Que veut Al Qaïda ?

Après les attentats du 11 avril/Changement de stratégie du GSPC

Que veut Al Qaïda ?

Le Jour d’Algérie, 14 avril 2007

  Les Algériens doivent le savoir. Et le ministre de l’Intérieur, connu pour sa franchise, n’est pas allé par quatre chemins pour les mettre en garde.

Bien que «le groupe ayant commis ces attentats est isolé et ses membres réduits», dira M. Zerhouni ce jeudi il «pourrait encore commettre quelques attentats par-ci, par-là». Aux citoyens de faire donc preuve d’une vigilance beaucoup plus accrue. Il est vrai que reprendre les réflexes qui ont permis de sauver des dizaines de vies n’est pas une tâche des plus aisées après des années de réconciliation nationale ; mais il le faut, d’autant, indique le ministre de l’Intérieur, que les membres de ce groupe «sont face à un mur et se trouvent dans une position désespérée.» Ce groupe qui n’est autre que le GSPC de Abou Moussa Abdelouadoud et qui, depuis septembre 2006, est devenu al Qaïda Maghreb suite à son allégeance à Oussama Ben Laden. Ralliement officialisé par le numéro deux d’al Qaïda, Ayman al-Zawahiri le 11 septembre. Le 8 janvier 2007, dans une vidéo diffusée sur un site fréquemment utilisé par des mouvements extrémistes islamistes, l’émir du GSPC réitère son allégeance et dans laquelle il invite les Algériens «à s’en prendre aux Français et à leurs alliés». Dans cette vidéo où Abou Mossab s’adressera à Oussama Ben Laden, il lui dira être dans l’attente impatiente de «tes instructions et recommandations pour la période à venir». De même qu’il déclarera que «Dieu nous a récemment dotés d’armes et de munitions», annonce-t-il, sans préciser comment le mouvement les a acquises. Il prendra juste le soin de lui indiquer «qu’aucun armement n’est arrivé en provenance de l’étranger depuis longtemps». On ne sait pas si à travers cette affirmation Abou Mossab disait vrai où s’il tentait d’éloigner les soupçons des enquêteurs algériens. Reste que depuis, les services de sécurité ont réussi à démanteler une filière qui acheminait des armes pour le GSPC. Dans son message vidéo du 11 septembre, et dans lequel le numéro deux de l’organisation terroriste internationale, Ayman Al-Zawahiri, a officialisé ses liens avec le GSPC, il sera demandé au GSPC d’être «un os dans la gorge des croisés américains et français», de semer la peur «dans le cour des traîtres et des fils apostats de France» et d’écraser «les piliers de l’alliance croisée». De son côté, l’organisation terroriste, affirmera par la suite qu’elle poursuivra «(son) djihad en Algérie». Il a promis d’être le bras droit de Ben Laden là où ce dernier le voudra. «Nos soldats, poursuit le communiqué signé de l’émir du groupe, sont à ses ordres pour qu’il frappe par notre entremise qui il voudra et partout où il voudra.» L’offre de service était dans sans équivoque. Pour de nombreux observateurs, le GSPC, à travers cette allégeance, a conclu une alliance d’où il ne s’en sortait pas si mal. En effet, en échange de son statut de représentant d’Al Qaïda dans le Maghreb, il bénéficiait d’une médiatisation en dehors des frontières nationales qui était recherchée, d’autant que ces dernières années, les coups de boutoir portés par les services de sécurité et la saignée dans les rangs qui en a résulté, accentuée par l’acceptation d’une de ses katibat de la politique de réconciliation nationale, avaient affaibli le groupe de Abou Mossab. Les pertes enregistrées dans ses rangs sont estimées à quelque 4 000 hommes. Aujourd’hui, selon des observateurs de la situation sécuritaire, le GSPC ne compterait que quelque 1 000 hommes. 600, selon le chiffre avancé par le ministre de l’Intérieur. Dès lors, il était nécessaire qu’un changement dans la stratégie opérée jusque-là soit réalisé. L’actuel émir n’est autre qu’un ancien afghan. Il est également ingénieur spécialisé en explosifs. «Un double avantage» qu’il ne manquera pas de mettre à profit en prenant la tête de l’organisation. Dans tous les derniers attentats perpétrés, le GSPC a eu recours à des explosifs. Un moyen qui donne un plus grand impact à n’importe quelle opération menée et qui permet d’atteindre l’objectif visé qui est la réussite d’un coup médiatique. Or, comme l’a indiqué le ministre de l’Intérieur au lendemain des attentats, «un attentat contre un édifice central du gouvernement constitue le top du point de vue médiatique.» Reste cependant la question de savoir quels sont les objectifs politiques visés à travers ce double attentat. S’agissant des visées que l’on serait tenté de lui allouer, M. Zerhouni fera remarquer que  «l’objectif pourrait être la perturbation des (prochaines) élections», soulignant que «les gens qui se sont engagés dans les solutions politiques et en faveur de la réconciliation nationale sont dominants dans le pays.» Il affirmera aussi que ces attentats signifient qu’il s’agit de «l’une des dernières manifestations de gens ne voulant pas que l’Etat fonctionne normalement», car, selon M. Zerhouni, «il y a peut-être d’autres intérêts d’un autre type que politico-religieux.» Partant de ce constat, il a indiqué que ces groupes qui se sont «exclus de la réconciliation nationale» veulent «perturber le processus politique de règlement de nos problèmes». Mais, insistera-t-il, «il ne faut pas exclure qu’il y ait d’autres intérêts ne voulant pas voir l’Etat algérien se ressaisir, se restructurer et fonctionner de manière plus efficace.» C’est dire donc que le GSPC, qui se situe depuis son allégeance à Oussama Ben Laden dans une dimension internationale, peut tout aussi bien servir de bras armé pour des puissances mondiales qui, elles- mêmes, instrumentalisent Al Qaïda dans d’autres régions du monde.

Selma Méziane