MEDJAHED ABDELAZIZ: «Le terrorisme est une donne internationale»

MEDJAHED ABDELAZIZ, GÉNÉRAL-MAJOR À LA RETRAITE, À L’EXPRESSION

«Le terrorisme est une donne internationale»

Par Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE, L’Expression, 06 Septembre 2011

Général-major à la retraite, Medjahed Abdelaziz a soutenu dans cet entretien que l’Algérie constitue un pilier dans la lutte antiterroriste autant au plan régional qu’international. Et de soutenir que la coopération et la mobilisation régionale et internationale contre le terrorisme sont un rempart sûr pour contrer tous les dangers d’où qu’ils proviennent.

L’Expression: L’Algérie s’apprête à abriter l’une des grandes Conférences internationales sur le terrorisme au Sahel, la grande criminalité, mais aussi les retombées de la crise libyenne sur la sécurité régionale. Quelle lecture faites-vous de cet évènement?
G.-M. Medjahed: La Conférence Internationale qu’accueillera l’Algérie pendant les journées de mercredi et jeudi et durant laquelle prendra part, outre les plus grandes puissances mondiales, en l’occurrence les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Union européenne, constitue en effet un événement majeur, voire marquera un tournant dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au plan idéologique et d’action.
Et puis, il faut noter également que celle-ci est un prolongement pour les précédentes initiatives entreprises par l’Algérie avec ses partenaires régionaux, à savoir les chefs d’état-major des pays du Sahel, membres du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc), mais aussi avec ses partenaires occidentaux. Cette Conférence renseigne également sur le point régional et international de l’Algérie dans le cadre de la lutte antiterroriste. Convaincue, l’Algérie a toujours soutenu qu’aucun pays ne peut faire cavalier seul pour lutter contre le terrorisme. Nous sommes convaincus que c’est la seule voie possible pour triompher du fléau dévastateur du terrorisme, d’où l’Algérie a toujours considéré et plaidé que la guerre contre le terrorisme est intimement liée à la coopération et la mobilisation régionale et internationale pour contrer tous les dangers d’où qu’ils proviennent.

L’Algérie s’inscrit aujourd’hui comme membre du groupe de travail pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord pour la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’Algérie est donc pour une convergence des efforts, notamment dans la perception commune des menaces qui doit se traduire par une lutte ferme et coordonnée contre le terrorisme et le crime organisé. A ce sujet, selon le dernier rapport établi par le Département américain portant sur le terrorisme à l’échelle planétaire, l’Algérie a réussi à stopper le flux d’argent destiné au financement des groupes terroristes. Le document n’a pas manqué, il faut le dire, de relever et de saluer même les efforts de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme transfrontalier et le rôle pivot qu’elle joue au Sahel en lançant l’idée de créer un instrument de coopération régionale avec les pays de cette région. Et contrairement aux pays qui ont versé des rançons aux terroristes, le rapport du Département américain a consacré une note particulière qui a été adressée à la bravoure des populations en Kabylie, qui se sont mobilisées pour libérer des otages sans pour autant verser la moindre rançon, comme l’avaient exigé les groupes terroristes. Donc, la nature des thèmes qui seront abordés et la qualité des pays invités pour la Conférence renseignent sur le rôle pivot et stratégique de l’Algérie dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sur la scène nationale et internationale.

Comment expliquez-vous la recrudescence des attentats terroristes en Algérie?
Le terrorisme n’est pas propre à l’Algérie. Il faut dire qu’aucun pays au monde n’est épargné. Même les Américains ont payé les frais de ce fléau et en paient encore. Il est idéologique et s’inscrit dans un cadre international. Aujourd’hui, le terrorisme ne représente pas une activité d’un certain groupe d’individus quelconque, animé par des idées nationalistes ou séparatistes, comme on l’a si bien vu dans les ex-Républiques soviétiques. Mais il est purement idéologique. Pour traiter ce phénomène, il faut bien le situer dans un environnement global, sans pour autant l’isoler. Le terrorisme est plus que jamais capable de propager ses idées et sa vision du monde aux gens frustrés et désespérés. Il se nourrit de la démobilisation des citoyens et de leurs malheurs.

Donc, les groupes terroristes en profitent pour élargir leurs rangs et renforcer leurs forces de nuisance. Il possède son intelligentsia et ses combattants. Donc, il a un caractère international, qui est plus dangereux en tant qu’idéologie enveloppée dans une religion que comme une organisation terroriste. Pour le combattre, il faut dire que la lutte contre le terrorisme n’est pas seulement une affaire des services de sécurité ou d’un Etat, mais elle est aussi l’affaire de toute la société et exige une coopération entre les Etats.
Pour le contrer, l’Algérie s’est déjà prononcé. L’heure est donc au développement économique des pays concernés, à la coopération, à l’entraide et aux actions concertées pour combattre le terrorisme et juguler tout risque et facteur de subversion et d’instabilité afin d’épargner à nos pays les conséquences néfastes qui en découlent. A cet effet, il faut souligner que la Conférence internationale sur le terrorisme conduira à coup sûr les pays de la bande saharienne et Occidentaux à arrêter des perspectives et des stratégies leur permettant de lutter efficacement contre Aqmi (Al-Qaîda au Maghreb islamique), et bénéficier de l’expertise des puissances occidentales.

Quel est votre commentaire sur les attentats commis durant le Ramadhan?
Les derniers attentats terroristes ayant ciblé les services de sécurité, les citoyens, mais surtout l’une des prestigieuses institutions militaires nationales, en l’occurrence l’Académie militaire de Cherchell, cherchent un écho médiatique. Réduits et affaiblis, les terroristes s’attaquent à des cibles qui peuvent faire objet de reprise et de spéculation médiatique. Ainsi, les terroristes ont ciblé et ont touché des symboles de souveraineté. Les activités terroristes s’inscrivent dans un cadre de la recrudescence du terrorisme au plan international. Par conséquent, l’attentat contre l’Académie de Cherchell vise une donnée médiatique. D’autant plus que, l’Algérie s’apprête à abriter l’une des grandes Conférences internationales sur le terrorisme au Sahel, la grande criminalité, mais aussi les retombées de la crise libyenne sur la sécurité régionale.

A travers cet attentat les groupes terroristes, affiliés à Al Qaîda, cherchent à se faire entendre et parler d’eux aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, d’où leurs actions plus spectaculaires et ciblant des symboles de l’Etat. Aussi, faut-il le dire sans risque de se tromper, les derniers attentats sont liés à un environnement régional et international instable où l’Algérie est partie prenante. Par ailleurs, il faut préciser que le rôle que joue aujourd’hui l’Algérie au Sahel dans le cadre de la lutte contre les réseaux pèse aussi bien sur le plan interne qu’externe. Une telle situation est surtout rendue possible du fait de la connexion des groupes terroristes activant sur le territoire national et Aqmi au Sahel. L’Algérie est devenue donc à la suite de ses initiatives et son rôle en matière de mobilisation régionale et internationale contre le terrorisme, l’ennemi numéro 1 pour Aqmi, qui se sent menacée.