El Hachemi Sahnouni répond au premier ministre: «Voilà mon initiative avec Hattab…»

El Hachemi Sahnouni répond au premier ministre

«Voilà mon initiative avec Hattab…»

El Watan, 30 mai 2011

Le démenti formel apporté hier par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, à propos d’une éventuelle libération des détenus de l’ex-FIS, ne semble pas avoir ébranlé les «certitudes» d’El Hachemi Sahnouni.

Contacté par El Watan, l’un des fondateurs du FIS a eu un ton sévère, un brin moqueur à l’égard d’Ouyahia qu’il a qualifié de «Premier ministre incompétent». «Pour quel intérêt cet homme s’entête-t-il à casser une initiative crédible et sérieuse que nous avons menée avec nos partenaires au sein du pouvoir ? Il a lamentablement échoué lui et son équipe à régler les problèmes des Algériens et à les empêcher de se jeter à la mer. Et aujourd’hui, il veut encore tuer l’espoir des Algériens de tourner la page du passé pour construire une Algérie réconciliée avec ses enfants.

Je ne comprends pas ses motivations, ni n’identifie les sphères décisionnelles qui lui ont suggéré ses propos. A moins qu’il existe d’autres parties au sein du pouvoir qui voudraient saboter notre initiative qui a pourtant été bien accueillie par nos interlocuteurs.» El Hachemi Sahnouni, qui s’est montré particulièrement acerbe envers Ouyahia à qui il fait endosser tous les maux du pays, n’a pas souhaité décliner l’identité de ses interlocuteurs du pouvoir. Il donne cependant une piste. «Nous avons dès le début soutenu Son Excellence le président Bouteflika dans son projet de réconciliation nationale et nous sommes avec lui jusqu’au jour d’aujourd’hui.» L’ex-éminence grise du FIS dissous dit être déterminé, lui et ses camarades, à continuer le travail pour faire aboutir «l’initiative».

«Nos imams ont fait le travail dans les prisons»

Quelle initiative interrogerons-nous. «En fait, mes amis et moi, Hassan Hattab, Abd El Fettah, Abou Zakaria et Abou Hadjer, avons en 2008 élaboré une initiative politique visant à mettre fin à l’effusion du sang. Après des mois de consultations et de contacts, nous avons, il y a deux mois environ, adressé des lettres au président de la République et aux services de sécurité les informant de nos propositions pour mettre fin à l’effusion de sang.» El Hachemi Sahnouni pense que cette initiative a eu un «bon écho» auprès des décideurs. La preuve ? «Il y a quelques jours, deux de nos imams, Ben Yakhlef et Bou Mecheria, en l’occurrence, ont été envoyés dans les prisons pour discuter avec nos frères détenus depuis 1991 et les convaincre de renoncer, une fois libres, au terrorisme.

Ils leur ont même fait signer des engagements comme pièce à conviction en contrepartie d’une amnistie.» Et à El Hachemi Sahnouni de s’interroger : «Pensez-vous sincèrement que si notre initiative n’a pas reçu le feu vert des autorités, nos imams pouvaient aller faire le tour des prisons et discuter tranquillement avec nos détenus ? Non, mais soyons sérieux ! Quant à M. Ouyahia, il ferait mieux de s‘occuper des problèmes des Algériens ou de laisser sa place à plus compétent que lui.»
El Hachemi Sahnouni croit plus que jamais que ses interlocuteurs au niveau du pouvoir sont «sérieux» et que «l’amnistie générale devra couronner la réconciliation nationale». Une mesure qui, dit-il, profitera à «tous les détenus de 1991, tous condamnés à mort». Pour lui Ahmed Ouyahia est totalement hors du coup.
Hassan Moali