Conférence d’Alger sur le terrorisme: A menace globale, riposte globale

Conférence d’Alger sur le terrorisme: A menace globale, riposte globale

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 8 septembre 2011

L’Algérie appelle la communauté internationale à respecter la résolution onusienne criminalisant le paiement des rançons et à élaborer une stratégie commune pour lutter contre le terrorisme et le crime transnational organisé.

La conférence sur le partenariat, la sécurité et le développement entre les pays du champ et les partenaires extrarégionaux s’est ouverte hier au Palais des nations de Club des pins, en présence de représentants de plus d’une trentaine de pays et d’organisations régionales et internationales. Les plus en vue sont, en évidence, les ministres des Affaires étrangères des quatre pays du champ à savoir l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger, le commandant de l’Africom et la vice-secrétaire adjointe au département d’Etat et vice-coordinatrice des affaires régionales au bureau du coordonnateur de la lutte antiterroriste, le conseiller du président français et le britannique chargé de la lutte antiterroriste auprès du Foreign Office. Ils le sont de par le changement de leur attitude vis-à-vis du terrorisme et de l’Algérie qu’ils ont pratiquement ignorée durant sa guerre contre le terrorisme dans les années 90. Il a fallu les attentats du 11 septembre 2001 pour qu’ils acceptent de considérer la menace terroriste comme globale. Aujourd’hui, ils conviennent tous qu’ils se doivent d’appuyer les efforts des pays de la région en matière de lutte antiterroriste tout en affirmant que ces derniers en portent la responsabilité première. Ils confortent aussi l’Algérie dans ce qu’elle pressent comme détérioration et complication de la situation sécuritaire dans la région du Sahel à cause du conflit libyen. Dans sa déclaration d’hier, le gouvernement algérien a noté par la voix de son ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines que « la présence de nombreuses délégations étrangères à Alger atteste de l’importance accordée au partenariat dans notre région, de la qualité des discussions qui vont être menées durant ces deux jours et de la mobilisation des institutions onusiennes contre la menace terroriste ». Menace que l’Algérie qualifie de « globale nécessitant une riposte globale ». L’appel de l’Algérie est pressant en faveur d’un respect rigoureux de la résolution 1964 criminalisant le paiement des rançons en cas de prise d’otages ainsi que l’adoption d’une stratégie globale pour lutter contre le crime transnational organisé, le trafic des armes, celui de la drogue mais aussi contre la pauvreté et le sous-développement. Elle lie ainsi étroitement la sécurité et le développement pour lesquels elle demande de définir les orientations nécessaires pour leur réalisation.

Les demandes algériennes

Abdelkader Messahel rappelle que les quatre pays du champ ont adopté une vision commune et «une stratégie régionale intégrée et cohérente» en matière de lutte antiterroriste mais ont besoin d’aides matérielles et financières pour lutter contre l’ensemble des fléaux qui déstabilisent les populations de la région du Sahel. « Nous considérons que le moment est venu de donner une forte impulsion à notre coopération », estime Messahel. Il réclame ainsi « un partenariat actif (qui) peut apporter les réponses nécessaires en matière de formation, de logistique, de renseignement et de projets de développement ». La complexité de la situation qui prévaut dans la région est expliquée par les conséquences de la crise libyenne. « Le risque d’insécurité dans la région est lié aux répercussions du conflit libyen, les flots des armes en circulation et les charges supplémentaires engendrées par l’afflux massif des travailleurs africains de la Libye vers notamment le Niger et le Mali », explique le ministre délégué. L’Algérie appelle la communauté internationale à « travailler de concert pour fournir l’éradication du terrorisme et de ses interconnections ». Avant Messahel, c’était le ministre des Affaires étrangères du Mali qui avait souligné « la promptitude avec laquelle l’Algérie a organisée la conférence parce qu’elle a été décidée à peine trois mois avant, c’est-à-dire après la réunion de Bamako ». Il fera lecture des défis auxquels les pays de la région sont confrontés et aux problématiques compliquées qui en découlent et dont la résolution exige, selon lui, une démarche unitaire. « Il y a des défis internes liés aux facteurs de vulnérabilité de nos pays », fait-il savoir. Il rappellera que les pays de la région ont été des zones de rébellions attisées par des revendications identitaires quelques fois violentes, des problèmes économiques, le crime transnational organisé et l’accroissement de la menace terroriste.

