Droit international malmené

Droit international malmené

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 17 septembre 2014

Dans son allocution à l’ouverture de la conférence internationale pour la paix et la sécurité en Irak, qui s’est tenue à Paris, son initiateur, le président français Hollande, a rappelé que dans sa résolution 2170 le Conseil de sécurité de l’ONU a déclaré que l’organisation terroriste « l’Etat islamique constitue un danger immense pour la sécurité du monde ». L’appréciation du Conseil de sécurité aurait en principe permis sa saisine à l’effet qu’il vote une résolution autorisant une intervention militaire internationale sous égide onusien contre cette organisation terroriste. Les Américains qui rameutent la « communauté internationale » pour une intervention de ce genre, se sont abstenus de la démarche, lui substituant la constitution d’une coalition d’Etats, dont ils ont soigneusement sélectionné la composante, approuvés et secondés par les Français qui ont organisé à Paris le « show » d’officialisation de cette coalition.

Pourquoi Washington n’est-elle pas passée par le Conseil de sécurité de l’ONU, si ce n’est parce que l’intervention militaire pour laquelle elle a opté n’est pas seulement destinée à contrer l’avancée de l’organisation terroriste en Irak, mais aussi à réaliser dans la foulée l’objectif américano-occidental d’en finir avec le régime syrien.

La trentaine d’Etats et d’organisations qu’Obama et François Hollande sont parvenus à enrôler dans leur coalition ne représentent nullement la « communauté internationale », comme ils se plaisent à leur en attribuer cette qualité. Les opérations militaires auxquelles ils ont souscrit sans en référer au Conseil de sécurité de l’ONU, sont de fait à considérer comme une violation du droit international. Cette violation du droit international est devenue une constante pour les Etats-Unis. L’establishment américain s’est fait en effet une règle d’estimer que le « droit » de leur pays est au-dessus de celui qui régit les relations internationales sur lequel repose l’édifice onusien. Le concept de « communauté internationale » que l’Amérique et ses alliés européens brandissent à chaque coup quand les Nations unies ne les suivent pas sur leurs plans unilatéraux de résolution d’une crise ou d’un conflit internationaux, n’est qu’une invocation masquant leur total mépris de ce que pensent ou proposent ces Nations unies. Pour l’Amérique et ses alliés, la « communauté internationale » se résume à leurs seuls pays et à ceux qui, en la circonstance, adhèrent à leurs projets ou initiative. La conférence de Paris n’a pas failli à cette règle. Ses participants, moins d’une trentaine d’Etats, sont censés avoir traduit la volonté de la « communauté internationale » et vont agir sous son couvert et avec son accord.

Dans la réalité, les Occidentaux ont enterré l’Organisation des Nations unies qui, elle, est véritablement représentative de la communauté internationale. Il y a eu du cynisme froid dans l’exhortation faite par le président français à la communauté internationale, l’appelant à « s’engager ensemble aux côtés des autorités irakiennes, clairement, loyalement et fortement ». En fait de loyauté, les promoteurs de la coalition prétendument anti-Etat islamique, en sont totalement dénués au décryptage des arrière-pensées qui sous-tendent leur décision d’engager une intervention militaire.