AQMI : Le nouveau plan de l’émirat du Sahara

AQMI : Le nouveau plan de l’émirat du Sahara

El Watan, 24 janvier 2014

Multiplier les attaques quand l’armée française se retirera, sécuriser les bases djihadistes dans le Sahara, faire échouer les négociations menées par les indépendantistes de l’Azawad : la feuille de route de Yahia Abou El Hamam aurait filtré sur les forums djihadistes. En ligne de mire : les Français, les Maliens, mais aussi les Algériens.

Un document de l’émirat du Sahara, qui remonterait entre novembre et janvier, a été repris sur des forums djihadistes. Ce document décortique la stratégie de réponse des djihadistes d’AQMI, dirigés par Yahia Abou El Hamam (Djamel Okacha), à l’opération menée par l’armée française au nord du Mali. Ce document révèle que si les groupes armés ont connu des pertes importantes, «le projet djihadiste» n’a pas été affecté et qu’ils sont en en train de préparer un plan de riposte. La réponse à l’intervention des étrangers au nord du Mali, qualifiée de «campagne de croisade» se fera, selon la source, en appelant tous les musulmans à rejoindre le nord du Mali pour créer un front. Les ennemis sont classés en trois catégories.

Les premiers, «les plus dangereux» : les Français «et leurs alliés en Algérie» qui fournissent un soutien logistique et des renseignements. Les deuxièmes : les forces africaines et onusiennes considérées comme faibles sans le soutien des Algériens et des Français. Les troisièmes : l’armée malienne à Bamako et ses alliés locaux. Les groupes armés prévoient, plus exactement, de multiplier leurs attaques au moment où les Français décideront de se retirer. Le document souligne la nécessité «pour les combattants de s’imposer dans la région à travers une campagne de sensibilisation auprès des populations», et de sécuriser leurs bases et les pistes pour contrecarrer toute attaque intérieure ou étrangère.

Tiguentourine

La stratégie contre les forces françaises : mettre la pression de manière à ne plus leur laisser le temps d’établir des plans stratégiques. Les groupes armés envisagent aussi de lancer une «grande opération» djhadiste qui secouera Bamako et l’armée française, au cours de laquelle les ambassades, les consulats et les organisations internationales seront visés. Le document parle aussi de la nécessité d’élargir l’activité djihadiste et de viser les intérêts occidentaux en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso, sur le modèle de la prise d’otages de Tiguentourine. Il est même question de viser les pays «qui osent s’ingérer» au Mali, à l’exemple de l’Algérie, du Niger, de la Mauritanie ou du Burkina Faso.

L’Algérie est clairement visée, puisqu’elle représente, selon la source, «un danger pour les combattants et le projet islamique de l’Azawad». «Il est vrai que l’Algérie n’est pas intervenue militairement au nord du Mali, mais elle ne s’est pas encore complètement retirée. Elle continue à être présente politiquement, stratégiquement et fournit les renseignements nécessaires aux différentes forces.» Enfin, le document parle du combat à mener contre les indépendantistes de l’Azawad. Objectif : faire tomber les régions et les zones jusque-là maîtrisées par le MNLA et le Mouvement arabe de l’Azawad. Et surtout faire échouer les négociations lancées entre les différentes parties du conflit.

Sahel : les services de sécurité émettent un bulletin d’alerte

Un an après l’attaque du site gazier de Tiguentourine, les services de sécurité des pays du Sahel, dont l’Algérie, ont fait circuler une note d’alerte sur l’identité de 20 kamikazes du groupe des Mourabitoune (les Almoravides), fusion entre les factions de Mokhtar Belmokhtar et le Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) du Targui mauritanien Ahmed Ould Amer. Sur cette liste, il y a neuf Maliens, dont Omar Sellouni, un ancien membre de l’émirat du Sahara (AQMI), quatre Mauritaniens dont Nassim Chelgham alias Abou Aniss, Djelal Drini alias Abdallah Abou Mohamed, deux Tunisiens, un Egyptien, un Nigérian et trois Algériens. Le premier des Algériens s’appelle Bikchi Djeloul, c’est un ancien membre du Mouvement des fils du Sahara pour la justice islamique de Abdesselam Tarmoun. Les services de sécurité sont catégoriques : il est aujourd’hui actif dans les rangs des Mourabitoune. Le deuxième s’appelle Azzedine Sekat. Quant au troisième, Abdelmadjid Bouaaroua, il serait originaire de Biksra. Suite à des interrogatoires des terroristes arrêtés en Algérie et aux renseignements obtenus grâce aux enquêtes au nord du Mali des services de renseignement algériens, maliens et français, les groupes islamistes seraient en train de préparer une grande attaque dans quatre pays du Sahel : Mali, Niger, Mauritanie, Algérie. Ce groupe de kamikazes, «le Groupe des martyrs», auraient appelé cette attaque «vengeance des martyrs Abderrahmane El Nigiri (tué lors de l’attaque de Tiguentourine) et Abou Zeïd (tué par les Français lors de l’opération Serval)». Elle projette de cibler les intérêts français et leurs alliés en Algérie, au Mali et en Mauritanie.

La France mène deux opérations de «contre-terrorisme»

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé hier que les forces françaises présentes au Mali avaient mené dans la nuit de mercredi à jeudi deux opérations de «contre-terrorisme» dans le nord du pays. Le ministre a relevé que «tout n’est pas fini, les risques terroristes dans cette partie de l’Afrique restent importants». «Nous allons garder un millier de soldats qui font du contre-terrorisme, y compris cette nuit, a-t-il poursuivi. On intervient pour cibler des groupes en reconstitution sur deux théâtres, à la fois aux environs de Tombouctou (nord-ouest) et dans l’Adrar des Ifoghas (dans la région de Kidal, extrême nord-est)». Plus généralement, le bilan de l’opération Serval contre les groupes armés occupant le nord du Mali «est extrêmement positif», a dit M. Le Drian. Selon une source administrative malienne jointe depuis Bamako, «plus d’une centaine de militaires français ont quitté Tombouctou par voie terrestre pour le nord de la ville, avec le matériel nécessaire». Selon une source militaire africaine au sein de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), «il y a des moyens aériens et terrestres». «Ce n’est pas la plus importante opération militaire depuis la reprise des villes, mais c’est une opération militaire nécessaire pour que les terroristes ne se reconstituent pas», a ajouté cette même source militaire. Une autre source militaire étrangère, qui a requis l’anonymat, a affirmé que les opérations se poursuivaient jeudi matin. «Nous n’avons pas encore de bilan. Il est clair que les combattants du Mujao, les héritiers d’Abou Zeïd, et la katiba (unité combattante, ndlr) de Belmokhtar sont dans le viseur. Ils tentent de se reconstituer. Peut-être même qu’ils ont du matériel militaire venu de la Libye», a-t-elle ajouté. (AFP)

Aziz M.