«Une coopération, une complémentarité, une coordination, une cohérence»

Le MAE malien estime que « le 4ème défi est lié à la nature de la réponse que nous allons apporter ensemble ». Une réponse qu’il veut donc « multinationale, pour un contexte régional assez complexe ». Ce qui impose, dit-il, « une coopération, une coordination, une complémentarité et de la cohérence ». Ceci pour, ajoute-t-il, « transformer la zone du Sahel en zone de sécurité ». Il veut qu’une telle alliance aille « au-delà des convergences en matière de diagnostics». Le MAE mauritanien s’allie à ses pairs des autres pays du champ pour faire valoir «la nécessaire dualité entre le développement et la sécurité qui doit être au cœur de la stabilité des Etats du Sahel ». Ce sont ainsi, explique-t-il, « 8 millions de km² dont la stabilisation et la sécurité exige une approche unique et unifiée ». Il rappelle que « les frontières sont difficilement contrôlables et la sécurité est liée à des conflits ouverts, aux armes qui circulent librement, au recrutement de la jeunesse dans des organisations criminelles, dans les groupes terroristes en plus des effets de l’émigration clandestine ». Le MAE nigérien fait part de « certaines avancées institutionnelles entre les quatre pays du champ au niveau notamment de leur comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) et l’unité Fusion et Liaison (UFL) ». Le conflit libyen et la recrudescence des actes terroristes ont, selon lui, totalement dégradé la situation. « Nous étions unanimes à attirer l’attention sur les grands risques d’insécurité en raison du conflit libyen qui ont transformé la région en poudrière », affirme le chef de la diplomatie du Niger. Il fait savoir que son pays a intercepté le 12 juillet dernier un véhicule transportant 500 kg de senpax, une forte matière explosive, et quelques jours plus tard un nombre important de 4×4 volés qui circulaient dans le désert sahélien. « Cette logistique influe négativement sur la lutte antiterroriste », dit-il. Il estime que « les zones sahariennes ont besoin d’un plan rigoureux de développement pour mettre fin à leur isolement géographique ». Le MAE nigérien pense qu’ « il faut agir vite et bien contre l’AQMI notamment au niveau du Mali et du Niger. Il faut le faire à travers un leadership algérien plus rigoureux ».


 

«La menace terroriste dans le Maghreb est unique»

par G. O., Le Quotidien d’Oran, 8 septembre 2011

Le représentant du Royaume-Uni a déclaré en substance en plénière que «l’attentat contre l’académie de Cherchell nous renseigne sur

les menaces terroristes en Algérie et en Afrique du Nord».

Il promet que «le gouvernement britannique sera du côté des pays du champ et de toutes les nations qui se sentent menacées par le terrorisme». Il confortera Parent en indiquant qu’ «il appartient à la région de prendre des mesures pour mettre un terme à ce phénomène. Mais il assure de «la volonté de la communauté internationale de lui apporter les appuis nécessaires». A propos du conflit libyen, le responsable britannique a déclaré que «nous reconnaissons le souci exprimé par le gouvernement algérien pour la stabilité nationale (…), le CNT libyen est attaché à la paix et à la sécurité». Il demandera alors aux pays du champ de le reconnaître «puisqu’il réalisera la paix». Il fera savoir qu’en mars prochain, la Grande-Bretagne organisera conjointement avec l’Algérie des ateliers sur le renforcement des capacités de lutte contre le terrorisme. Un autre atelier du genre sera aussi tenu à Nouakchott. Il promet que son pays fournira appui et assistance à la société civile «qui devra travailler avec les populations vulnérables». La G.-B. travaille aussi avec le Mali dans le domaine de la formation. «Notre gouvernement travaille étroitement avec l’Algérie dans la lutte antiterroriste», a-t-il ajouté. Et affirme que «nous demandons à tous les pays à ne pas payer les rançons aux terroristes». Il rassure que «l’idéologie d’El Qaïda est en train de perdre avec la mort de Ben Laden, le monde arabe est en train de connaître des ouvertures non pas par l’idéologie islamiste mais par la démocratie.

