El-Qaïda s’abêtit ?

El-Qaïda s’abêtit ?

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 6 janvier 2008

Dans les guerres que se livrent les humains, l’effet de surprise a toujours été capital. Chacun des adversaires se met dans la peau du chasseur et réfléchit comment surprendre l’autre. Et comme on dit, c’est de bonne guerre ! Médiatisé comme il l’était, le rallye Dakar s’offrait à la Qaïda comme une cible de choix pour marquer le début de l’année 2008.

Un raid terroriste sur le Dakar aurait fait le tour du monde médiatique. Mais grâce à la perspicacité française, le Dakar a été annulé. En théorie, les pressions de Sarkozy vont frustrer la Qaïda d’un autre succès médiatique. Le coup avait été éventé par l’assassinat des quatre touristes français en Mauritanie.

La Qaïda peut-elle s’avérer fin stratège lorsqu’il faut frapper les institutions d’Algérie et piètre calculateur en terres voisines ? Il est malaisé d’avaler aisément la couleuvre car, il faut logiquement admettre que si le Dakar était vraiment visée, on aurait pris soin d’éviter toute action pouvant donner l’éveil et mener à l’échec.

Or, c’est justement ce qui s’est passé sur le terrain où tout a été entrepris pour que le rallye soit annulé. La menace n’était pas localisée plus au nord, dans le royaume chérifien, ou dans la RASD où le terrorisme n’a pu obtenir de visa.

La menace se localisait dans la Mauritanie pétrolifère. Avant Sarkozy, jamais le rallye n’avait été annulé auparavant, bien que les risques aient été réels. Au plus, on s’arrangea à accommoder le parcours en éliminant les étapes périlleuses.

Même dans son édition 2001, lorsqu’il faillit être la cause d’une reprise des affrontements entre les forces militaires marocaines et sahraouies en trêve depuis 1991, la compétition finit par se tenir. Notre pays intercéda auprès du Polisario à la demande de l’Organisation africaine et des puissances, notamment des Etats-Unis et de la France, et le rallye finit par passer.

Contrairement au passé, l’édition 2008 du rallye n’a fait à aucun moment l’objet d’une menace directe. Même si un communiqué du gouvernement mauritanien affirmait que «toutes les mesures de sécurité ont été prises pour que le passage se déroule en toute quiétude», avec le déploiement de 4000 hommes et une «surveillance aérienne accrue», rien n’y fit, Sarkozy sut parfaitement communiquer à l’ASO des craintes que ses prédécesseurs auraient, comme à leur accoutumée fait le nécessaire pour les surmonter.

En œuvrant à l’annulation de la compétition, une première, Paris aide à gonfler les craintes non seulement chez nous mais dans un Sahel plus déstabilisé que jamais. Ce qui n’est pas pour défavoriser les chances de l’Africom. Un commandement américain que l’Afrique rejette mais qui, au rythme imprimé aux événements, finira par apparaître comme le Zorro du désert.

Sarkozy n’est pas Chirac, et l’on sait que ses sentiments pour les Etats-Unis et Israël sont plus forts que ceux qu’il éprouvait pour Cecilia. Il est donc tout à fait normal qu’il veuille les avoir à proximité, dans le voisinage, ce qui se réalisera un jour avec l’Union méditerranéenne, bien sûr, après la construction du Grand Maghreb, sinon sa fragmentation.

M. Z. [email protected]