Les troubles au Nord du Mali aggravent la situation sécuritaire aux frontières

Les troubles au Nord du Mali aggravent la situation sécuritaire aux frontières

L’Algérie reprend la médiation

El Watan, 5 juin 2008

La sécurité aux frontières sud préoccupe l’Algérie. Des mouvements de rébellion touareg, autant au Mali qu’au Niger, se sont intensifiés ces derniers mois. L’affaire énigmatique des deux touristes autrichiens, kidnappés par un groupe armé qui s’est évaporé dans le désert, rajoute une touche à l’inquiétude d’une instabilité soutenue dans les vastes contrées du Sud.

Hier, le ministre malien de la Défense et des Anciens combattants, Natié Plea, en visite officielle à Alger, a été reçu par le président Abdelaziz Bouteflika, après avoir eu de longues discussions avec les chefs militaires algériens, dont le général à la retraite Abdelmalek Guenaïzia, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, et les responsables des services de renseignements. Les actions revendiquées par ce qui est appelé Al Quaïda au Maghreb islamique et les troubles dans la région de Kidal font que les deux pays sont amenés à travailler ensemble même s’il y a des aspects opérationnels à mettre en œuvre et des questions politiques à régler. « Nous avons échangé utilement des points de vue liés aux préoccupations communes qui touchent à la sécurité de nos frontières. Nous avons envisagé de mener ensemble des actions concertées pour gérer ce problème très sensible », a-t-il déclaré, repris par l’agence officielle APS. Il a annoncé avoir présenté un « compte rendu » au chef de l’Etat sur les discussions qu’il a eues avec les responsables militaires. Depuis plusieurs mois, l’Algérie et le Mali tentent de coordonner leurs actions sur le terrain pour mieux surveiller des frontières longues de 1340 km. Des frontières réputées trop ouvertes et qui connaissent des trafics en tous genres comme ceux des armes légères et des drogues dures. Il est question que les armées des deux pays montent des patrouilles communes pour contrôler les lignes frontalières. L’Algérie cherche à se doter de moyens électroniques pour mieux surveiller les frontières situées en zone désertique. Sur le plan politique, Bamako souhaite une action plus soutenue d’Alger pour accélérer la médiation entre le gouvernement central et Ibrahim Ag Bahanga, chef des rebelles touareg. Les deux pays demeurent attachés aux accords de paix d’Alger. Des accords malmenés ces derniers temps avec la reprise des hostilités entre les rebelles et l’armée régulière. Abdelkrim Gheraieb, ambassadeur d’Algérie à Bamako, a repris, fin mai 2008, les contacts avec toutes les parties concernées. Il est chargé officiellement par Alger d’assurer le rôle de médiateur. Le président malien, Amadou Toumani Touré, a reçu le diplomate et lui a rappelé la nécessité de redonner vie aux accords d’Alger. Ibrahim Ag Bahanga, qui est en contact avec le médiateur algérien, devrait se déplacer à Alger les prochaines semaines pour poursuivre les consultations. Alger entend donc reprendre l’initiative après avoir manqué, quelque peu, de suivre l’application des accords de 2006. Parallèlement, la Libye, dont la diplomatie secrète est active dans la région sahélienne, veut engager sa propre médiation, entrant en concurrence directe avec l’action menée par Alger. Trois jours seulement après les discussions entre le président malien et l’ambassadeur algérien, des notables pris en charge par Tripoli sont arrivés à Bamako pour engager « la médiation » entre les rebelles et le gouvernement. Ayant échoué à deux reprises à la relance de cette médiation, la Libye a constitué ce qui est appelé l’Association populaire et sociale des tribus du Grand Sahara qui devrait travailler pour le règlement des conflits dans cette région (Niger et Tchad également). Manière probablement pour Mouamâr El Kadhafi de reprendre, par d’autres moyens, son projet du « Grand Sahara ». Cependant, Bamako semble privilégier la solution algérienne. « On ne va pas multiplier les canaux de médiation. Le médiateur, c’est l’Algérie, et le cadre c’est toujours l’accord d’Alger », a précisé une source de la présidence à l’agence française AFP. Pour réussir la médiation, l’Algérie doit convaincre l’armée malienne de ne pas engager les troupes dans les combats contre les rebelles, appelés « bandits armés » par la presse de Bamako. D’où la visite à Alger du ministre de la Défense malien. L’armée malienne a mené ces dernières semaines des opérations dans le nord du pays pour traquer les rebelles armés. Ibrahim Ag Bahanga souhaite un arrêt de ces actions militaires pour donner crédit aux futures négociations. Restaurer « un climat de confiance » est nécessaire à ses yeux. C’est cette rupture de confiance qui a amené Ibrahim Ag Bahanga à ne pas respecter l’accord d’entente signé à Tripoli en avril 2008 avec le gouvernement.

Par Faycal Metaoui