Il cible le Niger et les intérêts français dans l’uranium d’Arlit : Le come-back explosif de Belmokhtar

Il cible le Niger et les intérêts français dans l’uranium d’Arlit : Le come-back explosif de Belmokhtar

par Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 25 mai 2013

Alger et Paris avaient prudemment refusé de confirmer mais le président tchadien, Idriss Déby Itno, tenait à son «trophée»: Mokhtar Belmokhtar, le borgne, est mort. Il se serait auto-explosé, selon la version du président tchadien. Plusieurs semaines plus tard, le terroriste fait un come-back explosif en «supervisant» deux attaques au Niger. La première, à Agadez, a ciblé une caserne de l’armée nigérienne, causant une vingtaine de morts et une quinzaine de blessés. La seconde, à Arlit, cible directement la France à travers les installations de la multinationale nucléaire Areva qui exploite les grands gisements d’uranium du pays. Un salarié du groupe a été tué et 14 autres ont été blessés. Le groupe de Belmokhtar, les «Signataires par le sang» ou «Al-Moulathamoune», affirme avoir attaqué des «forces spéciales» françaises chargées de la protection du site dont plusieurs «ont été tués». Le borgne, qui a déjà lancé une attaque terroriste meurtrière contre la base gazière de Tiguentourine, en Algérie, en janvier dernier, semble privilégier les «cibles» économiques.

LA FRANCE DEFIEE

Le site d’Arlit est hautement stratégique pour l’économie française, en l’attaquant Belmokhtar défie ouvertement la France après son intervention au Mali. L’attaque contre le site d’Arlit, menée avec un véhicule contenant dans les 400 kg d’explosifs, a affecté l’unité de production qui a se trouve à l’arrêt pour une durée indéterminée.

L’opération est d’autant plus remarquable que le site est censé être très protégé après l’enlèvement de sept personnes, dont 4 Français, sur les lieux mêmes en septembre 2010. Des forces spéciales françaises sont déployées depuis fin 2012 pour sécuriser les sites d’Areva au Niger, ce qui montre que le groupe de Belmokhtar a eu le temps de préparer l’opération en décelant les failles dans le dispositif. C’est par le canal, «habituel», de l’Agence Noukachott d’Information que l’émir des «Signataires par le sang» a revendiqué la «Ghazoua d’Abou Zeid», le chef d’Aqmi dont la mort, dans un bombardement de l’armée française, avait été confirmée par des examens ADN. Les attaques menées en «coordination» avec le Mujao sont présentées comme une «première» réponse aux propos du président du Niger, Mahamadou Issoufou, inspirés par ses «maîtres à Paris, affirmant que les djihadistes ont été écrasés militairement».

MENACE DIRECTE AU NIGER

Belmokhtar a promis que d’autres opérations seront menées contre le Niger, la France et les autres pays de la région engagés dans les opérations militaires au Mali. S’adressant directement au président du Niger, il lui promet de porter la «bataille dans son pays s’il ne retire pas son armée mercenaire du Mali». Le Mujao, qui avait annoncé initialement les attaques, a confirmé que les opérations ont été coordonnées avec le «Signataires avec le sang» et a souligné qu’il s’agit d’une riposte à l’envoi de troupes du Niger au nord du Mali. Les attaques ont été effectuées par plus d’une dizaine de djihadistes «originaires du Soudan, du Sahara Occidental et du Mali et chacun des deux véhicules utilisés était rempli d’une tonne d’explosifs», indique le communiqué de Belkmokhtar. Les forces spéciales françaises ont dû prêter main forte aux forces nigériennes pour venir à bout des derniers djihadistes infiltrés dans le camp militaire d’Agadez. Le ministre nigérien de la Défense, Karidjo Mahamadou, l’a confirmé en donnant un bilan de dix djihadistes tués dont huit à Agadez et deux à Arlit. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a indiqué que les forces spéciales françaises sont intervenues à la demande des autorités locales pour mettre un terme à la prise d’otages qui a suivi l’attentat-suicide. Qualifiant le Sahel de «zone d’instabilité», le ministre français a déclaré que l’objectif des djihadistes était de faire du Mali un «sanctuaire islamiste, ça ne le sera pas. Il faut maintenant éviter qu’il y ait, soit au Nord-Niger, soit dans une partie du Tchad, des risques identiques».

LA LIBYE «SANCTUAIRE DES TERRORISTES»

Ce déplacement de champ d’action des djihadistes était prévisible. Dans son communiqué, Belmokhtar évoque les nécessités de la guerre qui ont conduit les djihadistes à se retirer du nord du Mali. Il s’agit clairement d’éviter une confrontation directe inégale avec l’armée française tout en se dispersant dans les autres pays de la région en créant des foyers d’activité terroriste imposant une forte mobilisation des armées locales. C’est la stratégie qui semble se mettre en place.

Créer une «menace» pressante sur les pays qui ont envoyé des troupes dans la Mission internationale de soutien au Mali ou qui s’apprêtent à le faire dans la Minusma, la «Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali». Tout comme les autorités algériennes dans le cas de l’attaque terroriste contre la base gazière de Tiguentourine, les autorités du Niger affirment que les djihadistes sont venus de Libye. Un haut responsable nigérien a en effet affirmé que les «kamikazes viennent effectivement de Libye», «un sanctuaire des terroristes». Cela reste à confirmer. Personne n’est en mesure d’affirmer qu’ils ne sont pas déjà au Niger et au Tchad. Les djihadistes se sont dispersés après l’intervention française au nord du Mali. Leur champ d’action s’est automatiquement élargi.