Des statistiques et des pitres

DES STATISTIQUES ET DES PITRES

par K.Selim, Le Quotidien d’Oran, 3 avril 2010

Un rapport de l’INSEE, l’Institut français des statistiques économiques, donne une image de la société française qui éclaire parfaitement des pratiques politico-médiatiques stigmatisant certaines classes et catégories sociales jugées dangereuses.

Selon ce rapport, 13,4% de la population de France, un des pays les plus riches de la planète, vit en dessous du seuil de pauvreté. Depuis 2004, les écarts se creusent en France et la fraction la plus riche s’enrichit régulièrement. Le rapport note que la pauvreté concerne essentiellement les familles monoparentales et celles issues de l’immigration. «Les personnes vivant dans un ménage immigré» figurent également parmi les plus exposées à la pauvreté. Selon l’INSEE, «elles sont confrontées à un taux de pauvreté d’environ 36 %, supérieur de 25 points à celui de la population des ménages non immigrés».

Ces données sociologiques apportent un éclairage cru sur des discours politico-médiatiques hexagonaux particulièrement vindicatifs à l’égard des pauvres. Une polémique vient d’ailleurs d’agiter le landerneau parisien après qu’un éditorialiste du Figaro, omniprésent dans les médias, eut expliqué que les contrôles d’identité au faciès se justifiaient par le fait que la majorité des délinquants étaient arabes et noirs. Le racisme très décomplexé d’Eric Zemmour a scandalisé de nombreux intellectuels et citoyens de France, mais il a eu l’appui d’un Philippe Bilger, avocat général à la Cour d’appel de Paris, et des inévitables «philosophes». L’un de ces philosophes, ridiculisé par Bedos, expliquait pratiquement que le recours au racisme est nécessaire pour ne pas en laisser le monopole à Marine Le Pen !

Sous le prétexte du «parler vrai», un discours raciste a été libéré pour stigmatiser une partie de la population française. Celle qui se recrute dans les catégories économiques et sociales les plus faibles et qui, le fait n’est pas anodin, est plutôt sensible à la cause du peuple palestinien.

Depuis quelques années – l’affaire des caricatures et plus récemment l’étonnant débat sur l’identité nationale -, les débats médiatiques ont tendance à orienter une xénophobie, le plus souvent fabriquée, vers une communauté vouée au statut de l’indigénat. Certes, des exceptions médiatiques sont mises en avant. Des Arabes de service et des Noirs-alibis, dûment médaillés, sont exhibés pour nuancer ce qui apparaît comme une vérité statistique incontestable. La diabolisation des Arabes et des Noirs est tout bénéfice pour un establishment politique soucieux de diversion. Pour les bénéficiaires du système, la détérioration globale des conditions socio-économiques est une réalité qu’il convient de dissimuler autant que faire se peut et par tous les moyens. Y compris ceux qui relèvent du ridicule pur et simple.

La laïcité républicaine serait aujourd’hui en danger, menacée par des islamistes obscurantistes associés à des délinquants de même origine, tous prêts à annihiler des siècles de lumières et de progrès. Qu’ils soient pauvres et exclus ne compte pas. La lutte des classes ne dormant jamais, on n’évite même pas les grosses ficelles. Visiblement, elle est la seule à la disposition de propagandistes qui jouent la partition dangereuse du racisme.