Loi du 23 février: La gauche française unie pour son abrogation

Article 4 de la loi du 23 février

La gauche française unie pour son abrogation

Par Faouzia Ababsa, La Tribune, 17 décembre 2005

La première étape, après les traditionnelles dénonciations, a été lancée à partir du plateau de France 2, jeudi 8 décembre. C’était à l’occasion de l’émission animée par Arlette Chabot, «A vous de juger». Dominique Strauss Kahn, ex-ministre de l’Economie sous Jospin, a invité l’ensemble de la gauche française à lancer une pétition pour l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 jugée honteuse. Le lendemain, le site de la pétition «abrogation.net» est créé et pas moins de 25 000 signatures ont été enregistrées depuis le 9 décembre. Quant à la deuxième étape, elle s’est matérialisée, jeudi dernier, par l’organisation d’une manifestation. Le premier secrétaire du PS a d’ailleurs relevé, lors d’une conférence de presse à l’issue de ce rassemblement, le caractère exceptionnel de cette manifestation en ce sens que pour lui «l’enjeu est exceptionnel. Si nous nous trouvons tous ici, au-delà de nos différences, c’est parce que nous avons le même objectif et la même révolte» Les organisateurs de la marche ont dit leur détermination absolue à aller jusqu’au bout pour l’abrogation de l’article 4 de loi du 23 février 2005 qui glorifie la colonisation et ses supposés bienfaits. François Hollande a également déclaré que la droite est triplement responsable en adoptant cette disposition «choquante, blessante et méprisante».
La première faute de la droite, a estimé le premier responsable du Parti socialiste français, c’est d’avoir présenté la loi du 23 février 2005.
La seconde, «c’est d’avoir rejeté la proposition du PS présentée le 29 novembre dernier exigeant son abrogation, et la troisième c’est d’avoir convoqué une mission pour éviter précisément de revenir sur la proposition de l’abrogation».
Pour la porte-parole de Lutte ouvrière, partie prenante de la manifestation, l’abrogation de cette disposition, qui reconnaît la souffrance des rapatriés mais pas celles des peuples colonisés, est une évidence. Pour rappel, l’article 4 de la loi du 23 février qui a provoqué un tollé général aussi bien en France qu’en Algérie, dispose que «les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée». Une disposition qui ne cesse de susciter des remous depuis son adoption. A telle enseigne que le Premier ministre français, sous la pression et au lendemain des déclarations de Abdelaziz Bouteflika, qui n’a pas été de main morte, sur cette question a indiqué qu’il n’appartenait pas au Parlement de dire l’histoire. Jacques Chirac, pour sa part, et après moult interventions aussi bien dans les médias écrits qu’audiovisuels sur le fait que cette disposition compromettait de manière définitive la signature du traité d’amitié a mis en place une mission chargée d’examiner cette question. L’objectif est, dans un premier temps, de dépassionner les débats et de ramener l’apaisement. Ce que justement la gauche française, centre, radicale et extrême gauche, a estimé être une diversion pour contourner l’abrogation du fatidique article. Rappelons aussi que Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et non moins président de l’UMP, auteur de la loi du 23 février, a dû reporter de plusieurs semaines son déplacement aux Antilles en raison des manifestations dénonçant l’article 4 du texte voté par l’Assemblée française. D’ailleurs, Aimée Casaire avait clairement indiqué qu’il n’était pas question que «Sarko» soit le bienvenu.

F. A.