Les patrons français reviennent en Algérie

CONSCIENTS DE LA CONCURRENCE ASIATIQUE

Les patrons français reviennent en Algérie

De Notre Correspondant A Paris : S. RAOUF, Le Quotidien d’Oran, 24 janvier 2006

A un rythme désormais régulier, le Mouvement des entreprises de France poursuit son approche du marché algérien. Deux mois ne s’étaient pas encore écoulés depuis la journée d’information à Paris qu’une nouvelle opération est annoncée pour fin février par l’organisation patronale.

Une mission de chefs d’entreprises reprendra le chemin de l’Algérie fin février. La délégation sera conduite par Yves-Thibault de Silguy, président du Comité Algérie et délégué général de SUEZ, et François Périgot, ex-patron du Medef International et président de l’organisation internationale des employeurs.

Aucune indication n’était, ce week-end, disponible sur le nombre de capitaines d’industrie et d’hommes d’affaires qui seront du voyage. La mission sera à Alger les 27 et 28 février avant de rallier Oran le 1er mars.

C’est la première fois que le Medef inscrit au programme d’un séjour algérien une ville autre que la capitale. Depuis 1998, date de la réapparition de la destination «Algérie» dans l’agenda des milieux d’affaires français, seules les chambres de commerce ont posé leurs pieds au-delà des limites d’Alger et de ses environs immédiats.

Selon le pré-programme concocté par la Mission économique et financière française à Alger et le Forum (algérien) des chefs d’entreprises, la mission sera centrée sur deux directions. A l’image des précédentes missions, les capitaines d’industrie français approfondiront leurs contacts avec leurs partenaires. Ils mettront également à profit ce voyage pour s’informer davantage sur le profil du paysage économique algérien à l’aube de 2006. Depuis plusieurs mois, les milieux économiques de l’Hexagone scrutent les moindres évolutions du marché national. Les entreprises travaillant sur l’Algérie ont les yeux rivés sur la concurrence qui s’y dessine au travers de la présence asiatique.

A preuve, l’exposé des motifs de la prochaine mission ne s’en cache pas. Dans un courrier adressé aux chefs d’entreprises portées sur l’Algérie, Yves-Thibault de Silguy les invite à mettre davantage le cap sur cette direction. Certes, admet-il, «des difficultés subsistent mais la concurrence asiatique, notamment chinoise avec l’augmentation sensible des échanges entre Alger et Pékin, l’intérêt croissant d’autres pays comme l’Italie, la Turquie ou l’Espagne dont les entreprises y sont de plus en plus présentes, la montée en puissance des Etats-Unis, nous poussent aujourd’hui à aller, nous aussi, plus vite et plus loin».

L’allusion à l’agitation asiatique n’est pas nouvelle. En novembre dernier, l’ombre de la Chine avait plané de bout en bout sur les travaux de la journée d’information organisée au siège d’UBIFRANCE à Paris. Un nombre substantiel d’intervenants a pointé du doigt la poussée irrésistible des entreprises de Pékin et de Shanghai dans les domaines du BTP, de l’industrie et des services. Pierre Mourlevat, le chef de la Mission économique et financière, a cité à l’appui de ce constat la part du «jaune» dans la structure du commerce extérieur algérien.

Pour le Medef, la mission de la fin de l’hiver vient à point nommé pour décortiquer davantage – et de visu – un marché où les Français, Italiens, Espagnols et Américains ne sont plus les seuls à s’y montrer. A Alger et à Oran, il sera, entre autres interrogations, question de la place des entreprises françaises en Algérie en 2006. A pied d’oeuvre en Algérie à travers l’entreprise SUEZ, premier acteur étranger dans le domaine de l’eau, Yves-Thibault de Silguy fait valoir les possibilités de business au moyen d’un langage appuyé. «L’Algérie, écrit-il à ses pairs français, améliore son environnement des affaires et les conditions d’exercice». De même qu’elle «accélère son processus de réformes» à travers la «dérégulation de l’activité économique, la privatisation et la réforme de secteurs jusque-là en panne».