L’Algérie, l’Iran et les Occidentaux: Ces messieurs «nos amis» qui nous inventent de faux ennemis

L’Algérie, l’Iran et les Occidentaux: Ces messieurs «nos amis» qui nous inventent de faux ennemis

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 9 octobre 2010

C’est la deuxième lettre d’un «ami de l’Algérie», après celle d’Yves Bonnet, qui nous est adressée pour «défendre» M. Sid Ahmed Ghozali, et surtout pour nous donner une leçon sur la manière dont nous devons apprécier l’Iran et du suprême intérêt de l’Algérie à se mettre dans «l’axe du bien» qui cherche à le détruire.

Commençons d’abord par la forme. M. Sid Ahmed Ghozali est un homme politique algérien et il n’est ni muet ni manchot. Il peut, sans avoir besoin d’une avalanche de missives «amies», intervenir dans les colonnes du Quotidien d’Oran. L’ancien Premier ministre algérien est connu ici et il n’a nul besoin qu’un ancien patron de la DST française et un vice-président du Parlement européen lui délivrent un certificat de moralité ou de bonne conduite politique. On ne sait pas si la direction du Quotidien d’Oran va continuer à recevoir et à publier ce genre de pathétiques missives de «soutien» à M. Sid Ahmed Ghozali. Mais disons-le net: ces missives ne le défendent pas. Elles ne sont qu’une opportunité pour déverser les poncifs les plus éculés de la propagande occidentale contre l’Iran. Que c’est touchant de voir ces belles âmes, si civilisées, nous expliquer que l’intérêt de l’Algérie consiste à participer à la diabolisation de l’Iran, à apporter son obole à la mise en condition des opinions publiques pour justifier une guerre annoncée.

Le Quotidien d’Oran n’est pas un journal gouvernemental et il ne conduit pas la politique étrangère de l’Algérie. La précision est utile au vu des doctes conseils que les «amis de l’Algérie» semblent prodiguer si généreusement. Mais n’évitons pas le débat en tant que journalistes et citoyens.

Cette «résistance» si détestée en Palestine

Messieurs, nos «amis», ce n’est pas dans les colonnes du Quotidien d’Oran que vous trouverez l’affirmation que le régime iranien est une démocratie, mais vous pourrez y lire, régulièrement, qu’il est plus ouvert que toutes les monarchies arabes « amies» des Occidentaux qui participent allègrement à la campagne contre l’Iran. On ne cherchera même pas à vous objecter que les moudjahidine Khalq, la «résistance» comme vous dites – mot si détesté par vous quand il s’agit des Palestiniens ou du Hezbollah-est une secte qui ne peut difficilement se prévaloir de la démocratie. Mais on est d’accord, l’Iran n’est pas une démocratie. Loin de là. Et alors ? L’Algérie doit-elle s’en méfier pour des «raisons éthiques» et politiques et s’en faire un ennemi, comme ses «chers amis» le lui demandent ?

M. Alejo Vidal-Quadras croit nécessaire de nous mettre en garde contre les « dangers d’un rapprochement avec le régime actuel iranien, tout comme lui accorder sa confiance, après les événements sanglants des années 1990». La belle trouvaille! Comme si les Algériens – hormis Ghozali ? – ne savaient pas apprécier où est leur intérêt et doivent s’en remettre pour cela à leurs «chers amis»…

Mais disons les choses crûment. L’Iran est une cible d’une formidable propagande en Occident, non pour son irrespect des droits de l’homme, non pour son bellicisme (les Iraniens n’ont provoqué aucune guerre, ils ont subi la guerre menée par Saddam par procuration pour les Occidentaux), mais parce qu’il se mêle de vouloir maîtriser toute la chaîne du savoir dans le domaine nucléaire.

C’est tout. Et c’est beaucoup.

Car nos amis qui voudraient que l’on se mobilise contre l’Iran n’ont qu’un seul souci : préserver Israël comme unique puissance nucléaire au Proche-Orient.

Est-ce cela qui est censé nous «mobiliser» contre l’Iran et devenir, par ironie du sort et pour complaire à nos chers amis, des propagandistes d’Israël ? Mais revenons sur les droits de l’homme qui est le beau paravent de l’excellente cosmétique. Les massacres d’Israël sont-ils bénins ?

M. Yves Bonnet et M. Alejo Vidal-Quadras considèrent-ils qu’Israël soit la «seule démocratie dans la région» et que ses massacres contre les Palestiniens sont bénins ou justifiés ? Oseront-ils prendre la plume pour demander au maire de New York d’interdire l’accès de sa bonne ville à un dirigeant israélien ? On serait prêt à vous suivre, messieurs, si vous consacrez un petit millionième de votre hargne à dénoncer l’Iran pour parler de «grandes œuvres» d’Israël. On sait que vous ne l’oserez pas.

Libre à vous, bien sûr. Mais que vous puissiez nous demander de nous faire l’ennemi de l’Iran uniquement pour plaire à Israël, vous vous trompez d’adresse.

Vous n’êtes sans doute pas au courant, mais ceux qui se battent dans la plus grande adversité pour la démocratie dans le monde arabe et dans l’aire islamique ont déjà compris que l’Occident n’est pas leur allié. Ni leur ami. Et que son intérêt pour la démocratie et les droits de l’homme est à géométrie très variable. Le pire est que M. Ghozali-on l’a pratiqué quand il était aux «affaires»-ne doit pas penser autrement.

Gardez-vous de vos amis, M. Ghozali… Ils se chargent de nous fabriquer de faux ennemis.