Projets d’attentats en France: Vérité ou campagne électorale?

«PROJETS D’ATTENTATS EN FRANCE»

Vérité ou campagne électorale?

Le Quotidien d’Oran, 1 octobre 2005

Après le pétrole, l’Algérie ne serait-elle capable d’exporter que des terroristes? Les Unes de la presse française nous renvoient, encore une fois, cette image. Les «neuf arrestations dans les milieux islamistes en France» auraient un lien avec l’Algérie. Il s’agirait de réseaux présumés du GSPC.

Les circonstances de l’annonce de «coup de filet» font débat en France où l’on reproche au ministre de l’Intérieur, qui semble avoir les yeux rivés sur 2007, de commencer sa propre campagne.

«Réels projets d’attentats ou vile tentative d’intoxication?», s’interroge le correspondant permanent de la «Libre Belgique» à Paris dans son édition d’hier. «L’aéroport d’Orly, le métro parisien et le siège de la DST (contre-espionnage) étaient-ils réellement la cible d’opérations terroristes ourdies par la cellule de neuf islamistes présumés, démantelée lundi, en banlieue parisienne?», écrit-il. Ce groupe serait proche, selon le «Figaro», du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

Considérant que «la menace terroriste globale incite toutefois à la prudence» puisque, parmi les personnes arrêtées, figure un ancien détenu (il s’agit de Safé Bourada, un Français d’origine algérienne, ancien militant socialiste devenu islamiste, selon Reuters!) qui a déjà été condamné à dix ans de prison dans l’affaire des attentats de 1995 qui ont ciblé Paris.

Selon l’article de la «Libre Belgique», «ni armes, ni explosifs, ni composants chimiques, ni même le moindre modus operandi d’une éventuelle action, n’ont pu être saisis. Et les suspects n’ont livré aucune indication sur le degré de préparation des attentats, ni sur les moyens mis en oeuvre». Citant une «source judiciaire», le journaliste affirme «qu’au moins un des suspects gardés à vue aurait confirmé aux juges la réalité de ces projets d’attentats», mais qu’un autre suspect, «emprisonné en Algérie et sur les aveux duquel, le raid policier a été bâti, n’aurait avoué que sous la torture».

Interpellé à Oran, M’Hamed Benyamina, 34 ans, résidant à Trappes (banlieue parisienne), aurait avoué aux services de sécurité algériens que «le groupe envisageait de commettre des attentats contre le siège parisien de la DST, rue Nélaton, contre le métro parisien et un aéroport parisien», lit-on dans le «Figaro» d’hier. Pour Me Salah Djemaï, l’avocat de Benyamina, cité par le «Figaro», «il s’agit d’une cabale, d’un coup monté, d’une opération médiatique destinée à renforcer le prestige d’un candidat à la candidature» (de Sarkozy à l’élection présidentielle).

Cette fois, il est reproché au ministre de l’Intérieur français d’avoir «pris de faire échouer une opération antiterroriste» en annonçant l’arrestation, lors d’une émission de télévision. Citant des «sources proches du dossier», le journal «Libération» affirme que les enquêteurs n’ont pas apprécié cette fuite venue «de tout en haut» et qu’ils avaient besoin «d’encore un peu de temps jusqu’à la fin des gardes à vues».

«Sarkozy a-t-il vendu la mèche à la télé?», s’interrogeait mercredi «Libération». Un communiqué du Parti socialiste avait demandé au ministre de l’Intérieur de «s’expliquer dans les plus brefs délais sur les conditions dans lesquelles il a été amené à s’exprimer (…) sur une opération de lutte contre le terrorisme (…) en cours de préparation». Sarkozy est suspecté d’avoir programmé cette opération pour qu’elle tombe le jour d’une émission de télévision. Dans l’entourage de ce dernier, on affirme qu’il avait fait allusion à une précédente opération. Mais alors, comment expliquer que la présence, lundi matin, de plusieurs médias pour couvrir les arrestations, s’interroge «Libération»?

Personne ne sera étonné que cette opération ne connaisse pas de suite et qu’elle n’aura servi que sur le plan médiatique seulement. Le journal belge rappelle, à ce titre, que «dans un passé récent» plusieurs opérations antiterroristes «très médiatisées» (dont l’affaire de l’imam de Vénissieux, soupçonné de financer les «filières tchétchènes», puis remis en liberté faute de preuves, et l’affaire de la ricine qui aurait été trouvée dans les consignes de la gare de Lyon à Paris puis classée sans suite, et celle du bagagiste de Roissy), n’ont pas eu de suite, et n’ont «accouché que d’une souris» dans la discrétion la plus totale.

Mohamed Mehdi