Conférence de presse du président du Sénat français

Conférence de presse du président du Sénat français

Bouteflika considère qu’il «ne suffit pas de bombarder pour trouver une solution»

par Mohamed Mehdi, Le Quotidien d’Oran, 12 septembre 2015

Le partenariat «économique, culturel et éducatif» algéro-français, la Libye, la situation en Syrie, et plusieurs autres sujets, étaient au menu des discussions du président du Sénat français avec les responsables algériens, a expliqué Gérard Larcher, lors d’une conférence de presse, organisée, hier matin, au salon d’honneur de l’aéroport d’Alger.

Le président du Sénat français a été reçu par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et son homologue Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation, le président de l’APN, M. Ould Khelifa, le MAE, M. Lamamra. Il a, également, rencontré la ministre de l’Education, Mme Benghebrit, «une femme courageuse», dira-t-il encore.

La visite du président du Sénat français, «la première depuis 16 ans», c’était aussi pour «rattraper le retard» et établir une «véritable coopération parlementaire, avec le Conseil de la Nation», explique M. Larcher. Cette coopération s’étendra à certains dossiers, comme le «numérique» et les échanges de fond «entre les commissions» des deux institutions, concernant précisément la «définition de règles de l’investissement pour les entreprises et notamment pour les entreprises françaises» qui «permettraient le redéploiement économique de l’Algérie», ajoute le président du Sénat français.

«Nous avons abordé, dans le volet relations algéro-françaises, le partenariat économique, le partenariat culturel et le partenariat éducatif», précise M. Larcher.

Dans le volet partenariat économique, Gérard Larcher affirme avoir rencontré des «patrons d’entreprises françaises» qui lui «ont exprimé clairement leur volonté de poursuivre leur investissement en Algérie» et «ont exprimé un certain nombre d’interrogations que nous avons répercuté aux personnalités que nous avons rencontrées». Parmi les sujets évoqués, «la question du 49/51» se pose, en particulier pour les entreprises de «taille moyenne». «Je crois qu’il y a une véritable réflexion à mener» sur cette question qu’il dit avoir abordée avec M. Sellal. A ce sujet, la réponse du Premier ministre a été que «rien n’est bloqué», selon M. Larcher.

Outre le 49/51, la question des «lenteurs administratives» fait partie des préoccupations des entreprises françaises en Algérie.

UNE RECONNAISSANCE POLITIQUE DES TOUAREG

De nombreuses questions internationales ont été également évoquées. «Nous avons longuement parlé de la situation, dans l’ensemble de la Méditerranée et en Afrique, en particulier dans la région du Sahel et au Mali», dit-il. A propos de l’Accord de paix au Mali, signé en juin dernier, Gérard Larcher estime que «si on voulait garantir que cet accord n’ait pas le destin des précédents, et j’ai une date qui a été citée par le président de la République (Abdelaziz Bouteflika, ndlr)», il est «indispensable d’avoir une politique de développement et de soutien au Mali».

Par ailleurs, et toujours à propos du Mali, le président du Sénat français, qui rappelle que les «autorités algériennes ont soutenu l’intervention militaire de la France», estime qu’une reconnaissance politique doit être accordée aux Touareg. «On pourra faire tous les accords, s’il n’y a pas, concrètement, le sentiment, pour le peuple touareg, d’être reconnu, y compris politiquement, et pour que l’ensemble de la diversité malienne se sente associée», a-t-il déclaré.

La situation en Libye a, également, été au menu des discussions entre les deux parties. Gérard Larcher n’a pas voulu s’attarder sur les positions (antagonistes) «prises par nos deux pays» au début de la crise libyenne. «Mais nous avons retenu qu’il fallait conforter les discussions en cours, entre les parties libyennes, sous l’égide de l’ONU», en parlant avec «tout le monde» avec «un agenda unique», insiste-t-il. «Nous avons senti, chez nos interlocuteurs (algériens, ndlr), à la fois, beaucoup de réalisme sur la difficulté de rapprocher les points de vue» entre les différentes parties en conflit, mais en même temps «qu’il n’y a pas d’autre solution que d’avoir un gouvernement de transition d’Union nationale qui permet de reconstruire un Etat».

BOUTEFLIKA : EN SYRIE, «LE PLUS URGENT C’EST DE NEUTRALISER DAECH»

«Nous avons évoqué une question importante qui est celle du soutien à la Tunisie», a déclaré le président du Sénat français, annonçant des rencontres entre responsables tunisiens et français dans les semaines à venir.

Sur le dossier de la Syrie, qui sera au menu d’un débat au Sénat, Gérard Larcher affirme que ses interlocuteurs algériens «nous ont rappelé qu’il y a une seule vraie menace, en tout cas une priorité, qui est la neutralisation de ‘Daech’. Et que c’est la priorité des priorités».

Nous avons rencontré pendant un peu moins d’une heure M. Bouteflika, avec lequel nous avons abordé les questions internationales». Selon M. Larcher, sur le dossier syrien, Bouteflika considère qu’il «ne suffit pas de bombarder pour trouver une solution» et que «la priorité c’est ‘Daech’».

