Une conférence à Alger pour faire le point

TERRORISME ET CRIME ORGANISÉ AU SAHEL

Une conférence à Alger pour faire le point

Par Mohamed BOUFATAH, L’Expression, 04 Juillet

Le détournement d’armes lourdes, induit par la crise libyenne, inquiète de plus en plus les Etats riverains du Sahel.

De Tombouctou (Mali) à Arlit (Niger) et N´Djamena (Tchad), la reprise des activités subversives à l´ombre du drame libyen inquiète, mobilise et suscite la levée de boucliers des états-majors militaires.
L’unification des stratégies de lutte contre ce phénomène s’emballe à tous les niveaux. Des armes lourdes sont déjà entre les mains d’Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi) et de trafiquants de drogue ou d’armes. Lesquelles armes seront certainement utilisées pour déstabiliser les Etats africains du Sahel, à enlever des touristes pour la demande de rançons.
L’Algérie, où des attentats ont été signalés au nord du pays et d’autres mouvements suspects de convois d’armes aux frontières sud-est ces derniers temps, s’apprête à abriter une conférence sur le Sahel. Cette réunion se tiendra les 7 et 8 juillet à Alger. La date de la conférence a été arrêtée, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères des 4 pays concernés à savoir l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, tenue mardi dernier en marge des travaux du 17e sommet de l’UA. En plus des Etats du Sahel, des membres du Conseil de sécurité de l’ONU participeront à cette conférence. Il s’agit, entre autres, de la France, de l’Italie, de l’Espagne et des Pays-Bas. L’Union européenne et d’autres organisations internationales sont conviées à ce rendez-vous. Le Centre international de lutte contre le terrorisme et le Centre de Genève de lutte contre le trafic de drogue ainsi que d’autres centres spécialisés prendront également part à cette conférence. Des bailleurs de fonds tels que la Banque mondiale (BM), la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque islamique africaine (BIA) sont aussi de la partie. La lutte antiterroriste, la lutte contre le crime organisé et les voies et moyens permettant d’accompagner les pays du Sahel dans leur stratégie de développement sont autant de thèmes sur lesquels seront axés les débats. Le dispositif sécuritaire mis en place, en début du mois de juin, par les quatre pays du Sahel, impliqués dans la lutte antiterroriste, a permis, à la fin de juin dernier, à l´armée mauritanienne de détruire un campement de ce qu´on appelle Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi). L´opération s´est déroulée à l´ouest du territoire malien dans la forêt du Wagadou, non loin des frontières mauritaniennes, a précisé une source militaire mauritanienne à l´AFP. Quatre blessés dans les rangs de l´armée mauritanienne ont été dénombrés. L´assaut contre ce campement a été donné selon le dispositif militaire convenu dans le cadre de la stratégie des opérations communes aux quatre pays. Toutefois, la stratégie américaine de contreterrorisme précise aussi que les Etats-Unis souhaitent renforcer les efforts de coopération régionale contre l’Aqmi, en particulier entre l’Algérie et la Mauritanie, le Mali et le Niger comme un élément essentiel dans une stratégie axée sur la perturbation d’un groupe hautement adaptable et mobile qui exploite les lacunes dans la sécurité régionale et la gouvernance.
Par ailleurs, les ministres du groupe informel des six plus grands pays de l’UE et leur homologue américaine ont estimé, fin juin dernier à Madrid, qu’il était urgent de tenter de freiner l’expansion d’Al Qaîda au Maghreb islamique et son armement via la Libye, a déclaré le ministre espagnol de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba. Ces derniers se disent particulièrement préoccupée par l’apparition d’armes de l’armée libyenne entre les mains des terroristes. Pour cela, les ministres de l’Intérieur du G6 (Espagne, Royaume-Uni, France, Italie, Allemagne et Pologne) projettent l’organisation d’une réunion conjointe sur le Sahel avec leurs homologues des Affaires étrangères et la participation des Etats-Unis. Ainsi, avec la circulation à grande échelle des armes lourdes provenant de Libye, la tâche ne sera pas de tout repos! Interrogé sur la livraison d’armes de la France aux rebelles libyens, le président de la commission de l’Union africaine, le Gabonais Jean Ping, a affirmé qu’elles «seraient utilisées» pour la prise d’otages.