Avant lui, la vice-secrétaire adjointe au département d’Etat, vice-coordinatrice des Affaires régionales au bureau du coordonnateur de la lutte antiterroriste, l’Américaine Shari Villarosi, a déclaré qu’elle considère que «l’attentat de Cherchell démontre que les efforts collectifs ont permis de diminuer du terroriste mais qu’il n’est pas totalement vaincu». Elle estime ainsi que «la menace terroriste dans le Maghreb est unique, avec des caractéristiques spécifiques, un ennemi hautement motivé pour planifier des attaques contre les Etats». Pour elle aussi, «l’effort doit être mené par les gouvernements de la région». Elle affirme quand même à leur intention que «votre persistance est quelque chose que nous assistons de tout cœur, nous sommes convaincus que vous allez vaincre». Elle recommande «une série de capacités de réactions qui doivent être mises au point par ceux qui ont de l’expérience». Elle citera nommément l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Elle a sous-entendu que les pays du champ doivent permettre au Maroc de participer à leurs côtés dans la lutte antiterroriste. Non sans leur promettre que «nous travaillons tous ensemble pour assurer la sécurité aux frontières et vaincre le terrorisme». L’appui des Etats-Unis se caractérise par, dit-elle, «des capacités militaires, des opérations de renseignements, des aides pour corriger les aspects économiques et sociaux qui ont contribué à la violence». Elle réclame aussi aux Etats de la région d’œuvrer pour la justice et le développement. Shari Villarosi rappellera que le forum mondial contre le terrorisme et pour l’instauration de l’Etat de droit se réunira le 21 septembre prochain à New York. «L’Algérie présidera un des plus importants ateliers de ce forum qui se concentre sur le Sahel», indique-t-elle.

Le commandant de l’Africom, Carter Ham, tiendra lui aussi à parler de l’Etat de droit, de la justice, de l’économie, de la sécurité et du partenariat. «Grâce à cela, nous pourrions assurer le succès de notre coopération». Carter Ham précise cependant que «l’Africom a un rôle de soutien et non de chef de file sauf si on nous le demande». Il reconnaît que «nos règlements militaires sont parfois frustrants mais je vous demanderai d’être patients». Il fera part de ses inquiétudes à propos de «la prolifération des armes et explosifs, en particulier ces systèmes mobiles à travers le Sahara».

Le coordonnateur de la prise en charge de la stratégie européenne pour le Sahel pense lui que «la crise libyenne est venue rajouter à cette situation déjà complexe». Mais il pense que «le monde arabe montre l’échec de l’idéologie djihadiste». L’Union européenne affirme par sa voix saluer les pays du champ». Il préconise comme une approche intégrée de la sécurité et du développement mais aussi la bonne gouvernance et l’Etat de droit. L’UE recommande le renforcement de la gouvernance locale, la création d’infrastructures clés et d’opportunités économiques pour les jeunes, ceci, sur la base d’une dynamique régionale. Elle déclare avoir débloqué 650 millions d’euros pour la réalisation de projets en cours et 250 autres pour identifier de nouveaux programmes.

Les invités de l’Algérie ont vu que les sièges de la délégation saoudienne sont restés vides. Aucune explication n’a été donnée à cette éclipse de l’Arabie Saoudite d’une tribune sur laquelle elle pourrait pourtant avoir son mot à dire.


Pour une stratégie commune: La France affirme que le rôle primordial

par G.O.

dans la lutte antiterroriste dans le Sahel doit revenir aux pays de la région qui doivent agir.

