Les youyous et la «racaille»

Les youyous et la «racaille»

Par MUSTAPHA MAZARI, Le Quotidien d’Oran, 3 décembre 2005

Quelles relations peut-il y avoir entre les émeutes qui ont enflammé les banlieues françaises et le refus du parlement français d’abroger l’article 4 de la très controversée loi du 23 février et qui fait référence au «rôle positif de la présence française outre-mer»? La coïncidence des deux «événements», si on peut les qualifier ainsi, est trop flagrante pour qu’elle soit fortuite. Cela démontre qu’il y a malaise dans les deux camps. D’une part, il y a le vieux malaise des jeunes des banlieues dont la plupart sont d’origine maghrébine, des beurs, émigrés de la troisième génération, exacerbés par les déclarations tonitruantes de Nicolas Sarkozy les qualifiant de «racaille». C’était le mot de trop, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Dans le même temps, c’est la «consécration» d’une faillite. Il a fallu, en effet, plus de quarante ans, à la politique française de l’intégration pour… échouer. D’autre part, la loi du 23 février concerne surtout les Maghrébins et leur histoire, et ce sont les députés du parti de Sarkozy, l’UMP, majoritaire au parlement, qui ont refusé de l’amputer d’un article. Un article qui, justement, fait remonter à la surface des vieux démons et tout le malaise d’une certaine classe politique française qui n’arrive toujours pas à avaler la pilule de l’indépendance du Maghreb, surtout celle de l’Algérie, même si ce parlement s’est fait violence une fois, en reconnaissant qu’il y a eu bel et bien une guerre en Algérie. La droite française voulait-elle rattraper cette «erreur» ? Curieusement, il a fallu que les autorités françaises dépoussièrent une vieille loi datant de la guerre d’Algérie pour instaurer le couvre-feu, contre des descendants d’ex-colonisés maghrébins, dans les banlieues et essayer ainsi d’y ramener le calme. Il y a de ces coïncidences… Mais d’aucuns diraient: si ce rôle était si positif, les Français auraient pu continuer à le jouer dans leurs banlieues, vis-à-vis des Maghrébins, leurs ex-colonisés, et réussir en un rien de temps à les intégrer et en faire de véritables citoyens français, irréprochables, respectueux des lois et participant à la gestion de la Cité et au bien-être de la France. Mais le malaise est omniprésent et les vieux démons ont la peau dure. Et lorsqu’ils se conjuguent, cela donne lieu à une certaine effervescence politique en France et à des déclarations qui n’ont rien à envier à ce mot désormais célèbre: «racaille». Puis, il y a ces youyous qui dérangent les parlementaires de la droite française, les trouvant déplacés dans une mairie, lors de la célébration d’un mariage et la consécration de l’union maritale par l’officier de l’état-civil. Il est vrai que cela déroge à la règle générale en France où cette union est «paraphée» par un baiser. Il y a une France qui n’accepte pas la différence. La démonstration de joie des Maghrébins au sein d’une mairie, ou tout autre institution ou administration, lors d’un heureux événement, fera-t-elle l’objet d’une autre loi ou d’un arrêté communal pour l’interdire? Rien n’est impossible, au vu de l’état actuel des choses.

Nombre d’hommes politiques parlent de «l’ex-colonie de la France» évitant d’appeler l’Algérie par son nom, même lorsqu’il s’agit de traiter d’un sujet AUSSI sérieux que celui du traité d’amitié entre l’Algérie et la France. On est tenté de comprendre qu’il s’agirait plutôt d’un traité de réconciliation entre ex-colons et ex-colonisés, sauf que les ex-colons aimeraient bien rester colons dans l’esprit -et dans la loi- des ex-colonisés. Mais une chose est sûre, cependant, la génération des nostalgiques finira bien un jour par s’éteindre.