Propos de Macron sur la colonisation : de timides réactions officielles en Algérie

Propos de Macron sur la colonisation : de timides réactions officielles en Algérie

Fayçal Métaoui, TSA, 18 février 2017

Les déclarations du candidat à l’élection présidentielle française Emmanuel Macron qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » ont suscité de timides réactions officielles en Algérie.

À partir de Khenchela, Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine, cité par l’agence APS, a déclaré, que la France doit assumer ses responsabilités envers l’Algérie et les dossiers en suspens entre les deux pays. « Les essais nucléaires dans le Sahara algérien sont une preuve de l’atrocité des crimes commis par la France coloniale en Algérie », a-t-il soutenu.

En janvier 2016, Tayeb Zitouni, en visite officielle en France, a abordé la question de l’indemnisation des victimes des dix sept essais nucléaires français, effectués entre 1960 et 1966 à Reggane (Adrar) et à In Ekker (Tamanrasset).

À Paris, le ministre des Moudjahidine a abordé deux autres dossiers : la restitution des archives et les disparus de la Guerre de libération. Dans ses récentes déclarations, Tayeb Zitouni n’a ni cité le nom de Emmanuel Macron ni repris l’expression « crime contre l’humanité ».

Parlant au nom du RND, Ahmed Ouyahia a estimé que les déclarations de l’homme politique français ont été faites pour des considérations électorales. « Puisqu’ils parlent de crime contre l’humanité et ils se disputent entre eux. Je leur rappelle qu’ils sont venus pour nous effacer. Ce n’est pas nous qui le disons mais leurs officiers qui l’ont écrit au XIXe siècle », a-t-il déclaré lors d’un discours prononcé samedi à Alger à la faveur de la célébration du 20e anniversaire du RND.

Silence du FLN

Le FLN, pourtant historiquement concerné par la thématique de la colonisation, garde le silence. Aucune réaction de la part de ses responsables. Sur son site, le parti de Djamel Ould Abbès, a évoqué uniquement la célébration de la Journée nationale du Chahid (18 février).

Par le passé, le FLN a toujours gardé une distance -inexplicable- par rapport aux débats et aux polémiques liés à la colonisation française. Il en est de même pour les organisations qui appartiennent à « la famille révolutionnaire » comme l’Organisation nationale des Moudjahidine (ONM), l’Organisation des enfants de chouhada (ONEC) ou l’Organisation des enfants de Moudjahidine (ONEM).

L’ONM, dont le rôle est la sauvegarde et la défense de la mémoire des chouhada et des anciens combattants de la Guerre de libération nationale, n’a pas réagi aux propos de Macron.

Malgré son poids moral, l’ONM se refuse à intervenir ou à enrichir les débats relatifs à la guerre d’indépendance et au colonialisme. Said Abadou, Secrétaire général de l’organisation, intervient rarement dans les médias. Il se contente de brefs discours occasionnels dans des cérémonies protocolaires. Et pourtant, Abadou figure parmi ceux qui appellent la France à reconnaître ses crimes coloniaux et à indemniser les victimes (notamment des essais atomiques du Sahara).

Les déclarations de Macron sont une occasion pour lui de rebondir sur la question. Il ne l’a pas encore fait.

La Fondation du 8 Mai 1945 et l’Association Mechâal Echahid font preuve, ces dernières années, de plus d’initiative dans le sens d’une reconnaissance française des crimes commis durant la période coloniale.

L’historien Mohamed El Korso, ancien président de la Fondation du 8 mai 1945, a souligné, à El Khabar, le caractère important des déclarations de Macron. « C’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle française qualifie la colonisation de crime contre l’humanité. Mais s’il est élu président, répétera-t-il la même déclaration ? Ouvrira-t-il les archives stratégiques relatives aux essais nucléaires ? », s’est-il interrogé remarquant au passage le silence de la gauche française sur les déclarations de Macron. « Benoit Hamon (candidat du Parti socialiste) aura-t-il le courage politique de visiter l’Algérie après « le tsunami » provoqué par les déclarations de Macron », s’est-il demandé aussi.