L’offre de paix du président Traoré crée une nouvelle donne dans la crise malienne

L’offre de paix du président Traoré crée une nouvelle donne dans la crise malienne

Aïssa Bouziane, Maghreb Emergent, 23 Septembre 2012

Iyad Ag Ghali, leader de l’organisation Ansar-Eddine, devient un élément central du conflit malien. Sa réponse à l’offre de dialogue formulée par le président Diocounda Taroré aura des conséquences majeures sur l’avenir du pays. Il peut aussi bien se radicaliser, pour sceller une alliance durable avec les mouvements jihadistes, qu’aller vers une solution politique et engager des négociations. Mais le temps presse: le Mali et la CEDEAO sont parvenus à un accord pour une intervention militaire.

Ce n’est qu’une demi-surprise, mais l’offre de dialogue adressée aux rebelles islamistes qui occupent le nord du Mali par le président par intérim Dioncounda Traoré a provoqué une certaine perplexité. Comment un pouvoir qui veut rétablir l’intégrité territoriale du pays, en bénéficiant de la sympathie de l’opinion internationale, prend-il le risque de proposer des négociations à des groupes jihadistes radicaux ?

Certes, le président malien a pris ses précautions, en précisant qu’il ferait la guerre en cas de nécessité. «Puisque nous la préparons, nous ferons la guerre s’il ne nous reste plus d’autre choix », a-t-il dit à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance du Mali. « Mais nous réaffirmons ici que notre premier choix reste le dialogue et la négociation. Notre deuxième choix reste le dialogue et la négociation. Notre troisième choix demeure le dialogue et la négociation”, a-t-il insisté.

Cette détermination apparente du chef de l’Etat malien a toutefois rapidement trouvé une explication. L’offre de négociation s’adresse principalement, peut-être exclusivement, au MNLA (Mouvement national pour la Libération de l’Azawed), l’organisation qui avait lancé la rébellion au nord au début de l’année avant d’être supplantée par les mouvements jihadistes.

Les autres groupes jihadistes, MUJAO (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest), et AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), ont, quant à eux, apporté une réponse qui ne laisse aucune ambiguïté sur la possibilité de dialoguer avec le pouvoir central de Bamako. «Nous acceptons la main tendue de M. Traoré à une seule condition : que le Mali applique la charia, la loi de Dieu. C’est la seule condition”, a déclaré un dirigeant de la rébellion. Une condition que le président malien ne peut accepter, ce qui exclut, de fait, toute possibilité de dialogue avec le MUJAO et AQMI.

Le mystère Iyad Ag Ghali

La seule ambiguïté concerne en fait Ansar-Eddine. Ce mouvement, apparemment le plus structuré et le plus puissant, balance en effet entre revendications traditionnelles de l’Azawed, et de nouveaux choix islamistes auxquels semble s’être rallié depuis peu son principal dirigeant, Iyad Ag Ghali. Celui-ci, dirigeant historique du mouvement touareg, a vécu toutes les péripéties de ce conflit depuis un quart de siècle. Il a aussi été au centre des déceptions nées de la non application des accords conclus après chaque rébellion.

Sa posture politique, et l’hégémonie de son organisation dans le nord du Mali, en font un élément déterminant. De son choix dépend en fait l’avenir du Mali. S’il accepte de négocier, le conflit change de nature. Iyad Ag Gahli serait alors contraint de s’éloigner d’AQMI et du MUJAO, ses alliés du moment, et sera même contraint de leur fera la guerre.

A l’inverse, un refus éventuel de négocier de la part d’Ansa-Eddine plongerait le Mali dans le chaos. Non seulement il serait difficile de mâter une rébellion qui regrouperait toutes les organisations armées, mais il y aurait un véritable risque de provoquer une radicalisation générale des Touareg maliens, ce qui déboucherait une situation inextricable.

L’Algérie veut à tout prix éviter un tel dérapage, et plaide pour une solution politique depuis le début du conflit. Le président Diocounda Traoré veut, quant à lui, se prémunir contre toute critique. Il aura tendu la main jusqu’au bout. En cas d’échec, il a tous les arguments en main pour justifier une intervention militaire de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont les dernières retouches ont été finalisées la semaine dernière à Abidjan. Mais pour l’heure, le discours de l’Algérie et celui de M. Diocounda Traoré se rejoignent. Jusqu’à quand?