61 représentants algériens du culte envoyés en Hexagone: L’Islam de France commence-t-il en Algérie ?

61 représentants algériens du culte envoyés en Hexagone: L’Islam de France commence-t-il en Algérie ?

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 3 septembre 2016

Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, a demandé aux religieux et religieuses devant représenter l’Algérie en France à rétablir la véritable image de l’Islam.

Aux 61 imams et mourchidate présents, ce jeudi, lors d’une journée de formation, le ministre leur a précisé qu’ils étaient investis de cette mission «par le discours mais aussi par les actes et le comportement exemplaire». Ce contingent algérien doit s’envoler vers la France alors que les musulmans y sont stigmatisés et la religion accusée de nourrir la violence terroriste. Mohamed Aïssa a également tenu à rappeler que l’Algérie «était fière de son Islam qui est celui du juste milieu». Ses représentants du culte devront bénéficier d’une formation au niveau de 15 universités françaises où ils suivront des cours d’histoire des religions et de la laïcité, sur les principes fondamentaux du droit ou encore sur la manière de créer et de gérer une association cultuelle. Le ministre a aussi souligné la confiance de la partie française de l’exemple algérien en matière de déradicalisation. Ces imams et mourchidate devront rallier la France alors que le Premier ministre Valls avait publiquement exprimé son désir, dans sa vision d’un Islam de France, de voir former les imams en Hexagone, et nulle part ailleurs. En effet, la majorité des imams en activité en France sont formés à l’étranger, Algérie, Maroc ou Turquie, à l’exception d’une poignée qui ont suivi leur cursus dans des Instituts français réputés proches des Frères musulmans ou d’Alger. Rappelons qu’une convention avait été signée, en décembre 2014, entre Alger et Paris pour renforcer la formation au droit, à l’histoire et à la langue française des imams algériens envoyés pour officier dans les mosquées de France. Le représentant du Bureau central des cultes du ministère français de l’Intérieur, Arnaud Schaumasse, présent à cette rencontre, est revenu sur la vague islamophobe qui s’est abattue ces derniers mois sur la France. Il a engagé la responsabilité de son gouvernement à défendre les musulmans indiquant que ce dernier «agit avec la plus grande fermeté contre tous les actes et tous les propos anti-musulmans», balayant au passage les accusations de banalisation portées contre le gouvernement. A propos de l’incident de Tremblay-en-France qui a vu un restaurateur français chasser deux femmes voilées de son établissement en utilisant des propos racistes, Schaumasse a indiqué que «des poursuites ont été engagées à son encontre. Il doit rendre compte de ses propos». Le représentant français, et contre toute attente, affirmera que le nombre des actes anti-musulmans en France ont, au cours du premier semestre 2016, «considérablement reculé par rapport à l’an dernier». Il reviendra sur le «combat quotidien» mené par le gouvernement et ses relais pour veiller à ce qu’il n’y ait pas d’attaques contre les Musulmans. Pourtant, l’été aura été particulièrement chargé avec l’affaire du burkini, le refus de certaines préfectures à se soumettre à l’arrêté du Conseil d’État et des déclarations polémiques estimant que la décision de la plus haute juridiction administrative en France «n’épuise pas le débat qui s’est ouvert».

Par ailleurs, et interrogé sur le choix contesté de Jean-Pierre Chevènement pour gérer la Fondation pour l’islam de France, Schaumasse a expliqué que celle-ci est d’utilité publique et qu’elle a un rôle «éducative, cultuelle», sous la couverture de la République pour «faire rentrer l’islamologie de nouveau à l’université», une forme pour contrer la formation des imams à l’étranger. La Fondation pour l’islam de France, qui sera créée à l’automne, doit permettre de lever des financements pour des projets en matière profane (thèses de recherche sur l’islam, bourses d’études…).

Par contre, le volet religieux (formation théologique des imams, construction de mosquées…) sera entre les mains d’une association cultuelle administrée par des musulmans. Pourtant le sujet de l’Islam restera toujours au centre des enchères des politiciens qui n’hésitent plus à faire de la guerre contre la religion musulmane un véritable programme électoral. Le dernier exemple nous vient, hier, de Nadine Morano, la candidate à la primaire de la droite et du centre, qui a estimé qu’il y a un «sérieux problème avec l’Islam en France» le qualifiant de «religion dangereuse».