L’immigration et l’identité nationale seront bien au menu du gouvernement français

L’IMMIGRATION ET L’IDENTITE NATIONALE SERONT BIEN AU MENU DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS

Un ministère à part entière dès la semaine prochaine

par L’un De Nos Correspondants A Paris: S. Raouf, Le Quotidien d’Oran, 9 mai 2007

Ce n’était pas un effet d’annonce, encore moins un propos à usage électoraliste. Le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale sera bien au coeur de la configuration gouvernementale de l’ère Sarkozy. Un «Monsieur» immigration fera partie du cabinet «resserré» qui, dans les prochains jours, posera aux photographes sur le perron de l’Elysée.

Selon des sources concordantes, la gestion des migrants sera portée par un département ministériel à part entière et non pas un simple secrétariat d’Etat ou ministère délégué. Le successeur de Chirac a voulu très vite dans la concrétisation d’une des propositions les plus controversées de sa campagne.

Avant même que les urnes ne le préfèrent à Ségolène Royal, il avait engagé la réflexion sur la faisabilité du projet et sa mise en oeuvre. Des proches y travaillent depuis plusieurs semaines si l’on en croit un journal parisien généralement bien informé sur les intentions du candidat UMP.

Aucun nom n’a été avancé pour diriger ce ministère, le premier du genre dans l’histoire institutionnelle de France. Depuis quarante-huit heures, les spéculations de presse ont avancé un nom pour quasiment l’ensemble des postes gouvernementaux, y compris le premier d’entre-eux, Matignon. Seul le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale n’a pas été doté par le jeu d’hypothèses.

Seule «beurette» à faire partie de l’état-major de campagne du chef de l’UMP, la Franco-Marocaine Rachida Data, n’a jamais été donnée comme titulaire potentielle du poste. Du reste, elle refuse de se confiner dans un rôle en fonction de ses origines. «Je ne suis pas l’Arabe qui s’occupe des Arabes».

Codifiée par le législateur depuis 1945, l’immigration sous toutes ses facettes – entrée, séjour, travail, asile et naturalisation – a toujours été gérée par trois départements ministériels.

Le ministère des Affaires étrangères s’en occupe à travers la délivrance des visas longue durée dit d’installation. L’Intérieur prend le relais pour la délivrance des titres de séjour. Le ministère du Travail et de la Protection sociale gère le regroupement familial, les permis de travail et la naturalisation. L’administration de la Justice n’est pas en reste, les tribunaux d’instance gérant une partie importante des naturalisations.

Au-delà de l’administration centrale, une multitude d’institutions et d’organismes s’occupent de la gestion des questions migratoires. Leur nombre et leurs prérogatives n’ont cessé d’évoluer au gré des changements de la loi et des énoncés des politiques gouvernementales en matière d’immigration. Derniers grands changements en date, l’Office des migrations internationales (devenue ANAEM) et l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ont été profondément réformés. Prononcée lors d’un meeting en province, l’idée de Sarkozy sur un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale a suscité une des polémiques les plus vives de la présidentielle 2007. Opposition de gauche, centristes proches de François Bayrou, association de défense des droits de l’homme et intellectuels avaient dénoncé une politique de charme en direction de l’extrême droite.

La proposition a troublé plus par l’intitulé sémantique – identité nationale – que par l’opportunité d’un département ministériel spécialement dédié aux questions migratoires. D’aucuns parmi les contestataires de l’idée sont allés jusqu’à établir un parallèle entre la thématique d’identité nationale et les intitulés de certaines institutions dans la France pétainiste.

Depuis le débat des années 1990 et la multiplication des lois sectorielles, un constat consensuel a surgi au détour des débats et des polémiques politiciennes autour de l’immigration. A droite comme à gauche, plusieurs hommes politiques, inspirés par des fonctionnaires, ont critiqué l’émiettement des administrations chargées de la gestion des étrangers. Aussi, ont-ils suggéré leur regroupement au sein d’une seule entité. Nicolas Sarkozy s’en est emparé, en y ajoutant la formule d’identité nationale. D’où une préoccupation fondée et somme toute légitime.