L’ONU et le Niger désavouent l’ancien otage d’Al Qaîda

Après les accusations de Robert fowler

L’ONU et le Niger désavouent l’ancien otage d’Al Qaîda

El Watan, 15 septembre 2009

Après la réaction du porte-parole du secrétaire général de l’ONU qui avait démenti, le week-end dernier, « toute implication » dans l’enlèvement du diplomate onusien, Robert Fowler, par Al Qaïda au nord du Niger, en décembre 2008, c’est au tour de l’ambassadeur du Niger au Canada, Nana Aïcha Foumakoye, de défendre son gouvernement à partir d’Ottawa, en qualifiant les accusations de Fowler de « grotesques et ridicules ».

Dans une déclaration à la presse canadienne, elle va jusqu’à exiger des « excuses » parce que, selon elle, l’ancien otage « est allé trop loin ». Elle a expliqué que Fowler « n’informait pas » Niamey de son ordre du jour, et s’est interrogé sur le fait qu’il ait caché la vraie nature de son travail au Niger. « Pourquoi n’a-t-il pas fait savoir ce qu’il faisait ? Qu’a-t-il donc à cacher ? » s’est-elle interrogée. Deux jours auparavant, l’ONU, par la voix du porte-parole de son secrétaire général, Farhan Haq, a nié avoir eu connaissance des mouvements de Fowler le jour de son rapt. « Au moment même où il a été enlevé, nous n’étions pas au courant de son voyage », a déclaré Farhan Haq, alors que Fowler dans ses révélations à la chaîne de télévision CBS, il avait affirmé avoir transmis un courrier électronique au bureau de l’ONU l’informant de son plan de voyage. Mieux, après la réaction de Forhan Haq, Fowler a réitéré ses propos en disant à la presse canadienne : « Je maintiens ce que j’ai dit. Il pourrait être n’importe qui, qui avait mon itinéraire ». Fowler s’est montré convaincu d’avoir été trahi. « Je sais que quelqu’un m’a vendu. Ce pourrait être le gouvernement du Niger. Un sympathisant d’Al Qaïda dans le bureau de l’ONU au Niger, dans les bureaux de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest ou dans ceux du secrétariat de l’ONU à New York », a-t-il déclaré, à CBS, mais Farhan Haq est catégorique : « Nous n’avons aucune information indiquant qu’il y a eu une fuite en provenance de l’ONU.

Si nous recevions une telle information, nous nous efforcerions d’y donner suite, mais nous n’en avons aucune », a-t-il souligné. Sur les circonstances de la présence de Fowler au nord du Niger, Haq a révélé que l’organisation onusienne avait « omis d’annoncer la visite du diplomate au Niger, délibérément dans le but de le protéger et d’éviter la dissémination d’informations sur ses déplacements ». Le responsable a surpris en précisant que Fowler « n’était plus » un fonctionnaire de l’ONU. « Il était l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon au Niger. Il s’occupait notamment du dossier de la rébellion touareg, dans le nord du pays », avait-il souligné. A l’AFP, le même responsable a expliqué que « l’ONU avait gardé secrète la nomination de M. Fowler pour ménager la susceptibilité du président nigérien, Mamadou Tandja, qui voyait d’un mauvais œil une intervention internationale dans l’épineux dossier touareg ». Propos qui confirment les révélations de Fowler, à la chaîne Radio Canada, selon lesquels il déclare avoir été enlevé à son retour d’une visite à la mine d’or, Samira, exploitée par des sociétés canadiennes. Pour lui, le gouvernement du Niger, « dont relève ma sécurité, et le personnel de l’ONU étaient au courant de mon itinéraire dans ce pays, puisque le lieu de l’enlèvement, situé près de la rivière Niger, à moins d’une demi-heure de la capitale, est bien connu des diplomates qui y organisaient régulièrement des pique-niques. Il n’était pas considéré comme peu sécurisé, mais plutôt de bien sécurisé ». Dans son entretien accordé à Radio Canada, Fowler a relevé : « Il est évident que le gouvernement du Niger haïssait ma mission. » Selon lui, Al Qaïda, qui l’a enlevé et détenu pendant plus de quatre mois, a « probablement réussi son opération grâce à des informations de haut niveau ». Il a précisé qu’à la date de son rapt, le 14 décembre 2008, il était bel et bien l’envoyé spécial de l’ONU et qu’à ce titre, il avait comme mission « d’étudier les possibilités » de parvenir à un accord de paix entre le gouvernement du président Mamadou Tandja et des rebelles touareg du nord du pays, qui réclament un meilleur partage des ressources. Sur son rapt, il a affirmé avoir été enlevé par des hommes armés de fusils-mitrailleurs AK-47, parmi lesquels des enfants âgés entre 7 et 12 ans, équipés de moyens de télécommunication modernes, tels que les PC portables et les téléphones satellitaires. Sa libération le 22 avril 2009, après 130 jours de captivité au nord du Mali, a été effective après négociations par l’intermédiaire de représentants du gouvernement malien.

Par Salima Tlemçani