Merkel torpille le projet d’union méditerranéenne

Réagissant aux déclarations de Sarkozy à Alger

Merkel torpille le projet d’union méditerranéenne

El Watan, 8 décembre 2007

« Il n’y aura pas une union de la Méditerranée comme le proposait le président français mais un développement des consultations entre l’Union européenne et la région (Méditerranée) », a déclaré hier à l’AFP le porte-parole de la chancelière allemande.

Le projet de l’union méditerranéenne (UM) a-t-il de l’avenir ou serait-il (déjà) mort-né ? Le projet,« cher » au président français Nicolas Sarkozy de réunir tous les pays du pourtour méditerranéen a buté jeudi sur un écueil de taille : le refus allemand. Le « veto » allemand tel qu’il a été exprimé ne souffrait aucune ambiguïté. « Il n’y aura pas une « union de la Méditerranée » comme le proposait le président français mais un développement des consultations entre l’Union européenne et la région (Méditerranée) », a déclaré hier à l’AFP Thomas Steg, le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel. Les résultats du 32e sommet informel franco-allemand qui s’est tenu à l’Elysée dans la soirée de jeudi ont ainsi presque sonné le glas de l’UM, encore à l’état embryonnaire. La rencontre au sommet entre le président français et la chancelière allemande n’a pas eu l’effet escompté. Bien au contraire, elle a fait éclater au grand jour le profond désaccord qui ronge le couple franco-allemand sur le dossier de l’union méditerranéenne. « Si à côté de l’Union européenne, les Etats riverains de la Méditerranée devaient constituer une deuxième union totalement différente, j’ai dit que cela risquait de constituer une épreuve difficile pour l’Europe », a déclaré Angela Merkel à l’issue dudit sommet. « Une union à l’intérieur de l’Union aurait pu avoir un effet explosif incroyable, libérer des différences régionales et entraîner, en réaction, une union de la mer Baltique », a affirmé de son côté Thomas Steg. Aux pays du sud de la Méditerranée qui ont exprimé un « intérêt poli » pour l’union méditerranéenne, Merkel et Sarkozy promettent d’« améliorer » le Processus de Barcelone. Maigre consolation quand on sait le sort réservé à celui-ci. « Il n’y aura pas une telle union de la Méditerranée mais, en revanche, le Processus de Barcelone sera amélioré », a déclaré le porte-parole d’Angela Merkel. Vaincu mais pas résigné, le président français, qui manifestement a dû sous l’insistance du partenaire allemand revoir à la baisse ses ambitions en la matière, a annoncé que la France et l’Allemagne allaient « travailler pour une proposition commune visant à associer tous les Européens qui le voudraient au projet d’union de la Méditerranée ».

Scepticisme de Merkel, reculade de Sarkozy

A l’université de Constantine, Nicolas Sarkozy a tenu un tout autre discours. Mercredi dernier, au dernier jour de sa visite officielle en Algérie, il a déclaré : « L’union de la Méditerranée, c’est un pari et un défi (…) qui n’est ni plus ni moins raisonnable que celui de l’Europe il y a soixante ans » et invite son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, à « bâtir l’union méditerranéenne sur l’amitié franco-algérienne (…) comme la France offrit jadis à l’Allemagne de construire l’Union de l’Europe sur l’amitié franco-allemande ». La déclaration a fait tilt de l’autre côté du Rhin. Mme Merkel réagit en temps réel et critique. Dans un discours consacré à la capacité d’action de l’Allemagne en Europe (colloque organisé à Berlin), la chancelière allemande juge la proposition française porteuse de périls majeurs. « Je suis très sceptique, je le dis sans fard », a-t-elle dit . La proposition, estime-t-elle, est dangereuse et risque de « désintégrer l’Union européenne en son noyau » et de « libérer des forces de tension dans l’UE ». « Si nous disons : construisons maintenant une union méditerranéenne à laquelle seuls les pays riverains de la Méditerranée prennent part (…), mais qui utilise les instruments financiers de l’UE, je prédis que d’autres vont dire : nous devons faire aussi une union d’Europe de l’Est, par exemple avec l’Ukraine, et eux aussi pourront utiliser ces fonds. » « Et se produira alors quelque chose que je juge extrêmement dangereux. Il pourrait arriver que l’Allemagne se sente davantage portée du côté des pays de l’Europe centrale et de l’Est, et la France davantage du côté des pays de l’Union méditerranéenne. » La « mise en garde » est à peine voilée. Le message, lui, est clair comme l’eau de roche.

Aziri M.