Nicolas Sarkozy préconise « un traité d’amitié simplifié »

À la veille de son déplacement en Algérie

Nicolas Sarkozy préconise « un traité d’amitié simplifié »

El Watan, 2 décembre 2007

La visite de trois jours qu’effectue le président Sarkozy en Algérie à compter de demain revêt plusieurs objectifs. Il voudra dire aux Algériens son soutien le plus total et sa confiance à un pays qui a su résister, seul, dans les années 1990 à la menace des terroristes et qui était le seul à l’époque à avoir ce langage qui était incompris, affirme-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat français.

« Le président Sarkozy veut signifier sa solidarité à l’Algérie dans ces épreuves », et « on a compris avec l’émergence d’un djihadisme global que c’était une menace et un combat qui nous concernait tous », indique-t-on encore. Le second objectif sera de refonder la relation franco-algérienne autour d’un triptyque : former, investir, échanger. Lors de cette visite sera signée une convention de partenariat unique en son genre, un document qui sera signé non pas par deux ministres des Affaires étrangères mais par deux gouvernements, un document global qui regroupe l’ensemble de la coopération entre les deux pays d’une validité de dix ans. Cette convention représente, du point de vue français, une sorte de « traité d’amitié simplifié ». « L’amitié ne se satisfait pas d’un papier, l’amitié se fait de manière concrète, dans les actes et les actions », ajoute-t-on de même source. Le premier volet de ce « partenariat d’exception » – c’est le maître mot de la relation que Nicolas Sarkozy veut construire avec l’Algérie – est la formation. Le deuxième axe, c’est l’investissement. Avec la présence de plus de 120 chefs d’entreprise qui sont parmi les plus importants du CAC 40, mais aussi de PME dans la délégation qui l’accompagne, Nicolas Sarkozy veut montrer la preuve qu’il a une forte volonté de passer à la vitesse supérieure avec l’Algérie. « Le président Bouteflika a déjà eu l’occasion de dire qu’il souhaitait qu’on l’aide à faire entrer son pays dans le club des pays émergents. La première façon de le faire, pour la France, c’est d’aider les entreprises françaises à participer à l’effort de modernisation de l’Algérie et à y investir. » Lors de cette visite devrait être signé un protocole sur la promotion des investissements. Un certain nombre de contrats devraient également être signés ou annoncés. « Pour l’essentiel, il s’agit d’équipements structurants pour la modernisation de l’Algérie, et ces grands contrats concrétisent le partenariat d’exception voulu entre les deux chefs d’Etat. » « L’énergie sera également un élément structurant de la relation entre les deux pays, le président Sarkozy avait eu l’occasion de dire que le nucléaire civil était essentiel et qu’à ses yeux l’énergie du futur ne doit pas rester l’apanage des seuls pays du Nord et qu’elle doit aussi profiter aux populations du Sud. » Deux milliards d’investissement hors hydrocarbures sont prévus dans les prochains mois. On fait remarquer que les investissements français dépendent aussi du climat des affaires en Algérie et que c’est une responsabilité partagée. Le troisième objectif concerne les échanges. Les échanges entre les deux pays représentent la dimension humaine de ce partenariat d’exception.

« Pour un avenir partagé »

Des millions de Français ont un lien personnel et charnel avec l’Algérie et de nombreux Algériens connaissent la France, rappelle-t-on, alors que la communauté algérienne en France est de loin la plus importante communauté étrangère présente sur le sol français et qu’« elle joue un rôle particulièrement dynamique » dans les échanges entre les deux pays. Et « le président Sarkozy attache une grande importance à la circulation des personnes entre nos deux rives de la Méditerranée en parallèle avec un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine ». C’est à l’Algérie d’aujourd’hui et de demain que le président Sarkozy veut s’adresser à l’occasion de cette visite. C’est pourquoi, indique-t-on encore, il prononcera mercredi devant les étudiants de l’université Mentouri de Constantine un grand discours adressé à la jeunesse algérienne, c’est-à-dire « à celles et à ceux qui bâtiront l’Algérie des cinquante prochaines années ». Nicolas Sarkozy affirme sa volonté de tourner pour toujours la page la plus douloureuse de l’histoire franco-algérienne, non pas pour l’oublier mais pour bâtir un « avenir partagé ». Il ne s’agit pas pour lui de tourner le dos au passé, loin de là, le président Sarkozy reconnaît le passé, les souffrances de chacun, précise-t-on de même source. ll faudra donc s’attendre à ce que Nicolas Sarkozy dise en Algérie ce qu’il pense du système colonial qui est « un système injuste, mauvais, mais le fait que ce système soit mauvais ne veut pas dire que les gens le sont ». Concernant les propos du ministre des Moudjahidine, « le président Bouteflika a clarifié les choses et a redit que le président Sarkozy était le bienvenu en Algérie. Le président Sarkozy comme il l’a dit, jeudi, aura l’occasion de rappeler quelles sont les convictions de la France mais il a souhaité porter ce message en Algérie », a-t-on encore indiqué. Pour parler de cet « avenir partagé à construire », nos sources font référence à l’exemple franco-allemand, et de rappeler qu’entre la signature du traité de l’Elysée de 1963 entre le général de Gaulle et le président Adenauer et la réconciliation des peuples allemand et français, il s’est écoulé une génération. Nicolas Sarkozy est, par ailleurs, convaincu que « les destins des deux pays sont étroitement liés » et ce sera pour lui l’occasion de parler de l’union méditerranéenne qui est « emblématique de ce futur commun ». Le président Sarkozy se rendra également à Tipaza, sur les traces de Camus. « Cette visite sera un hommage à la beauté de l’Algérie car le site de Tipaza aux confins de la Méditerranée, des collines du Sahel et du mont Chenoua offrent un panorama unique. Cette visite sera également un hommage à la richesse historique et culturelle de l’Algérie car Tipaza, connue pour ses ruines romaines, est considérée comme un des plus beaux sites archéologiques du monde. »

