Diplomates algériens retenus au nord du Mali : Le Mujao renoue le contact avec Alger

Diplomates algériens retenus au nord du Mali : Le Mujao renoue le contact avec Alger

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 25 juin 2013

La lecture du dernier communiqué officiel du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), à propos des quatre diplomates algériens encore détenus, vraisemblablement dans le nord du Mali, nous renvoie paradoxalement à presque une année en arrière.

Le communiqué signé du porte-parole, Abou Walid Sahraoui, propose à Alger d’échanger un de ses diplomates, enlevés le 5 avril 2012 à Gao contre trois de ses combattants détenus en Algérie. Le ton du communiqué se veut volontiers menaçant si d’aventure l’Algérie refusait la proposition du Mujao, en mettant notamment «la vie des otages algériens en danger». Si le texte ne précise pas l’identité des combattants du Mouvement, il est plus que probable qu’il s’agit des hommes arrêtés, en août 2012, à Ghardaïa. Parmi ces derniers, appréhendés par les services de sécurité algériens, figure Necib Tayeb, dit Abderrahmane Abou Ishak, chef de la commission juridique d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le communiqué d’alors du groupe islamiste armé précisait que le Mouvement a proposé au gouvernement algérien «d’échanger nos frères qui ont été arrêtés par l’armée algérienne, près de la ville de Ghardaïa par un des otages chez le Mujao». Le 15 août, trois islamistes armés ont été arrêtés, lors d’une opération des forces spéciales de l’armée, dans la zone de Ghardaïa. Au moment de leur arrestation, les trois hommes se trouvaient à bord d’un 4X4, à l’entrée de la ville de Berriane et se dirigeaient vers la zone du Sahel, dans le Sud. Le Mujao avait affirmé que leur offre a été rejetée. Cette sortie du groupe islamiste s’explique par sa proximité idéologique avec Aqmi avec qui il était l’allié sur le terrain, au nord du Mali.

Dans la pure ligne djihadiste puisée des préceptes d’Al Qaïda, le Mujao était impliqué dans l’enlèvement de trois ressortissants étrangers, membres d’ONG européennes, travaillant dans des camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf. Il a également revendiqué l’attentat kamikaze contre le groupement de Gendarmerie, à Tamanrasset, qui a fait 23 blessés, selon un bilan officiel. Il a surtout revendiqué l’enlèvement, le 5 avril dernier, de sept Algériens au consulat d’Algérie à Gao, une des villes du Nord malien, tombée entre les mains de ces groupes djihadistes.

En mai, il avait exigé la libération de combattants islamistes prisonniers en Algérie et 15 millions d’euros pour relâcher les otages. Le 12 juillet, il a annoncé avoir libéré trois des sept otages et évoqué des «conditions» connues de l’Algérie pour la libération des autres captifs. Devant l’attitude du gouvernement algérien, le communiqué avait menacé Alger d’assumer les conséquences de son refus. Le porte-parole du Mujao, Adnan Abou Walid Sahraoui, expliquait alors qu’Alger dispose de moins de 5 jours pour «sauver la vie de l’otage», faisant référence au consul et à trois de ses collaborateurs, toujours détenus par le groupe armé. Cet ultimatum n’est pas le premier du genre puisque, en mai dernier, le Mujao avait donné 30 jours au gouvernement algérien pour satisfaire ses deux revendications : le paiement d’une rançon de 15 millions d’euros et la libération d’islamistes détenus sur le sol algérien.

En mai 2012, les tractations autour de la libération des sept otages algériens, détenus par le Mujao, battaient leur plein. Iyad Ag Ghaly, le chef touareg malien du mouvement islamiste ‘Ansar Dine’ avait rencontré à Gao, les responsables du Mujao pour discuter de la libération des otages. En septembre, les djihadistes avaient annoncé l’exécution d’un des otages algériens, mais l’information n’a jamais été confirmée par l’Algérie et le 10 juin dernier, les autorités algériennes ont affirmé disposer «d’informations rassurantes» sur la situation des otages.