Les tensions s’étendent à l’économique

RELATIONS ALGÉRO-FRANÇAISES

Les tensions s’étendent à l’économique

Le Soir d’Algérie, 15 mai 2016

La polémique enfle entre Alger et Paris. Entre les deux capitales, les relations demeurent en apparence très tendues sur le plan politique et même économique, semble-t-il, comme en témoignent des éléments palpables.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Des sources bien au fait des développements du dossier algéro-français évoquent, depuis quelques jours, le retard pris dans la résolution des points de divergence ayant conduit au report de la signature du contrat Peugeot.
Prévu au mois d’avril dernier, le contrat n’a pu être mené à terme pour des raisons soulevées notamment par la partie algérienne. Ce qui avait suscité l’inquiétude de la délégation française conduite par son ministre de l’économie.
Conscient du malaise que cette décision de report avait soulevé chez ses partenaires, Bouchouareb avait alors tenté de calmer le jeu en promettant aux Français de conclure le projet au mois de mai. Il s’était en particulier adressé au ministre français de l’Economie qui affichait un scepticisme manifeste l’assurant de tenir ses engagements. Depuis, le dossier est resté en suspens.
Selon nos sources, la question n’est même plus évoquée dans les milieux concernés. A ce jour, et bien que le mois de mai entame sa deuxième quinzaine, Bouchouareb n’a donné aucune instruction afin que soient étudiés les fameux points de divergence qui ont laissé l’affaire sans suite.
Difficile de ne pas lier la situation à la détérioration des relations entre les deux pays et à la conjoncture même dans laquelle le contrat Peugeot devait être signé. Alors même qu’il recevait la délégation française, Bouchouareb était cité dans les révélations des Panama Papers dans un article du journal Le Monde illustré par la photo du Président Bouteflika. Ce qui avait eu pour effet d’entraîner une réaction ferme des autorités algériennes lesquelles ne se doutaient pas encore qu’en quittant Alger, Manuel Valls allait tweeter une photo montrant le Président algérien dans un état de fatigue extrême.
En Algérie, l’affaire a entraîné des réactions en cascade, plus offensives les unes que les autres, contraignant apparemment le Premier ministre français à joindre téléphoniquement son homologue algérien pour expliquer un geste qui n’avait rien de malsain selon lui. Mais Alger ne décolère pas en apparence.
Ce week-end, une information tendant à laisser croire que le malaise s’est étendu au secteur économique a été publiée par certains journaux en ligne (Impact 24). Ce dernier rapporte que trois ministres algériens ne se sont pas rendus à une rencontre algéro-française sur l’agriculture, l’élevage et les techniques associées.
Le rendez-vous organisé par la Chambre de commerce algéro-française devait observer la participation de Bouchouareb et des ministres du Commerce et de l’Agriculture. Selon certaines informations, des investisseurs français, présents sur les lieux, n’ont d’ailleurs pas manqué de faire part de leur surprise. Se peut-il que l’absence des trois ministres algériens soit due à des règles protocolaires qui veulent que de hauts dirigeants ne peuvent se déplacer dans des rencontres où leurs homologues sont absents ? Ce qui est sûr, c’est que le fait intervient au moment où une nouvelle polémique est apparue entre Alger et Paris suite aux propos tenus récemment par l’ambassadeur de France à Alger.
Lors d’un récent déplacement à Tizi-Ouzou, Bernard Emié avait mis les pieds dans le plat en déclarant que 50% des visas français étaient délivrés à des personnes vivant en Kabylie.
L’intervention est faite dans une conjoncture marquée par des campagnes menées dans certains milieux français pour le soutien des velléités indépendantistes du MAK et de nouvelles déclarations de Sarkozy hostiles à l’Algérie.
L’Algérie réagit au quart de tour par la voix du ministre des Affaires étrangères. M. Lamamra qualifie les propos de Bernard Emié de «malheureux». Dans notre «métier, dit-il, on ne doit pas faire de discrimination entre les citoyens du pays dans lequel on est accrédité».
A. C.