Le Mali veut unifier le «commandement politique»

Le Mali veut unifier le «commandement politique»

El Watan, 19 mai 2011

Cette réunion aux enjeux multiples, qui fait suite au conclave des chefs des armées des quatre pays membres du Comité d’état-major opérationnel du Sahel (Cemoc), le 29 avril dernier, toujours dans la capitale malienne et consacrée entre autres au conflit en Libye et ses risques de déstabilisation de la région, pourrait à terme déboucher sur l’«unification du commandement politique» dans la lutte contre la menace Al Qaîda.

C’est du moins ce qu’espère Soumeylou Boubèye Maiga, ancien ministre de la Défense, ex-chef des services de renseignement, et tout frais ministre des Affaires étrangères malien. Tout en confirmant le revirement extraordinaire de la politique du gouvernement d’Amadou Toumani Touré accusé par ses voisins de «mollesse», si ce n’est de complicité avec Al Qaîda, cette réunion présente d’autres enjeux. Présenté comme un partisan de la lutte acharnée contre AQMI et hostile à l’intervention étrangère dans la région, Boubèye Maiga a suggéré, dans une déclaration faite mardi à l’AFP, que la coalition des quatre pays pourrait être élargie à d’autres Etats riverains du Sahel, allusion au Maroc. «Les ministres se rencontreront à Bamako pour aborder les questions de sécurité dans le Sahel où AQMI est aujourd’hui l’une des menaces», a déclaré M. Maiga. «Nous commençons par les pays qui ont un état-major commun basé à Alger», a-t-il ajouté à l’issue de son long périple qui l’a mené, fin avril-début mai, d’Alger, à Nouakchott, puis Niamey et enfin à Paris.

«La position de l’Algérie, comme la nôtre et celle des autres pays, est que la lutte contre le terrorisme doit reposer sur les efforts nationaux et régionaux», a indiqué Soumeylou Boubèye Maiga à Radio France internationale. Dans une interview accordée le 3 mai au journal le Monde, le chef de la diplomatie malienne est revenu sur les raisons ayant commandé à sa désignation au poste de ministre des Affaires étrangères. «Il s’agit, dit-il, de réactiver nos relations avec des pays comme l’Algérie et la Mauritanie, qui estimaient insuffisant l’engagement malien contre le terrorisme. Je reviens d’Alger, je suis aujourd’hui [lundi 2 mai] en Mauritanie et serai, jeudi, au Niger. Ces Etats sont désormais dans de meilleures dispositions à notre égard. Vendredi 29 avril, les chefs d’état-major des pays en question se sont réunis à Bamako, et le président Amadou Toumani Touré (ATT) s’est clairement prononcé pour une présence malienne durable sur le terrain. Il reste à unifier le commandement politique. Une réunion des ministres des Affaires étrangères, le 20 mai, à Bamako, précédera une visite du président à Alger».

La Libye sera également au cœur des discussions à Bamako. «Les événements de Libye accroissent le potentiel de violence dans la région : nous avons enregistré sur notre territoire un afflux d’armes lourdes volées dans les arsenaux libyens. C’est une menace de plus, non seulement pour les étrangers, mais pour l’Etat malien lui-même», a indiqué le MAE malien. Affichant moins d’empressement et d’entrain, la diplomatie algérienne évoque le cadre arrêté à la réunion d’Alger (mars 2010) qui a «défini un mécanisme de concertation politique au niveau ministériel et redynamisé la coopération au plan militaire à travers la relance des activités du Comité d’état-major conjoint (Cemoc) et la mise en place de l’Unité fusion et liaison de coordination entre les services de sécurité». En place et lieu de Mourad Medelci, c’est Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, qui dirigera la délégation algérienne à cette réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du voisinage du Sahel.

Une réunion qui permettra de procéder à une «évaluation» de ce qui a été réalisé une année après la réunion d’Alger, de «définir les axes futurs» en matière de lutte contre le terrorisme et ses connexions dans la région sahélo-saharienne, selon un communiqué des AE, de «rationaliser» l’action des pays du voisinage en exploitant, au mieux, les capacités dont ces Etats disposent. La prochaine réunion de Bamako confirme toutefois la nouvelle «lune de miel» entre Alger et Bamako, après une brouille diplomatique qui a duré plusieurs mois, et signe d’autant plus le «grand retour» du Mali sur le terrain de la lutte contre Al Qaîda.

Mohand Aziri