Martyn Roper’s : «La circulation des armes libyennes, une préocupation que nous reconnaissons»

Martyn Roper’s : «La circulation des armes libyennes, une préocupation que nous reconnaissons»

El Watan, 14 septembre 2011

L’ambassadeur de Grande-Bretagne à Alger, Martyn Roper’s, en visite de courtoisie au journal El Watan, revient, dans cet entretien, sur les relations – qu’il juge «bonnes» – entre l’Algérie et la Grande-Bretagne. Il dit comprendre les préoccupations d’Alger sur la sécurité au Sahel et ses craintes de voir les armes libyennes passer la frontière. Entretien.

-Comment se portent les relations entre l’Algérie et le Royaume-Uni ?

Nous avons des relations très fortes avec l’Algérie. Elles se déploient sur plusieurs secteurs de coopération. Nous avons ainsi des coopérations étroites dans le domaine de la Défense, de nombreux contacts avec les forces armées des deux pays, dans le cadre du mémorandum pour augmenter les contacts entre les forces de la marine et l’armée de l’air.
J’aimerais, à ce propos, féliciter les autorités algériennes pour l’organisation de la conférence sur la lutte contre le terrorisme au Sahel, qui a vu la participation du conseiller du Premier Ministre, David Cameron.

Le fait est, par ailleurs, que l’Algérie représente un pays important dans le secteur énergétique, notamment le gaz. Mais nous essayons aussi de diversifier nos investissements.A mon arrivée à Alger, le président Bouteflika avait émis le souhait de voir la Grande-Bretagne plus présente dans le marché algérien. Nous sommes en train de répondre à cette demande. D’ici à la fin de l’année, cinq missions économiques vont venir à Alger pour faire de la prospection dans différents domaines, à l’exemple de la construction, les énergies renouvelables et l’éducation, des missions exploratrices. Des entrepreneurs viendront en prospection à Alger pour identifier les opportunités d’affaires. La bonne nouvelle est que les chiffres de l’exportation ont augmenté de 117% en six mois.
Il est utile de préciser que de nombreuses entreprises britanniques sont déjà installées en Algérie, à l’exemple de BP et Shell ainsi que d’autres compagnies activant dans des domaines hors hydrocarbures, comme HSBC, Unilever et Glaxosmithkline (GSK).

-N’y a-t-il pas quelques réticences des entreprises britanniques à investir en Algérie ?

J’ai l’impression qu’il y a un véritable intérêt pour le marché algérien. Le fait d’organiser autant de missions économiques est un bon signe. L’Algérie est perçue comme un pays stable dans la région, riche en hydrocarbures. Bien entendu, le climat d’investissement est très important et les entreprises veulent qu’il soit le plus positif possible.

-Les scandales de corruption n’ont-ils pas entaché l’image de l’Algérie au Royaume-Uni ?

Ce n’est pas à moi de faire des commentaires sur cette question. Mais je crois que cela n’a pas eu un grand effet sur les hommes d’affaires britanniques. L’Algérie est un pays qui fait beaucoup d’investissements sur les infrastructures publiques et qui a une vraie volonté d’avancer.

-Quelles appréciations faites-vous de la situation politique en Algérie ?

Nous suivons la situation en Algérie avec intérêt. Nous avons vu qu’un processus de réformes politiques est amorcé, mais ce n’est pas à nous de faire le commentaire sur les détails, c’est au peuple algérien d’en juger.

-La position algérienne, son hésitation, à reconnaître le CNT libyen a été très critiquée. Qu’en pensez-vous ?

Nous respectons beaucoup la position algérienne. Nous avons eu régulièrement des discussions avec les responsables algériens au sujet de la Libye et nous comprenons leurs préoccupations, notamment en ce qui concerne l’impact de l’instabilité de la Libye sur ses pays voisins. Les pays de la région doivent, avec le soutien de la communauté internationale, faire face à cette menace pour éviter qu’elle devienne un vrai problème. Il y avait un accord clair entre tous les partenaires lors de la conférence d’Alger sur la lutte contre le terrorisme concernant cette question. Nous ne pouvons permettre que la situation en Algérie se détériore à cause de la situation en Libye.

-Comment contrer, selon vous, le problème des armes libyennes qui circulent au niveau des frontières ?

C’est une préoccupation que nous reconnaissons. C’est aux pays de la région, avec l’aide de la communauté internationale, de faire face à cette nouvelle menace. C’est là encore un message clair de la conférence d’Alger sur la lutte contre le terrorisme. Il est vrai que les pays de la région ont la pleine responsabilité de ce problème, mais le Royaume-Uni sera à leurs côtés pour coopérer.

-Croyez-vous que la situation en Libye va évoluer positivement ?

C’est la révolution du peuple libyen. L’action de l’OTAN n’était qu’une réponse à une menace grave et réelle contre les civils à Benghazi. El Gueddafi était déterminé à en faire un bain de sang. Maintenant, c’est au peuple libyen de construire son pays, avec le soutien de la communauté internationale. Nous comptons apporter notre aide tant que les Libyens le jugeront nécessaire.
Quel est votre point de vue sur le rejet, du gouvernement algérien, du paiement de rançon pour la libération des otages dans le Sahel ?
Nous sommes tout à fait d’accord avec le gouvernement algérien. Le Royaume-Uni est contre le paiement de rançon pour la libération d’otages. Nous travaillons avec l’Algérie sur cette question, d’autant que nous avons des points de vue similaires.

-Les Algériens ont le sentiment qu’il est de plus en plus difficile d’obtenir un visa pour l’Europe. Y a-t-il véritablement un tour de vis pour le Royaume-Uni ?

Nous avons un système efficace de délivrance de visa, qui fonctionne très bien. Si la personne peut satisfaire aux critères, il n’y a pas de problème. Le consulat de Grande-Bretagne à Alger délivre plus de 15 000 visas chaque année. Il est utile de rappeler, à ce propos, que les Jeux olympiques et paralympiques auront lieu à Londres dans moins d’une année. Le Royaume-Uni est prêt pour l’organisation de cet événement et nous espérons que beaucoup d’Algériens viendront y assister.

En tant qu’ambassadeur du Royaume-Uni à Alger, pensez-vous que les relations entre les deux pays sont appelées à s’intensifier ?

Ce qui me frappe en Algérie est la demande pour la langue anglaise. Nous comptons, avec le British Council, agir pour la promotion de l’anglais en Algérie. Il est aussi amusant de voir que beaucoup d’Algériens portent les maillots des équipes anglaises de football, notamment Chelsea, Manchester et même les moins connues. Je crois même qu’il y a plus de fans des équipes anglaises à Alger qu’à Londres !
Amel Blidi