Rébellion Touareg : Retour à la case Alger

Rébellion Touareg : Retour à la case Alger

El Watan, 3 février 2012

Alger, garant des derniers accords de paix de 2006, a repris hier sa médiation entre les rebelles touareg et le gouvernement malien. Bamako joue l’apaisement, mais la situation reste tendue sur le terrain.

Une délégation conduite par le ministre malien des Affaires étrangères, Soumeylou Boubeye Maïga, était hier à Alger pour y rencontrer des rebelles touareg qui ont repris les hostilités dans le nord du Mali, selon une source proche du gouvernement malien citée par l’AFP. «Le ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubeye Maïga, conduit à Alger une délégation malienne pour rencontre une délégation de l’Alliance du 23 mai», dont des éléments combattent aux côtés du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) contre l’armée malienne dans le nord du Mali, a-t-on indiqué. L’Alliance du 23 mai est une organisation d’ex-rebelles touareg qui avait repris les armes en mai 2006, avant de signer des accords de paix en juillet de la même année avec le gouvernement malien, grâce à une médiation algérienne, connus sous le nom des «Accords d’Alger».

Hamada Ag Bibi, porte-parole de l’Alliance du 23 mai, conduit la délégation qui doit rencontrer M. Maïga à Alger. «Si sur le terrain, la défense du territoire national reste pour nous une priorité, il ne faut jamais refuser de donner une chance à la paix», a indiqué un haut responsable malien sous le couvert de l’anonymat. Le MNLA et d’autres rebelles touareg ont lancé, depuis le 17 janvier, une offensive dans le nord-est et le nord-ouest du Mali en attaquant plusieurs villes : Ménaka, près de la frontière nigérienne, Aguelhoc et Tessalit, près de la frontière algérienne, puis Léré et Niafounké, près de la frontière mauritanienne. Ces attaques ont provoqué d’importants exodes de population ayant trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi au Niger et en Mauritanie.

«Pas d’amalgame»

Quelque 4500 réfugiés y ont été recensés hier avec l’aide du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU dans la région frontalière de Vassala. Selon certaines sources, le flux des populations continue tous les jours et la situation des réfugiés est très difficile, mais l’armée et les services de santé mauritaniens sont à pied d’œuvre pour leur venir en aide. La veille, le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU avait annoncé, à Niamey, qu’un millier de personnes, dont une trentaine de militaires et un sous-préfet, avaient gagné le Niger ces derniers jours. Souvent critiquées à cause de leur manque de communication au sujet de la rébellion touareg, les autorités maliennes n’ont pas perdu de temps cette fois-ci.

Face à cette situation critique provoquée par les premières attaques depuis l’accord en 2009 ayant mis fin à la rébellion touareg et qui auraient été favorisées par le retour de Libye de centaines d’hommes lourdement armés et très entraînés, qui faisaient partie des troupes militaires d’El Gueddafi, après la chute, puis l’assassinat de ce dernier, le président malien Amadou Toumani Touré a appelé ses compatriotes à ne pas s’en prendre aux civils touareg après des actions de représailles menées mercredi près de Bamako dans un discours radiotélévisé prononcé mercredi soir et entièrement consacré à la situation dans le nord du Mali. Le président malien a ainsi appelé ses concitoyens «à éviter le piège de la confusion et de l’amalgame pour ne pas faire le jeu de ceux qui ont choisi de troubler la quiétude» du Mali. Mercredi à Kati, où les épouses et les enfants des militaires maliens qui combattent dans le nord manifestent depuis 48 heures leur colère, deux maisons et une clinique appartenant à des Touareg ont été saccagées.

Risque de représailles

«Je voudrais convier toutes les Maliennes et tous les Maliens à savoir faire la part des choses. Ceux qui ont attaqué certaines casernes militaires et localités au Nord ne doivent pas être confondus avec nos autres compatriotes touareg, arabes, songhoïs, peuls qui vivent avec nous», a dit le président Touré, ajoutant qu’au Mali, «on n’a plus besoin de prendre des armes pour se faire entendre», la démocratie offrant «toutes les voies d’expression à tout citoyen». Malgré la promesse du Président que «l’Etat mobilisera tous les moyens aux plans de l’équipement, de la logistique et de l’entretien» pour permettre à l’armée «d’accomplir efficacement» sa «mission de préservation de l’intégrité territoriale et de protection des personnes et de leurs biens», les familles des militaires engagés dans le Nord étaient encore dans les rues pour le troisième jour consécutif, afin de dénoncer le silence sur la situation de leurs proches et la «mollesse du pouvoir» face aux rebelles touareg. Elles étaient nombreuses hier à Bamako, et surtout à Kati, ville de garnison où des propriétés de Touareg ont été saccagés ces derniers jours et où épouses et enfants de militaires ont scandé des slogans hostiles au président ATT. «Au lieu de faire des discours, le président ATT doit maintenant passer aux actes», a déclaré l’épouse d’un sergent.

Accords d’Alger de juillet 2006 :

Les Accords d’Alger «pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal» sont des accords fixant les modalités du développement du Nord-Mali. Ils ont pour but une normalisation des rapports entre la zone de Ménaka dans le Nord du Mali et l’Etat malien et font suite au soulèvement touareg du 23 mai 2006 à Kidal et à Ménaka.

Sous une médiation algérienne, les Accords ont été signés le 4 juillet 2006 entre les représentants de l’Etat malien présents à Alger, avec pour chef de délégation le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, Kafougouna Koné, et les représentants de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement.

Ces accords reconnaissent, entre autres, l’intégrité du territoire malien par crainte de l’apparition d’une forme de séparatisme, et promettent des avancées pour le développement de la région. Ils sont, cependant, dénoncés par certains, notamment par le Rassemblement pour le Mali d’Ibrahim Boubacar Keïta, car «portant atteinte à l’intégrité territoriale».

Aussi, des organisations non gouvernementales maliennes, regroupées au sein du Conseil de concertation et d’appui aux ONG du Mali, avaient émis des critiques sur cet accord, car il comporterait un risque d’effritement de l’autorité de l’Etat et ne serait qu’un moyen de gagner du temps et non une solution durable au problème. Elles leur reprochaient également de faire fi du pacte national de 1992 entre le gouvernement de la République du Mali et les Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad.

Mehdia Belkadi avec agences