Le sort des prisonniers algériens en Irak toujours inconnu

Incarcérés pour certains depuis 10 ans: Le sort des prisonniers algériens en Irak toujours inconnu

par Z. Mehdaoui, Le Quotidien d’Oran, 27 février 2016

Le ministre irakien des Affaires étrangères, Ibrahim Al-Ashaiqer Al-Jaafari, a affirmé jeudi dernier à Alger que son pays coopérait avec l’Algérie sur le dossier des Algériens détenus en Irak.

S’exprimant devant la presse au terme de ses entretiens avec le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Ramtane Lamamra, M. Al-Jaafari, qui répondait à une question sur les détenus algériens en Irak, a indiqué que «M. Lamamra a soulevé cette question lors de nos entretiens. Nous comprenons et partageons son souci de l’intégrité de ses concitoyens».

«Je solliciterai, personnellement, le ministre irakien de la Justice et vous n’êtes pas sans savoir que cette question n’est pas du ressort du ministère des Affaires étrangères», a-t-il ajouté.

Encore une fois, la réponse des autorités irakiennes, concernant ce dossier des prisonniers algériens, reste évasive et peu convaincante.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement Irakien promet de regarder de plus près le cas de ces prisonniers dont la majorité sont incarcérés sans jugement durant près d’une décennie.

«Trêve de promesses creuses, nous voulons du concret», a fait savoir la Coordination des familles d’Algériens détenus en Irak. Dans un communiqué rendu public mercredi, la Coordination qui alerte depuis des années l’opinion nationale et internationale sur le cas de ces prisonniers demande aujourd’hui des «réponses concrètes».

Il faut savoir que ces prisonniers algériens sont détenus dans plusieurs établissements pénitentiaires irakiens, à savoir : Nassirya, Tadji, Abou Ghrib.

Les familles des prisonniers accusent régulièrement les autorités irakiennes de pratiquer des actes de torture contre leurs proches durant leur incarcération.

Dans une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères, la Coordination des familles des détenus affirme que «la majorité des détenus algériens ont été accusés d’avoir franchi illégalement la frontière irakienne alors que deux autres ont été condamnés pour appartenance présumée à un groupe terroriste, mais cela en l’absence de preuves à charge et d’avocats comme le stipule la Constitution irakienne et la Charte des droits de l’homme».

Le gouvernement irakien, représenté par certaines «milices armées» avaient, faut-il le rappeler également, exécuté l’année dernière 16 détenus dont trois Algériens dans la prison de Nassiryah. Selon la Ligue algérienne des droits de l’homme ( LADDH), plusieurs organisations internationales, dont Human Rights Watch, suivent de près «ce génocide dont sont victimes les prisonniers sunnites» et appelle, en ce sens, à la désignation d’une commission d’enquête internationale (ou un organisme de ce type) qui sera chargée d’examiner les allégations de violations graves du droit international relatif aux droits humains, commises par toutes les parties en conflit, à savoir les forces gouvernementales et milices pro-gouvernementales, d’une part, et l’organisation terroriste de l’Etat islamique (EI), d’autre part.

L’objectif de cette enquête internationale est d’ «établir, précise la LADDH, les faits et identifier les responsables des violations graves en vue de les traduire en justice».

Par ailleurs, sur un autre chapitre, le ministre des Affaires étrangères irakien, M. Al-Jaafari, a souligné également avoir évoqué avec son homologue algérien plusieurs questions ayant trait notamment à la coopération bilatérale et aux moyens de l’élargir davantage aux domaines économique, sécuritaire, culturel, touristique et à l’investissement. Il a estimé, par ailleurs, qu’il «est tout à fait normal que les deux pays ambitionnent d’élargir leurs relations», ajoutant que «cette coopération bilatérale s’est élargie à d’autres parties au profit des deux pays. Il s’agit d’un objectif légitime qui aura un écho favorable auprès de nos frères arabes et nos amis», a-t-il soutenu. Evoquant les mécanismes nécessaires à la redynamisation des relations et la réalisation des objectifs, il a été convenu de la nécessité «de réactiver l’ambassade algérienne à Bagdad et de préparer la tenue de la commission mixte», a indiqué le ministre irakien, citant d’anciens accords qui nécessitent d’être relancés et mis en œuvre. Parmi les dossiers examinés lors de ces discussions, M.Al-Jaafari a évoqué certains «foyers de tension» notamment en Syrie, au Yémen et en Libye, estimant que «nous ne pouvons pas séparer nos préoccupations nationales de celles qui se posent au niveau régional». «Nous avons évoqué la principale question arabe, à savoir la situation en Palestine et les violations commises dans les territoires palestiniens et la ville à Al-Qods», a-t-il dit.