Les Français prêts à négocier la libération des otages

Les Français prêts à négocier la libération des otages

La dure réalité de la lutte contre AQMI au Sahel

El Watan, 3 octobre 2010

Les Français sont prêts à négocier la libération de leurs ressortissants enlevés à leur domicile à Arlit (nord du Niger) dans la nuit du 15 au 16 septembre dernier.

Ils attendent que les ravisseurs, un groupe terroriste affilié à Al Qaîda au Maghreb islamique, fassent leur demande. Au lendemain de la diffusion d’une photo montrant les sept otages, dont cinq Français, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, affirmait sur les ondes de la radio France Inter que «pour l’instant, nous n’avons reçu aucune revendication d’AQMI, hormis la revendication de la prise d’otages, il y a désormais près de 10 jours, mais c’est tout». «Nous attendons avant tout de savoir ce que demandent les ravisseurs», a-t-il dit. Le ministre français a réaffirmé que la diffusion de ces images était «un signe encourageant dans la mesure où elle montre a priori des otages en vie».

AQMI a mis en ligne, jeudi, une photo des sept otages enlevés à la mi-septembre au Niger, accompagnée d’un enregistrement audio dans lequel les cinq Français déclinent leur identité, affirment avoir été enlevés et être détenus par cette organisation. L’image les montre assis sur le sable dans un terrain désertique, avec debout derrière eux des hommes en armes. «C’est un signe qu’il faut analyser comme un signe positif, bien entendu», indique le responsable français, précisant, dans une déclaration reprise par l’AFP, ne pas avoir «de date de cette prise de photo», laquelle avait été authentifiée dès jeudi par les autorités françaises. Hervé Morin a rappelé «l’histoire de Michel Germaneau» (exécuté par AQMI le 25 juillet dernier), pour lequel «pendant des mois nous n’avons jamais pu avoir la moindre discussion avec les ravisseurs».

Son collègue des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a exprimé lui aussi les mêmes attentes. Dans une déclaration faite à quelques journalistes et reprise par l’Agence France Presse (AFP), il a souligné que les autorités françaises étaient en position d’attente.

Les autorités françaises en position d’attente

Sur la photo diffusée jeudi par Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI), les otages «semblent en bonne santé», a-t-il déclaré. «C’était évidemment une bonne nouvelle», a ajouté Bernard Kouchner, en soulignant que la date à laquelle la photo a été prise n’a pu être déterminée. «Pour le reste, nous attendons», a-t-il ajouté. «Nous continuons à être plus qu’attentifs, complètement prêts si d’autres signaux nous sont adressés», a-t-il précisé. La photo est «une preuve de vie qui nous faisait défaut. Pour les familles c’est très important», a aussi affirmé le ministre. Interrogé pour savoir si un contact avait été établi avec les ravisseurs, il a répondu : «Pourquoi posez-vous une question à laquelle je ne peux répondre ? Non.»

En somme, tout semble bien parti pour que les autorités françaises entrent en négociations avec les ravisseurs. L’on pourra probablement assister au même scénario qui a abouti à la libération de Pierre Camatte, obtenue en contrepartie de l’élargissement, sous pression française, de quatre terroristes d’AQMI, il y a quelques semaines par le régime de Bamako. Chose qui avait manqué d’ailleurs de susciter l’ire d’Alger et de Nouakchott qui avaient rappelé leurs ambassadeurs. Tout laisse penser, en effet, que le dispositif régional de lutte contre le terrorisme au Sahel, dont l’état-major s’est réuni la semaine dernière à Tamanrasset, pourrait connaître les mêmes échecs que les précédentes tentatives de coopération régionale.

Sitôt réunis, aussitôt ont commencé à apparaître les lézardes qui ont de tout temps entravé la lutte contre AQMI au Sahel. C’est en fait les mêmes raisons qu’ont eu à observer beaucoup de spécialistes, à savoir les tentatives d’ingérence et les enjeux stratégiques cachés de l’insistance de faire participer le Maroc et la Libye au regroupement des pays concernés directement par le problème. C’est évidemment le Mali qui revient à la charge avec des revendications bien précises qui font l’écho de demandes bien particulières, telles que l’intégration du Maroc dans le dispositif de la lutte antiterroriste dans le Sahel.
Said Rabia