Traité d’amitié algéro-français: Paris multiplie les déclarations

Traité d’amitié algéro-français

Paris multiplie les déclarations

El Watan, 12 janvier 2006

Le travail de mémoire commun, les archives de l’époque coloniale ainsi que les intérêts matériaux et moraux des communautés non résidentes sont les points les plus délicats dans le traité d’amitié algéro-français, nous précise une source à Alger.

Ceci alors que du côté de l’ambassade de France à Alger, on nous indique que « les commissions mixtes qui ont planché sur la préparation des documents de référence à la signature de ce traité avaient bien avancé durant les premiers mois de l’année 2005 ». Sauf que, ajoute-t-on, les émeutes dans les banlieues françaises d’octobre dernier, fait couplé au tollé contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005 et ensuite à la maladie du président Bouteflika, ont retardé la confection et l’approbation de texte final. C’est dans ce contexte que les déclarations, à ce sujet, se sont multipliées cette semaine en France et en Algérie. Jacques Chirac a justement déclaré, mardi, que « l’Algérie et la France travaillent afin qu’un traité d’amitié vienne consacrer, dans un esprit d’équité et d’ouverture, cette relation nouvelle, confiante et durable qui est de l’intérêt de tous ». Le Président français a fait cette déclaration, en présence de Missoum Sbih, ambassadeur d’Algérie en France, lors de la présentation de ses vœux au corps diplomatique international accrédité à Paris, rapport l’AFP. La veille encore, M. Chirac, s’inscrivant dans cette perspective, a appelé au « dialogue et la compréhension (qui) doivent contribuer à l’apaisement des passions » par rapport à la loi du 23 février 2005, notamment son article 4. Sans citer expressément l’Algérie (et les Antilles), où cette loi a provoqué une indignation sans réserves, il a affirmé que « sans jamais renoncer à la vérité historique – que naturellement seuls les historiens peuvent éclairer – ni rien retrancher à notre très légitime fierté d’être Français, il est de notre devoir de respecter la mémoire de chacun, surtout lorsqu’elle est douloureuse », précise l’AFP. Adressant ses vœux aux anciens combattants, Chirac a reconnu, est-il ajouté, que la France a « une histoire glorieuse », mais qu’elle a connu aussi « des pages moins lumineuses ». Côté algérien, tout semble aller dans le sens d’un parachèvement de ce processus de rapprochement entre les deux pays. Pour preuve, Mohamed Bedjaoui, ministre des Affaires étrangères, cité par notre confrère Le Soir d’Algérie, a affirmé, dimanche dernier, à propos de ce traité, que « la signature est pour bientôt, si Dieu le veut ». Cela vient, en tout cas, donner de la précision et de la consistance au message du Président algérien adressé à son homologue français, le 31 décembre 2005, juste à son retour au pays. M. Bouteflika avait surtout renouvelé « la volonté commune d’approfondir davantage les liens d’amitié et de coopération qui unissent les deux pays et les deux peuples ». Au moment où ce dernier était en soins en France, M. Chirac avait chargé (le 9 décembre 2005) Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, de la « mission pluraliste pour évaluer l’action du Parlement dans les domaines de l’histoire et de la mémoire ». Celui-ci a trois mois pour accomplir toute une série d’auditions et remettre ses conclusions, qui permettront au gouvernement de se prononcer sur une éventuelle abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui impose aux ouvrages scolaires de présenter « le rôle positif » de la colonisation. C’est peut-être une indication sur le temps qui reste pour arriver à conclure ce traité. En attendant, la refondation des relations entre les deux Etats se poursuit, notamment au plan économique, tel que formulé par l’aide-mémoire sur le partenariat signé entre les deux pays, le 27 juillet 2004, à Alger. La France est le premier fournisseur de l’Algérie avec 3,13 milliards d’euros d’exportation et son quatrième client avec 2,62 milliards d’euros d’importation.

Salah Eddine Belabes