Intox guerrière

Intox guerrière

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 9 septembre 2009

A la veille de la fin de son mandat, le 30 novembre prochain, à la tête de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), le diplomate égyptien Al Baradeï se voit accuser par Israël et la France de dissimilation de preuves concernant le programme nucléaire iranien. L’AIEA étant tout sauf une officine iranienne, l’accusation est totalement farfelue. On peut comprendre que la France, dont le track-record nucléaire n’est pas des plus rassurants, puisse s’inquiéter en effet de la dissémination atomique, mais l’indignation israélienne relève d’un comique de situation où la tartufferie le dispute à l’indécence.

Ce pays colonisateur «décomplexé», qui dispose d’un arsenal secret et illégal estimé à plus de deux cents ogives nucléaires, peut se permettre de clouer au pilori le dirigeant de l’AIEA. Il se trouvera des démocraties «avancées» pour lui emboîter le pas. Al Baradeï, qui se défend avec véhémence, voit dans ces gesticulations une manoeuvre savante d’intimidation et de conditionnement de son successeur. Le dernier rapport de l’AIEA n’est pas particulièrement amène pour Téhéran : l’Agence internationale demande à ce pays plus de transparence en matière de communication de données et attend des Iraniens qu’ils signent le protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP) qui assurerait de manière bien plus contraignante le caractère civil de leur programme atomique.

Mais il n’empêche, Israël et ses alliés ne veulent pas que l’Iran mène à bien sa stratégie d’acquisition du savoir-faire dans le domaine stratégique de l’énergie fissile. La maîtrise du processus d’enrichissement de l’atome est l’une des clefs du développement et un axe majeur de la recherche scientifique civile. Mais quels que soient les gages d’orientation pacifique, l’Iran est soupçonné des pires intentions.

Pourtant, ce pays n’a envahi ni agressé personne depuis des centaines d’années. Au contraire, il a bien été la cible de nombreux complots étrangers, de l’aveu même du président Obama lors de son désormais fameux discours du Caire. Il est clair pour tous que le seul pays dans la région à violer impunément la loi internationale, à s’emparer par la force de territoires de ses voisins et à se surarmer est Israël. Le génocide des juifs d’Europe par des Européens justifiant tous les excès d’un Etat artificiel fondé sur l’appartenance ethnico-religieuse.

Dans cette optique biaisée, la polémique, où la diabolisation d’Ahmadinejad joue un rôle central, paraît être une phase nouvelle de la campagne d’intoxication de l’opinion et de préparation de celle-ci à une éventuelle frappe préventive contre le pays des ayatollahs. «Ces accusations sont motivées politiquement et absolument sans fondement. De telles tentatives d’influencer le travail du secrétariat sont une attaque contre son indépendance et son objectivité», a déclaré le patron de l’AIEA.

On le voit encore une fois, la ligne idéologique imposée par les Occidentaux est supérieure à la vérité des faits. Dans cette affaire, le dirigeant sur le départ de l’Agence n’est pas la cible réelle de cette controverse assez piteuse. Il n’est guère besoin d’être grand clerc pour voir dans cette polémique montée en épingle la volonté de conditionnement du successeur de l’Egyptien. Il reste à savoir si cette orientation et ces formes de pression ont des chances d’aboutir à la révision par les Iraniens de leurs options stratégiques.