Rencontre surprise Tebboune-Edouard Philippe

ELLE A EU LIEU HIER À PARIS

Rencontre surprise Tebboune-Edouard Philippe

Le Soir d’Algérie, 8 août 2017

Le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, a rencontré, hier, à Paris, son homologue français, Edouard Philippe, avec qui il a eu un entretien «informel». C’est ce qu’ont annoncé les services du Premier ministre, dans un communiqué diffusé par l’agence officielle, APS. A rappeler que Abdelmadjid Tebboune, qui a pris son congé depuis le week-end passé, se trouve en France pour des vacances.
Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – «Durant son escale à Paris, le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, a été convié par son homologue français, Edouard Philippe, à une rencontre informelle, à l’hôtel Matignon», lit-on, en effet, dans le communiqué officiel des services du Premier ministère. Quoi qu’il en soit, il s’agit, là, de la première rencontre entre les deux hommes qui ont en commun d’être nouvellement nommés au même poste de Premier ministre, et quasiment à la même période.
Abdelmadjid Tebboune a été nommé le 24 mai dernier, au lendemain des législatives et Edouard Philippe, quelques jours auparavant, à la suite de l’arrivée au pouvoir du nouveau Président français, Emmanuel Macron. C’est dire qu’au final, il s’agit bien de la première rencontre à ce niveau-là entre les dirigeants des deux pays depuis l’arrivée de Macron à l’Elysée, en mai dernier.
Une première prise de contact entre Alger et la nouvelle équipe aux affaires à Paris. Elle intervient également quelques jours seulement après la lettre que le successeur de François Hollande avait adressée à Abdelaziz Bouteflika, le 2 août dernier. «Je salue votre vision et votre engagement décisif dans le développement du partenariat d’exception qui unit la France et l’Algérie. Votre impulsion dans la refondation engagée en 2012 avec mon prédécesseur a permis des avancées spectaculaires dans tous les domaines. Jamais dans l’histoire les liens entre nos deux pays n’ont atteint un tel niveau d’excellence et de densité», écrira en effet Emmanuel Macron. Les relations algéro-françaises n’ont effectivement jamais été aussi denses et, surtout, aussi apaisées que sous François Hollande.
Seule la sortie «peu diplomatique» de l’ancien Premier ministre, Manuel Valls, avait quelque peu refroidi les relations entre les deux pays, à la fin du règne de Hollande. Son successeur, Macron, a été reçu au printemps dernier par Abdelaziz Bouteflika ainsi que quelques autres responsables algériens, alors qu’il n’était que candidat aux présidentielles. Ce qui explique son affirmation, dans sa missive du 2 août de vouloir «donner aux relations bilatérales entre nos deux pays, une dimension supplémentaire. Ce travail a commencé dès le lendemain de mon élection. Il consiste à assumer notre mémoire commune dans sa vérité et son intégrité. Vous connaissez mes convictions et ma détermination à assumer cet héritage partagé dans un esprit de lucidité et d’apaisement».
Comme candidat aux présidentielles, Macron avait, effectivement, pris, à Alger, des positions assez courageuses s’agissant de cette sensible affaire de «mémoire commune» entre l’Algérie et l’ancien colonisateur. Cinquante-cinq ans après l’indépendance, les relations entre les deux pays n’ont jamais été tout à fait «normalisées», en raison de l’entêtement de Paris à vouloir ignorer et ne jamais assumer ses crimes coloniaux et son histoire sombre de manière générale en Algérie. Il aura fallu attendre, par exemple, l’arrivée de Chirac au pouvoir pour, qu’enfin, la France reconnaisse officiellement ce qui s’est passé entre le 1er Novembre 1954 et le 5 Juillet 1962 comme «la guerre d’Algérie» et non plus comme «les événements d’Algérie». Il aura encore fallu attendre l’arrivée de Hollande à l’Elysée, et sa visite d’Etat en Algérie, en 2012, pour que la France reconnaisse, officiellement, qu’elle avait commis des massacres en Algérie, le 8 Mai 1945 ! Le poids de l’Histoire n’a jamais permis des relations ordinaires entre l’Algérie et la France et, c’est très timidement que la France officielle fait quelques concessions sur cet encombrant héritage de l’Histoire. Macron y contribuera-t-il, comme ses prédécesseurs Hollande et Chirac ?
Il y a lieu de l’espérer. Du moins, à en juger du contenu de sa même lettre à Bouteflika. Il y ajoute ceci, en effet : «Il nous faut faire de ce regard sur notre passé le point d’appui d’un nouvel élan vers l’avenir pour notre partenariat bilatéral. Plus que jamais, celui-ci doit se construire sur des projets concrets, structurants et mutuellement bénéfiques, il doit aussi se construire sur la scène internationale alors que nos deux pays sont en première ligne face à la menace terroriste et à l’instabilité régionale notamment au Sahel et en Libye.»
Il n’omettra pas, enfin, de revenir sur la visite qu’il compte effectuer en Algérie : «Beaucoup de travail a déjà été effectué, et les prochains mois seront marqués par une série de rendez-vous majeurs qui permettront de préparer le projet de grande visite officielle que je serai très heureux et honoré d’effectuer en Algérie, au moment qui vous conviendra.»
Hier, Abdelmadjid Tebboune a certainement esquissé, avec son homologue français, cette question de «la grande visite officielle» du Président français en Algérie. De même que cette première prise de contact à haut niveau avec le nouveau pouvoir en France pourrait accélérer la désignation du nouvel ambassadeur d’Algérie à Paris, un poste qui demeure vacant depuis huit mois !
K. A.