Le Sahel des uns et des autres

Le Sahel des uns et des autres

par Yazid Alila, Le Quotidien d’Oran, 10 septembre 2011

Les questions de sécurité, un dossier qui reste malheureusement toujours ouvert, ont été disséquées à Alger, au détour d’une rencontre des pays riverains (ou pays du champ) et ont abouti à un plan de lutte contre le terrorisme dans la région. Les Etats-Unis, à travers l’Africom, et la France ont assisté aux travaux et applaudi cet élan régional pour lutter contre un phénomène qui a débordé depuis longtemps dans ces deux pays. Avec les conséquences que l’on sait après le 11 septembre 2001 et que les Etats-Unis s’apprêtent à commémorer.

La réunion d’Alger sur la lutte contre le terrorisme en mode «sécurité et défense» s’est achevée sur des déclarations de bonnes intentions, avec un resserrement des rangs des pays menacés par ce phénomène. Mais, au Sahel d’aujourd’hui, Américains et Français, tout comme les «pays du champ», savent que dans cette vaste région de l’Afrique, il n’y a désormais plus seulement les groupes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), mais également d’autres groupes puissamment armés. Et, danger potentiel pour la sécurité des Etats, des biens et des personnes dans cette région, circulent dorénavant toutes sortes d’armes de guerre depuis le début du conflit libyen.

Certes, les visions annoncées sont plus unifiées aujourd’hui, les stratégies plus élaborées, les moyens militaires et civils identifiés. Reste évidemment la volonté politique de certains Etats et milieux influents, pour ne pas dire des lobbies, pour mettre tout cela en chantier. A Alger, les appréhensions ont été clairement définies par les Etats-Unis, qui redoutent maintenant, en plus des dangers que représente la présence d’Aqmi au Sahel, celui du futur commerce des armes dans la région conséquemment à la crise libyenne. Il est clair que pour Washington, les événements de Libye ont une incidence directe sur la sécurité au Sahel, avec de nouvelles données, alors que pour la France, la situation chaotique dans la région est l’une des principales raisons de la présence des groupes armés et la prolifération des armes.

Et c’est à ce niveau que les intérêts des principaux protagonistes dans la sécurisation de la région sahélienne divergent et restent foncièrement différents. Car si l’Algérie a toujours travaillé pour fédérer les avis et les stratégies de lutte contre le terrorisme et les groupes d’Aqmi au Sahel, il y a par contre des visions occidentales qui ont dilué dans leurs intérêts économiques et leur stratégie militaire et politique cette volonté des pays sahéliens de s’affranchir du danger terroriste. L’un des messages de la réunion d’Alger des «pays du champ» (Mali, Mauritanie et Niger, en plus de l’Algérie) est clair : que ceux qui veulent participer à la lutte antiterroriste au Sahel ne fassent pas «bande à part». Et surtout, que les problèmes sécuritaires nés de la situation toujours chaotique en Libye ne soient pas dissociés de la vision globale actuelle qui veut qu’il faut aujourd’hui absolument lier les événements de Libye à ceux à venir au Sahel.

Il y a trop d’hommes, d’argent et d’armes qui ont envahi le Sahel après la prise de Tripoli pour que ce soit seuls les «pays du champ» qui doivent aller au «turbin» pour sécuriser les intérêts économiques régionaux de certains pays puissants au sein de l’Otan.