Niger, Mauritanie et Burkina Faso: Aide algérienne aux réfugiés touareg

Niger, Mauritanie et Burkina Faso: Aide algérienne aux réfugiés touareg

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 28 février 2012

L’Algérie acheminera, à partir de vendredi prochain 2 mars, par voie aérienne, des aides humanitaires vers la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger qui ont accueilli chez eux les réfugiés touareg ayant fui les zones de combat au nord du Mali, victimes civiles du conflit armé entre les Touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad et l’armée régulière malienne.

Cette action fait suite à l’appel lancé par ces pays hôtes, également en butte à la sécheresse et à la famine. L’annonce a été faite, hier à Smara, par le président du Croissant-Rouge algérien, Hadj Hamou Benzeguire, et relayée par Abdelkader Messahel, le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, en marge de ses entretiens avec le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale du Burkina Faso, M. Djibrill Bassole, en visite à Alger. Elle intervient après l’ouverture, la semaine dernière, d’un premier camp de réfugiés touareg sur le territoire algérien. Ainsi, ce sont plus de 120 familles terguies, venant principalement de la région du Kidal, qui ont déjà franchi la frontière algérienne à Timiaouine, une commune qui dépend de la wilaya d’Adrar, distante de 18 km de la frontière nord malienne.

Le CRA, après les autorisations d’usage, devra envoyer deux aéronefs chargés de 60 à 70 tonnes d’aides alimentaires chacun en direction de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Niger où, selon l’agence onusienne, lors de ces trois dernières semaines, ces pays ont respectivement accueilli 9.300 et 10.000 réfugiés. Les colis alimentaires seront composés de produits de base dont le riz, les pâtes, l’huile, la tomate concentrée, le thé et le sucre, précise M. Benzeguire, qui ajoute que des bâches ainsi que des médicaments feront également partie du lot. Deux autres avions seront acheminés directement vers le Mali pour porter assistance à tous les Touareg qui n’ont pas pu fuir leur pays, dira le président du CRA.

L’Algérie abrite actuellement 126 familles composées pour chacune d’elles de trois personnes en moyenne. «Ce qui donne l’équivalent d’environ 500 à 600 personnes», dira encore M. Benzeguire.

Rappelons que dans la commune de Timiaouine, un camp a été implanté avec la participation de volontaires du Croissant-Rouge algérien. Des denrées alimentaires ont été acheminées sur instruction des autorités locales afin de prendre en charge ces réfugiés dans les meilleures conditions. Sur le plan sanitaire, des équipes médicales et des psychologues sont sur place, dépêchés du chef-lieu d’Adrar. Les refugiés ont également subi des examens médicaux et ont été vaccinés dans le camp.

Cependant, et pour parer à toute éventualité, le CRA a décidé de mettre en réserve 150 tonnes de produits alimentaires de base à Bordj Badji Mokhtar, l’une des portes d’accès des réfugiés touareg, au même titre que Timiaouine. D’autres réfugiés ont rejoint l’Algérie, fuyant les combats qui ont éclaté en début de ce mois à Tinzaouatine.

Le président du CRA souligne également que des aides algériennes ont été acheminées de l’autre côté de la frontière malienne, au tout début de février, ainsi qu’après la fête de l’Aïd El-Adha, à Kidal et à Aïn El-Khalil. M. Benzeguire avait auparavant déclaré que l’Algérie était prête à faire face à un éventuel afflux «massif» de Touareg fuyant les combats au nord du Mali. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés avait annoncé, pour sa part, avoir déployé des équipes d’urgence dans les pays voisins du Mali pour répondre aux besoins de quelque 20.000 personnes ayant fui les combats.

L’Algérie, qui a toujours joué un rôle de médiation entre les Touareg et Bamako, a abrité, du 2 au 4 février derniers, une rencontre dite de concertation entre le gouvernement malien, représenté par son ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubeye Maiga, et l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement, conduite par Hamada Ag Bibi, l’un des fondateurs et porte-parole du mouvement, dont des membres combattent aux côtés du MNLA contre l’armée régulière dans le Nord malien. Cette région frontalière revêt une importance stratégique pour Alger dans sa lutte antiterroriste et sa stabilité, un gage de réussite dans le renforcement de la situation sécuritaire.

Le rendez-vous d’Alger a débouché sur un appel «pressant» des deux côtés pour arrêter les hostilités. Seulement, le MNLA, par la voix de son président du Conseil révolutionnaire Abdel Kerim Ag Matafa, a affirmé que les discussions menées à Alger entre le gouvernement et des rebelles touareg du Mali ne les engagent en rien, en déniant à l’Alliance tout pouvoir de représentativité du mouvement. Fidèle à sa ligne de conduite, le MNLA rappelle que toute négociation avec Bamako doit se baser sur le principe de l’autodétermination et se dérouler en terrain neutre.