Nadjia Bouzeghrane

 


La 7e visite en Algérie

C’est le deuxième déplacement en moins de six mois qu’effectue Nicolas Sarkozy du 3 au 5 décembre en Algérie en tant que président de la République française et le septième sous d’autres responsabilités, ministérielles notamment.

La première visite en Algérie de Nicolas Sarkozy a eu lieu en 2000 alors qu’il était député-maire de Neuilly, à l’invitation du président Bouteflika. Il y est retourné deux fois en 2003, la première fois en mai dans le cadre d’une tournée régionale, au moment des attentats de Casablanca, puis en octobre de la même année dans le cadre d’une visite bilatérale en tant que ministre de l’Intérieur, deux fois en 2004 en tant que ministre des Finances, une fois en juin avec une forte délégation de chefs d’entreprise et un mois après, en juillet. Il est retourné en novembre 2006 en tant que ministre de l’Intérieur, une visite qui s’inscrivait dans un contexte électoral et bilatéral très difficile (les présidents Bouteflika et Chirac ne s’étaient pas parlé depuis un an), alors que le ministre des Affaires étrangères de l’époque avait fait une visite très difficile six mois auparavant. Cette visite de Nicolas Sarkozy a amorcé une reprise des relations entre la France et l’Algérie dans une atmosphère beaucoup plus positive, selon Paris. Dans son déplacement au monastère de Tibéherine à cette même date, accompagné par son homologue algérien, Noureddine Zerhouni, Paris y avait vu une marque d’apaisement de la part des autorités algériennes. On relève aussi un moment très lourd de sens et de symbole, celui de l’invitation qui lui avait été faite de se rendre au monument des Martyrs, ce qui représentait une dérogation au protocole (seuls les chefs d’Etat s’y rendent). On rappelle enfin que le président Nicolas Sarkozy a eu et a avec le président Bouteflika une relation personnelle qui préexiste à la relation d’Etat à Etat.

Nadjia Bouzeghrane

 


Composition de la délégation officielle

La délégation officielle qui accompagne le président Sarkozy dans sa visite d’Etat se compose de :

Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat, chargé de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, Rachida Dati, garde des Sceaux, ministre de la Justice, Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Marleix, secrétaire d’Etat à la Défense, chargé des Anciens Combattants, Bernard Bajolet, ambassadeur en Algérie, l’amiral Edouard Guillaud, chef de l’état-major particulier du président de la République française, Henri Guaino, conseiller spécial, Catherine Pégard, conseillère, Jean-David Levitte, conseiller diplomatique, François Pérol, secrétaire général adjoint de la présidence, George-Marc Benamou, conseiller, David Martinon, porte-parole, Jean-Pierre Asvazaroudian, chef du protocole, Franck Louvrier, conseiller communication, Boris Boyon et Rachid Kaci, conseillers techniques, Alain Le Roy, ambassadeur, Jean-Félix Paganon, directeur de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et chargé du projet de l’union de la Méditerranée au ministère des Affaires étrangères. Parmi les personnalités, figurent les parlementaires Jean-Claude Gaudin, vice-président du Sénat, maire de Marseille, Michel Vauzelle, député des Bouches-du-Rhône, président de la Région PACA, Bernard Derosier, député du Nord, président du groupe d’amitié Algérie à l’Assemblée nationale, Claude Domeizel, sénateur des Alpes de Provence, président du groupe d’amitié Algérie au Sénat, Bariza Khiari, sénatrice de Paris, vice-présidente du groupe d’amitié Algérie au Sénat. Des personnalités du milieu culturel, universitaire et artistique dont les réalisateurs Alexandre Arcady et Constantin Costa Gavras, Frédéric Hissbach et Yamina Benguigui, le président de l’IMA, Dominique Baudis, le président de l’INA, Emmanuel Hoog, l’auteur, compositeur, interprète, Didier Barbelivien, Michèle Ray, journaliste, épouse de Constantin Costa Gavras, Malek Chebel, sociologue et l’humoriste et acteur Smaïn. Parmi les autres invités, Hubert Auriol, pilote automobile, organisateur de raids, Malika Benlarbi, sous-préfète, Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris et président du CFCM, Nacer Kettane, président de la radio Beur FM et Salim Saïfi, président d’association. A signaler que quelque 150 journalistes de médias français et internationaux feront le déplacement depuis Paris pour couvrir la visite d’Etat du président Sarkozy en Algérie.

Nadjia Bouzeghrane