ce programme, et qui ont fortement nui à son économie. Mais le président Trump a donné aux Européens jusqu’au 12 mai pour trouver un nouveau texte qui remédierait aux «terribles lacunes» de l’actuel, faute de quoi les Etats-Unis s’en retireront.

Le président Rohani a déclaré : «Quelle que soit la décision de Trump, nous résisterons.» Il a indiqué avoir donné, «depuis plusieurs mois, (…) les ordres nécessaires», notamment à l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), en prévision de la décision de Washington. Mais il n’a fourni aucun détail sur la nature de ces consignes.

L’Europe face à l’inconciliable

Alors que les Européens, notamment la France, cherchent à préserver l’accord en tentant d’amener l’Iran à négocier sur la question de ses missiles et de son rôle régional, Rohani a de nouveau rejeté cette option. Téhéran «construira autant de missiles et d’armes» que nécessaire pour sa défense, a-t-il dit. «Nous respectons notre engagement, mais nous disons clairement au monde entier que nous ne négocierons avec personne sur nos armes et notre défense.»

Le président iranien a également soutenu que l’Iran est prêt à discuter des questions régionales, mais pas à abandonner son combat «contre le terrorisme». «Nous voulons parler avec le monde pour que notre région soit sûre». «Nous ne vous permettrons pas de créer un nouveau Daech» (acronyme arabe du groupe Etat islamique), a-t-il ajouté.

Comme il a assuré que son pays était «uni» : «Aujourd’hui, toutes les tendances politiques, qu’elles soient de droite, de gauche, conservatrices, réformatrices et modérées, sont unies.» Et d’ajouter : «Trump doit savoir que notre peuple est uni.»

Côté ultraconservateurs, Ali Akbar Velayati, le conseiller pour les affaires internationales du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé, jeudi, que son pays quittera l’accord, si Washington met sa menace à exécution. «Si les Etats-Unis se retirent de l’accord nucléaire, nous n’y resterons pas non plus», a-t-il déclaré.

Cela dit, dans un entretien publié hier par le Journal du Dimanche (JDD), le président français, Emmanuel Macron, a de nouveau insisté sur la nécessité, à ses yeux, de «compléter l’accord de Vienne» afin d’éviter une escalade dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Pour le président français, «nous devrions conserver l’accord de Vienne et le compléter» en discutant avec l’Iran sur trois sujets, à savoir, l’après-2025, date de l’expiration de certaines clauses concernant les activités nucléaires iraniennes, le programme balistique de Téhéran, ainsi que son rôle jugé déstabilisateur dans la région.

Rôle qui consiste en le soutien au président syrien Bachar Al Assad, au Hezbollah libanais, à des milices chiites en Irak, et aux rebelles houthis au Yémen.

En parallèle, le ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, a entamé une visite de deux jours à Washington. Il a indiqué, dans un communiqué, que les Occidentaux étaient «unis dans leurs efforts pour s’attaquer au type de comportement iranien qui rend la région du Moyen-Orient moins sûre». Il a estimé qu’il faut «maintenir» l’accord, «tout en le développant, afin de tenir compte des préoccupations légitimes».

Amnay idir