Dominique de Villepin: «L’Algérie est dans une situation singulière»

Dominique de Villepin à El Watan

«L’Algérie est dans une situation singulière»

El Watan, 20 février 2011

A la faveur d’une conférence de presse avant-hier, au Centre d’accueil de la presse étrangère sur l’actualité internationale, la diplomatie française, le rôle de la France et de l’Europe dans l’accompagnement de cette révolution populaire pour la démocratie et le changement que le Monde arabe est en train de vivre, l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin et président du mouvement «République solidaire», s’est exprimé à notre demande sur l’Algérie.

– Vous avez dit récemment sur une radio française que la situation en Algérie n’est pas celle de la Tunisie, ni de l’Egypte. Voulez-vous être plus précis. Votre approche n’est-elle pas prudente et réservée ?

Elle est soucieuse d’apporter des réponses vis-à-vis des situations de chacun de ces pays. Cela doit être notre objectif. Il ne s’agit pas de mettre de l’huile sur le feu sur chaque situation. Bien sûr, les Algériens ont droit à plus de démocratie, bien sûr, l’intérêt de l’Algérie c’est de s’ouvrir davantage, mais il se trouve que l’Algérie est dans une situation singulière.

C’est un pays qui dispose de richesses exceptionnelles, d’une rente pétrolière et gazière. A partir de là, il faut trouver les bonnes réponses, les responsables algériens ont dans la main cette réponse. Je souhaite que cette réponse ne soit pas seulement la réponse autoritaire et de la répression. Nous avons le souvenir de ce qui s’est passé en Algérie à la fin des années 80, l’ouverture vers plus de liberté et de démocratie, puis ce choc qu’ont été ces dix années d’islamisme et de terrorisme.

En Algérie, personne ne veut revoir ce cycle de violence. Je crois qu’aujourd’hui, il y a une circonstance historique qui doit conduire les responsables en Algérie, à la fois à répondre à l’angoisse économique et sociale du peuple algérien et, une fois de plus les dirigeants de l’Algérie ont des marges de manœuvre que n’ont pas beaucoup d’autres de ces Etats. Il y a aussi une réponse politique, l’Etat d’urgence mérite sans doute d’être levé. Aux dirigeants algériens de voir les modalités de cette levée, le peuple algérien est un grand peuple et il participe, on le voit bien à cette aspiration à plus de liberté et à cet espoir qui s’ouvre aujourd’hui dans le monde arabe.

Et donc, on ne peut pas faire de l’Algérie un cas particulier et s’il est un cas particulier c’est parce qu’il a peut-être plus d’atouts que d’autres pour apporter les bonnes réponses. Et j’ai tendance à dire pour ce contexte (régional, ndlr) sans doute plus de devoirs que d’autres parce que je n’oublie pas que les pays du Maghreb font en tout et pour tout 1,5 % de leur commerce entre eux, c’est-à-dire rien du tout. Imaginez que cette union du Maghreb puisse voir le jour, imaginez que dans cette logique de mouvement des peuples, les pays du Maghreb acceptent de commercer et de travailler ensemble, sachant qu’ils sont si complémentaires, la force du développement économique, la croissance supplémentaire qui pourrait en résulter. A mon avis l’ensemble des questions de cette région doivent être traitées ensemble : la question démocratique, la question religieuse, la question du Sahara occidental. Toutes ces questions devraient être sur la table pour apporter des solutions parce que c’est l’avenir même de ces peuples qui est aujourd’hui en cause.
Nadjia Bouzeghrane