Opération Flintlock 2007: Un exercice et des problèmes

OPÉRATION FLINTLOCK 2007

Un exercice et des problèmes

L’Expression, 20 Août 2007

Des voix se sont élevées en Afrique et en Occident pour dire que les véritables raisons de ce branle-bas de combat sont à rechercher dans la convoitise des richesses du sous-sol sahélien.

L’administration américaine sous la direction de George W.Bush et Dick Cheney est-elle en train de forcer la main aux pays maghrébins et du Sahel pour qu’ils acceptent enfin des bases américaines sur leur sol?
La question est d’actualité puisqu’elle a été remise sur le tapis à l’ombre de l’opération Flintlock 2007, nom de l’exercice militaire prévu fin août en cours, début septembre prochain entre les USA et des pays du Sahel dont l’Algérie. Selon les Américains, l’opération entre dans le cadre d’un plan de «partenariat» transsaharien de lutte contre le terrorisme. Décidés à imposer au monde entier, notamment les pays les plus touchés par ce fléau, leur conception de la lutte antiterroriste, les Américains ne semblent pas avoir l’intention de revoir leur stratégie de «quadrillage de la planète».
Obnubilés par leur statut de superpuissance, les Etats-Unis maintiennent la pression sur le continent africain à travers une zone sensible. Une zone de «turbulences» et d’«instabilité» politique et économique, donc favorable au développement de tous les trafics.
Des exercices similaires ont eu lieu dans cette même région en 2000 et 2005. Cependant, cette fois-ci le contexte est différent.
Les Etats-Unis ne cachent plus leur intention d’avoir des bases militaires pour le long terme au Sahel. L’Algérie s’y oppose, du moins pour ce qui est de son territoire. Le Niger, le Mali et le Tchad sont dans l’expectative. Niamey, Bamako et N’Djaména sont tout à fait conscients des retombées néfastes que causerait la présence militaire américaine. Qu’ils soient d’obédience occidentale, ethnique ou islamiste, les groupes armés qui activent dans la région vont certainement réagir et par les armes, ont souligné des sources sécuritaires très au fait de la question.
Les experts de Washington disposent de ces données. Loin de servir de force de dissuasion l’installation à demeure en Afrique de contingents militaires américains serait surtout une source supplémentaire d’instabilité pour la région sahélienne notamment. Alors que cache l’exercice «Flintlock» 2007?
Des voix se sont élevées en Afrique et en Occident pour dire que les véritables raisons de ce branle-bas de combat sont à rechercher dans la convoitise des richesses du sous-sol sahélien.
C’est pratiquement le même scénario qu’au Darfour: la sécurité régionale. A tel point qu’une organisation humanitaire occidentale a mis en doute, récemment, le nombre exact des victimes et a émis de sérieuses réserves sur les 200.000 morts annoncés au Darfour.
Washington peut toujours exercer des pressions sur les gouvernements africains concernés par le biais d’aides substantielles. L’Algérie ne compte pas abandonner ses positions de principe qui s’articulent, après la sacro-sainte souveraineté nationale, autour de la légitimité de l’Union africaine, seule à même de faire, le cas échéant, «le ménage» sur son continent. En un mot, oui pour la lutte concertée contre le terrorisme, où qu’il se trouve, non à cette hégémonie et cette nouvelle forme de mainmise qui ne dit pas son nom.

Ikram GHIOUA