Nucleaire: Téhéran marque un point

Nucleaire: Téhéran marque un point

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 18 mai 2010

Soupçonnant l’Iran de développer un programme nucléaire militaire, les puissances occidentales du groupe des cinq+1 exigent de ce pays qu’il renonce à enrichir son stock d’uranium sur son territoire même à hauteur de 20%, faible pour la fabrication d’une bombe atomique. Pour leur part, les dirigeants de Téhéran refusent la proposition qui leur a été faite par les cinq+1 d’échanger leur stock d’uranium en contrepartie de la fourniture de celui enrichi à 20% que leur fourniraient un ou des pays du groupe, le tout devant être fait hors Iran dans l’un ou l’autre de ces pays.

Si la crise du nucléaire iranien persiste uniquement à cause de cet obstacle de la domiciliation de l’enrichissement de l’uranium, alors a priori l’accord signé lundi à Téhéran en marge du sommet du G15 qui s’est tenu dans cette capitale devrait a priori en faciliter la levée. L’accord signé entre le Président iranien celui du Brésil et le Premier ministre turc prévoit en effet que cette opération aura lieu en Turquie. Ce que refuseront très certainement les puissances occidentales membres du groupe des cinq+1 qui veulent en réalité obliger le régime iranien à passer par leur propre exigence qui est que c’est à elles de décider où et comment cette opération se fera. Elles prendront prétexte que les garanties données par les Etats brésilien et turc n’ont pas toute la sûreté qu’elles veulent. Il n’empêche, en acceptant l’accord proposé par ces deux pays, les dirigeants iraniens ont incontestablement marqué un point diplomatiquement. Ils prouvent ainsi, à la communauté et à l’opinion internationales qu’ils ne rejettent pas le principe d’une intervention étrangère dans le processus de l’enrichissement de leur uranium.

Dans le cas quasi certain, où les puissances occidentales du groupe des cinq+1 refuseront d’entériner l’accord, ils sont assurés de la solidarité des deux Etats qui l’ont contresigné et plus largement de celle de tous les autres qui y voient l’issue raisonnable à la crise du programme iranien.

Les Occidentaux cultivent une méfiance sans appel envers le régime iranien au point qu’ils le pensent incapable de pragmatisme. L’accord de Téhéran dément catégoriquement leur vision. Les Iraniens ont fait un geste d’apaisement qu’il sera difficile pour les puissances occidentales d’ignorer. A moins de confirmer ce que les Iraniens n’ont cessé de dénoncer dans l’attitude de ces puissances à l’égard de leur pays. A savoir qu’en cherchant à obliger l’Iran à passer par elles pour l’enrichissement de son uranium, elles visent à créer le précédent leur permettant d’avoir le monopole de ce genre d’opération. Un monopole que les Iraniens ont le mérite de constater à leur façon. Car au-delà de leur refus de la prolifération de l’arme atomique, c’est ce but que ces puissances poursuivent dans la perspective de l’inévitable montée en puissance du nucléaire dans la production d’énergie pour les décennies à venir.