L’Iran dans la ligne de mire

Le secrétaire d’état américain en tournée au Proche-Orient

L’Iran dans la ligne de mire

El Watan, 30 avril 2018

L’accord sur le nucléaire iranien et la politique régionale de la République islamique constituent les sujets importants des discussions entre Washington et ses alliés du Moyen-Orient.

Le nouveau secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a fait état, hier, de la vision de son pays sur l’Iran, à l’issue d’entretiens avec les dirigeants saoudiens, rapporte l’AFP. Riyad constitue la première étape d’une tournée au Moyen-Orient, qui, outre Israël, le mènera en Jordanie.

«L’Iran déstabilise l’ensemble de la région» et «contrairement à l’administration précédente, nous ne négligerons pas la vaste étendue du terrorisme iranien», a déclaré le chef de la diplomatie américaine, avant de quitter Riyad pour Israël. Il a assuré que Washington compte «continuer à travailler» avec ses «alliés européens» pour corriger l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. «Mais si un (nouvel) accord ne peut pas être trouvé, le Président (Trump) a dit qu’il (le) quitterait», a rappelé Mike Pompeo.

Son homologue saoudien, Adel Al Jubeir, s’est prononcé pour un durcissement de l’accord, notamment sur l’enrichissement de l’uranium et les inspections, et souhaité de nouvelles sanctions contre Téhéran pour son programme de missiles balistiques et son «ingérence dans les affaires des pays de la région».

De son côté, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a confirmé dans la journée que l’accord sur le nucléaire iranien serait le grand sujet de discussion avec le secrétaire d’Etat américain. «Je pense qu’il est important que Mike Pompeo vienne en Israël dans le cadre de son premier déplacement officiel hors des Etats-Unis en tant que secrétaire d’Etat», a-t-il ajouté à l’ouverture de la réunion hebdomadaire de son gouvernement.

Hostile à l’accord sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015, Donald Trump doit annoncer le 12 mai s’il «déchire» ce texte âprement négocié entre l’Iran et les grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), comme il l’a maintes fois promis. Il a assuré que le Président n’a pas encore pris sa décision. «Il n’y a pas encore de décision», a confirmé John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain, sur la chaîne Fox.

L’Iran et l’Arabie Saoudite s’opposent sur de nombreux dossiers, entre autres le Yémen et la Syrie. Riyad a engagé, en 2015, une intervention au Yémen, à la tête d’une coalition arabe, contre les rebelles houthis qui a fait près de 10 000 morts et provoqué «la pire crise humanitaire du monde», selon l’Organisation des Nations unies (ONU). Samedi, les autorités saoudiennes ont affirmé avoir intercepté un nouveau tir de missile des Houthis.

La veille, la coalition dirigée par Riyad a mené un raid sur la capitale yéménite Sanaa. Concernant cette intervention au Yémen, Mike Pompeo a réaffirmé hier le plein soutien de Washington à son allié saoudien. L’Iran «est un fournisseur d’armes aux rebelles houthis au Yémen», a-t-il indiqué, accusant la République islamique de soutenir en Syrie «le régime meurtrier de (Bachar Al) Assad».

En attendant la décision de Washington

Sur le conflit syrien, Donald Trump voudrait voir Riyad faire davantage et dépenser plus pour soutenir les opérations antidjihadistes dirigées par Washington, et permettre ainsi un retrait rapide des soldats américains engagés dans cette guerre. Par ailleurs, Londres, Paris et Berlin ont réaffirmé leur engagement dans l’accord sur le nucléaire iranien, y voyant «le meilleur moyen de neutraliser la menace» d’un armement atomique de l’Iran, ont indiqué un peu plus tard dans la journée les services de la Première ministre britannique Theresa May.

Mme May s’est entretenue séparément au téléphone avec le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande Angela Merkel, samedi et dimanche, après la visite de ces deux derniers, cette semaine aux Etats-Unis, où ils ont tenté de convaincre le président de rester dans l’accord. «Ils ont discuté de l’importance de l’accord nucléaire iranien (…) comme le meilleur moyen de neutraliser la menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire, s’accordant sur le fait que notre priorité en tant que communauté internationale restait d’empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire», selon un communiqué.

«Ils ont convenu que des éléments importants n’étaient pas couverts par l’accord, mais que nous devons y répondre, notamment les missiles balistiques, ce qui arrivera à l’expiration de l’accord et l’activité déstabilisatrice de l’Iran dans la région». Emmanuel Macron a proposé, cette semaine, à Donald Trump de préserver l’accord d’origine qui deviendrait le premier des «quatre piliers» d’un futur texte.

Les autres «piliers» concernent l’après-2025, quand certaines clauses concernant les activités nucléaires vont expirer, mais aussi les missiles balistiques très controversés de Téhéran et son rôle jugé «déstabilisateur» dans la région. «Reconnaissant l’importance de conserver» l’accord, les dirigeants français, britannique et allemand «se sont engagés à continuer à collaborer étroitement, ainsi qu’avec les Etats-Unis, sur la manière de faire face aux défis posés par l’Iran, notamment les questions qui pourraient être concernées par un nouvel accord», a ajouté Downing Street.

L’accord prévoit un gel par Téhéran de son programme nucléaire jusqu’en 2025. Mais Angela Merkel a estimé vendredi qu’il ne suffisait pas à contenir les ambitions iraniennes. La semaine dernière, l’Iran et la Russie ont catégoriquement rejeté l’idée d’un nouvel accord et affiché leur volonté d’en rester au seul texte existant.

Amnay idir