« Nul ne peut se substituer à leur place,» a lâché André Parent, le conseiller du président français. Il considère qu’«il faut très vite une action collective et coordonnée des Etats de la région.» Parent édulcore un peu la fermeté de ses propos en indiquant qu’«il n’est pas question de les laisser seuls parce qu’ils ne disposent pas de moyens et de capacités suffisants.» La France, dit-il «a répondu d’une façon positive aux demandes d’aides.» Il rappelle l’existence d’une stratégie européenne pour le Sahel. Stratégie à propos de laquelle Messahel estime qu’elle donne un rôle primordial à l’appropriation de la lutte antiterroriste par les pays du champ. Parent n’aura pas de difficultés à le souligner. Il commencera par noter que «nous attendons de la conférence qu’elle renforce notre détermination à agir collectivement pour avoir une stratégie commune.» Parce que dit-il «le rayon d’action de l’AQMI ne cesse de prospérer.» Seulement, il a demandé à ne pas confondre les symptômes et les causes des problèmes de la région de développement et de populations qui ont été abandonnées par les pouvoirs centraux.» Problèmes qui doivent être réglés selon lui, sur le long terme. «Mais nous sommes dans l’urgence alors que reconfigurer le terrain perdu nécessitera du temps en raison de l’immensité des espaces,» dit-il. Dans ses déclarations à la presse, en marge des travaux, André Parent a été plus ferme pour ce qui est de la position de la France vis-à-vis de ce qui se passe dans la région. Il a précisé que la dégradation de l’insécurité dans les pays du Sahel n’a rien à voir avec le conflit libyen. Parent souligne que les armes circulaient dans la région bien avant la crise libyenne. «Les pays de la région font face au terrorisme depuis très longtemps puisque les éléments de l’AQMI étaient déjà présents dans les quatre pays,» a-t-il dit. Pour «Monsieur Afrique» de l’Elysée, les problèmes des pays du champ n’ont rien à voir avec la crise libyenne mais sont étroitement liés au terrorisme. Il saluera au passage «la révolution en Libye dont le premier résultat est l’instauration de la démocratie.» Les problèmes de la région notamment du Mali et du Niger sont ainsi pour lui endogènes. « C’est le problème des trafics divers et de la nécessité de mieux développer le Nord, ce qui n’a rien à voir avec la Libye,» explique-il. Il fera part du soutien de la France et de sa disponibilité à aider les pays du Sahel «dans le respect scrupuleux de leur souveraineté.» Pour la première fois, dira-t-il, nous devons nous occuper de la sécurité et du développement.» Par la voix de son représentant, la France «demande aux pays du champ des résultats sur le terrain.» Elle leur demande même «dans quelle mesure ils seraient intéressés de travailler avec elle.» Il affirme qu’il serait intéressant de «travailler ensemble au sein du comité de l’état-major opérationnel conjoint des pays du champ (CEMOC) et l’unité fusion et liaison (UFL) parce qu’a-t-il dit « l’Europe peut fournir de l’expertise et de l’assistance technique et participer dans les programmes de développement de la Mauritanie et de la région.»

En marge des travaux, le MAE nigérien n’a pas hésité à réclamer l’aide concrète de la France parce qu’a-t-il dit «elle a des intérêts stratégiques au Niger qu’elle se doit de protéger.» Il pense qu’elle doit intervenir pour sécuriser ses sites d’uranium. Une déclaration qui risque d’approfondir les divergences entre les pays de la région et l’Algérie qui elle, reste très pointilleuse sur toute ingérence étrangère notamment en Afrique. Le MAE reconnaîtra que beaucoup de 4×4 traversent le Niger dont 5 transportant des responsables du renseignement libyen. Il dira à propos de Khadafi qu’il n’est pas au Niger et que si ce sera le cas, « nous agirons en fonction du respect du voisinage, des accords que nous avons avec la Libye et les règlements internationaux. » Il ne manquera pas de souligner que « le Niger a des problèmes avec les Touaregs qui sont partagés, une partie avec les « kataiebs » de Khadafi et une autre avec le CNT. » Le responsable nigérien n’hésitera pas à reprocher au CEMOC de trop parler et de n’avoir pas réussi des résultats concrets sur le terrain. Le MAE mauritanien reconnaîtra le leadership de l’Algérie dans la lutte antiterroriste. « Une présence extrêmement souhaitée, » dira-t-il parce qu’elle a « payé un lourd tribut et a une position géostratégique assez évidente. » Interrogé sur le paiement des rançons, le ministre a déclaré considérer qu’il est profondément contre parce qu’il permet de donner des assurances aux terroristes. On apprend par les Mauritaniens que le gouvernement espagnol a payé une rançon pour libérer ses otages qui fait 4 fois l’aide annuelle de la France au Mali.