Le prochain déplacement du président du Sénat français, en dehors de l’Europe, sera en Iran, a-t-il précisé.


Visite de Gérard Larcher, président du Sénat français

La question de la règle des 51/49% abordée avec Sellal

El Watan, 12 septembre 2015

Gérard Larcher, président du Sénat français, a ponctué hier sa visite de quatre jours en Algérie en animant une conférence de presse dans le salon d’honneur de l’aéroport d’Alger.

Les messages qu’il a véhiculés ont été d’une haute teneur politique. Il a abordé plusieurs questions internationales et les convergences de vue sur certains dossiers. C’était aussi l’occasion d’affirmer, puisqu’il y a 16 ans qu’un président du Sénat n’était venu, l’importance de la relation entre les deux Sénats et les deux pays.

«Cette visite s’inscrit dans un certain nombre d’objectifs : d’abord établir une véritable coopération parlementaire avec le Conseil de la nation tout en prenant en compte nos différences concernant le mode de fonctionnement.

Nous nous fixons un rendez-vous sur un calendrier de travail où la première étape serait la fin du premier semestre 2016.

Le premier rendez-vous aura lieu peut-être à Paris.» Il a aussi ajouté : «Nous avons des sujets immédiats : le premier dans lequel les gouvernements algérien et français se sont fortement impliqués est la COP21 : nous avons souhaité donner une dimension parlementaire forte et nous avons un projet de déclaration commune qui est en cours d’examen.»

A ses yeux, si la question du climat et de l’environnement est une des questions politiques, ce sont «les Parlements qui auront à voter ou ne pas voter des textes parce que nous représentons les territoires où doivent se produire des efforts de progrès en matière de lutte contre le réchauffement climatique».

Second sujet traité : le numérique et une réflexion sur la place et le rôle des chaînes parlementaires où la France a une expérience appréciable.

Parmi les autres échanges figurent la question de savoir comment rendre plus fluide la définition de règles, «notamment pour les investissements et les entreprises qui permettent de conforter le redéploiement économique de l’Algérie et la volonté exprimée par le président de la République française est que les entreprises françaises s’engagent dans un esprit de partenariat, on ne fait pas que venir et repartir.

Nous avons bien eu le sentiment que nous venons à un moment où la dimension politique entre l’Algérie et la France est forte». Il y a eu également au centre des discussions de grands sujets internationaux de l’heure. «Nous avons longuement parlé de la situation dans l’ensemble de la Méditerranée et en Afrique.

Concernant le dossier du Sahel et du Mali, nous avons échangé sur ce que l’Algérie a assuré en juin dernier, notamment dans l’Accord entre le gouvernement malien et les mouvements de l’Azawad. Les Algériens nous ont dit qu’il est indispensable d’avoir une politique de développement et de soutien, et la nécessité d’accompagner concrètement ce pays et cette région, il ne faut pas que les crédits se perdent !»

Second sujet : la Libye : «Il faut conforter la négociation sous l’égide des Nations unies en parlant avec tout le monde, avec un agenda clair et unique.

Nous avons senti chez nos interlocuteurs, à la fois, beaucoup de réalisme sur la difficulté de rapprocher les points de vue et en même temps qu’il n’y avait pas une autre solution que d’avoir un gouvernement de transition et d’union nationale qui permettrait de reconstruire un Etat, car quand on fait disparaître un Etat, alors il n’y a plus de règle, de rassemblement, il faut refonder les prémices d’un Etat.»

La question du soutien à la Tunisie a aussi été évoquée. Il a été rappelé «qu’entre ceux qui s’étaient engagés à soutenir la Tunisie et la réalité des fonds qui ont été jusqu’ici apportés, il y a sans doute quelques utiles rappels à faire».

Quant à la Syrie, «les Algériens nous ont rappelé qu’il n’y a qu’une seule et vraie priorité : l’élimination de Daech, et si l’on s’inventait des priorités successives, nous n’arriverons à rien, les raids aériens peuvent ralentir ou affaiblir, ils ne régleront pas la situation».

Lors des discussions, il a été question des partenariats économique, culturel, éducatif et la dimension humaine. La France sera l’invitée d’honneur du prochain Salon du livre d’Alger, «Il faut qu’on avance encore plus dans ce secteur», a-t-il dit. Gérard Larcher a rencontré les chefs d’entreprise français qui lui ont exprimé clairement leur volonté de poursuivre et d’amplifier leurs investissements en Algérie (secteurs automobile, électrique, agroalimentaire et services).

Sur le plan économique, il y a encore des réglages à faire, mais s’il y a un débat qui divise, c’est celui de la règle des 51/49% surtout quand il s’agit d’amener des sous-traitants. «Je ne suis pas venu échanger des promesses et le Premier ministre Sellal a répondu que rien n’était bloqué et qu’il fallait avancer avec réalisme sur ces sujets.

Il y a encore notamment dans l’administration un certain nombre de textes qui doivent libérer les énergies et une certaine lenteur : nous avons clairement compris qu’il fallait redéployer l’économie en dehors de la monoculture de l’énergie, mais il va falloir accélérer les réformes», a-t-il conclu.

Kamel Benelkadi