Sarkozy, le nucléaire algérien et les taliban

Le ministre-candidat de l’UMP évoque la coopération avec l’Algérie

Sarkozy, le nucléaire algérien et les taliban

Par : Yacine Kenzy, Liberté, 1 mars 2007

Dans la tourmente d’accusations sur les conditions d’acquisition de son appartement en 1997, le candidat à la présidentielle française, Nicolas Sarkozy, ne s’est pas laissé démonter au point d’annuler une conférence de presse consacrée à sa vision de la politique étrangère de la France. Celui qui est considéré comme un “atlantiste” et que ses adversaires ont stigmatisé comme “le caniche de Bush” a revendiqué la liberté pour son pays et pour l’Europe dans un exposé qui l’a conduit à faire un tour vers l’Algérie, alors qu’il évoquait la question des énergies nouvelles et du dossier nucléaire iranien. Il a ainsi formulé son souhait d’aider “l’Algérie, avant d’autres États,” à développer son industrie nucléaire civile. “Je souhaite proposer à l’Algérie, avant d’autres États, de l’aider à développer une capacité nucléaire civile”, a-t-il déclaré. Le ministre-candidat a aussi souhaité que cette coopération nucléaire soit accompagnée “d’un partenariat sur l’exploitation des champs gaziers”. “À travers l’exemple algérien, grand pays d’Afrique, c’est aussi dire que pour moi, le développement du Sud passe par l’accès à l’énergie et donc au nucléaire”, a-t-il poursuivi, soulignant que “l’énergie du futur n’a pas à être la possession exclusive des pays les plus développés dès lors qu’un système de garanties peut fonctionner efficacement”. À cet égard, il a indiqué avoir proposé la création “sous l’égide de l’ONU, et de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, d’une véritable banque mondiale du combustible nucléaire qui garantirait aux pays émergents l’accès aux bienfaits de l’énergie atomique”. À un journaliste qui l’interrogeait sur les risques du projet de coopération avec l’Algérie, M. Sarkozy s’est montré étonné. “Pensez-vous qu’on a intérêt à avoir un régime taliban à 800 km de nos côtes ?” a-t-il répondu. Priver les pays en développement des énergies nouvelles reviendrait, selon lui, à faire le lit de la misère, laquelle fait à son tour le lit de l’intégrisme. Une voie qu’il dit ne pas souhaiter à l’Algérie. Avec son autre projet de création d’un ensemble méditerranéen sur les ruines du processus de Barcelone qui semble, à ses yeux, condamné, M. Sarkozy aura esquissé un nouveau champ et un nouveau cadre de coopération.
Dans le domaine du nucléaire, l’Algérie a privilégié jusque-là la coopération avec la Chine et l’Argentine. Elle veut aussi coopérer avec la Russie et les États-Unis. Le président Abdelaziz Bouteflika avait défendu le 9 janvier, lors d’une conférence régionale africaine sur le nucléaire, le droit de l’Afrique à “tirer profit des progrès scientifiques et technologiques enregistrés dans le domaine nucléaire civil”.

Y. K.