Adhésion de l’Algérie à la francophonie: la fin d’un tabou ?

Adhésion de l’Algérie à la francophonie

Est-ce la fin d’un tabou ?

Par Hassan Moali , Liberté, 20 novembre 2004

L’intégration de l’espace francophone sera sans doute le dernier « vieux » tabou cassé par le président Bouteflika.

L’Algérie sera, sauf retournement de dernière minute, un membre à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à l’occasion du dixième sommet de cet espace politique, économique, culturel et social, qui aura pour cadre la capitale burkinaise Ouagadougou. Le président Abdelaziz Bouteflika, qui est officiellement invité au sommet des chefs d’État les 26 et 27 de ce mois, y sera non pas en qualité d’observateur, mais cette fois en tant que représentant d’un pays potentiellement membre de l’espace francophone. Une source bien informée nous a confirmé hier l’information rapportée par notre confrère El Watan faisant état d’une adhésion imminente de l’Algérie à la francophonie.
Ainsi donc, le président Bouteflika vient de « franchir le pas » comme le souhaitait son homologue français qui n’a jamais caché sa volonté de voir l’Algérie – le plus grand pays francophone au monde – rejoindre cette organisation parrainée par la France. Après avoir participé en 2002 en tant observateur lors du dernier sommet à Beyrouth sur insistance de Chirac, le chef de l’État semble avoir pris goût à ce forum plus que jamais expurgé de ses arrière-pensées idéologiques et débarrassé de ses pesanteurs néocolonialistes. C’est incontestablement un bon point à mettre à l’actif de Bouteflika qui a compris que l’Algérie a, finalement, beaucoup plus de choses à gagner qu’à perdre en intégrant cet espace géopolitique. Et pour cause, dans le monde d’aujourd’hui caractérisé par une mondialisation engloutissant systématiquement les nations faibles, il est vital pour un pays comme l’Algérie de compter sur l’appui d’une entité de cette taille. En l’occurrence, la tendance au niveau international est à la constitution des groupements régionaux et à la formation des ensembles territoriaux ou économiques pour faire face, en rangs serrés, aux défis et aux implications de la mondialisation. L’adhésion de l’Algérie à l’organisation de la francophonie est aujourd’hui une option stratégique, au-delà de sa charge symbolique.
Le réchauffement de ses rapports avec la France depuis l’élection de Bouteflika à la présidence de la République en 1999 est tel que cette adhésion allait être immanquablement le point d’orgue d’un partenariat d’exception. La France chiraquienne n’a de cesse de faire les yeux doux à Alger. Après le fameux « partenariat d’exception », Paris fait miroiter à l’Algérie un traité d’amitié qui n’a pas son pareil, mis à part celui ratifié avec les Allemands.
Il est clair que la France attendait un renvoi d’ascenseur sous forme d’une adhésion officielle à la francophonie. Car, toutes proportions gardées, la présence de l’Algérie dans cet espace lui conférera plus de poids et davantage de prestige. Il n’est, en effet, pas fortuit de voir le Canadien Georges Sâada, par ailleurs membre de l’exécutif de l’OIF, reçu par les hautes autorités du pays en octobre dernier. Pas plus que celle dernièrement de Xavier Darkos, ministre délégué chargé de la francophonie, également reçu en haut lieu. L’Algérie membre de la Francophonie, c’est presque le secret de Polichinelle. Alger a pris tout son temps pour peser le pour et le contre jusqu’à n’en trouver aucune raison valable qui pourrait freiner cette dynamique intégrationniste. Ceci d’autant plus qu’un pays comme l’Égypte, qui gravite naturellement dans le giron des Britanniques, a quand même jugé utile de se faire une place au soleil. de la francophonie. Ayant longtemps tourné le dos aux appels du pied de Paris, Alger semble avoir compris que l’héritage du passé colonial ne doit pas hypothéquer indéfiniment l’avenir d’un pays qui aspire au progrès, au développement et à la démocratie. Cette mise à  niveau passe inévitablement par une coopération plus approfondie, plus poussée avec des pays comme la France avec laquelle les liens se conjuguent par l’histoire et la géographie.

Neuf sommets depuis 1986
La Conférence des chefs d’état et de gouvernements des pays ayant le français en partage, appelée « Sommet », rassemble, tous les deux ans, depuis 1986, les chefs d’état ou de gouvernements des pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie.
Instance suprême de la francophonie, le Sommet définit les grandes orientations politiques de la francophonie et confirme les grandes lignes de la coopération pour les années à venir, de manière à assurer son rayonnement dans le monde et à en satisfaire ses objectifs. Le Sommet est présidé par le chef d’état ou de gouvernement du pays hôte du sommet jusqu’au sommet suivant. Il élit, tous les 4 ans, le secrétaire général de la francophonie.
Depuis le premier Sommet de Versailles (France), en 1986, jusqu’à celui de Hanoi (Vietnam), en 1997, les instances de la francophonie ont préparé l’avènement de la dimension politique de la francophonie, réaffirmée lors des Sommets de Moncton (Canada – Nouveau Brunswick) en 1999 et de Beyrouth (Liban) en 2002, et aujourd’hui reconnue sur la scène internationale.

– Versailles (France, 17-19 février 1986) : le président français, François Mitterrand, convoque le premier Sommet de la francophonie. Il rassemble 42 participants, dont 16 chefs d’état et 10 chefs de gouvernements…

– Québec (Canada-Québec, 2-4 septembre 1987) : deuxième Sommet francophone qui établit la cadence bisannuelle des sommets. Le Canada annule la dette publique de 7 pays d’Afrique francophone subsaharienne…

– Dakar (Sénégal, 24-26 mai 1989) : la France renonce au remboursement de la dette publique de 35 pays d’Afrique. Les chefs d’état et de gouvernements décident de mettre sur pied un champ de coopération juridique et judiciaire…

– Paris (France, 19-21 novembre 1991) : le Sommet rassemble 43 états et gouvernements. Le Sommet prend également, l’engagement « de faire avancer le processus de démocratisation, de consolider les institutions démocratiques » et décide de développer les programmes dans ce sens…

– Grand-Baie (Maurice, 16-18 octobre 1993) : la francophonie affirme sa volonté de consolider la démocratie en Afrique ainsi qu’une volonté de coopération Nord-Sud et Sud-Sud. La communauté francophone défend l’exception culturelle au sein du GATT…

– Cotonou (Bénin, 2-4 décembre 1995) : c’est l’affirmation politique de la communauté francophone sur la scène internationale, dans un contexte d’après-guerre froide. Au cours de ce Sommet, la francophonie décide de la création future du poste de secrétaire général, dans le cadre de la révision de sa Charte…

– Hanoi (Vietnam, 14-16 novembre 1997) : les chefs d’état et de gouvernements décident d’institutionnaliser la dimension politique de la francophonie et de la doter d’un porte-parole politique. Ils élisent le premier secrétaire général de la francophonie, Boutros Boutros-Ghali, pour une durée de quatre ans…

– Moncton (Canada-Nouveau-Brunswick, 3-5 septembre 1999) : le Sommet est consacré à la jeunesse. La dimension politique de l’Organisation internationale de la francophonie est réaffirmée et amplifiée. Le secrétaire général reçoit un mandat explicite afin de poursuivre ses actions en faveur du maintien de la paix. Enfin, la défense de la diversité culturelle devient un thème privilégié pour la francophonie…

– Beyrouth (Liban, 20-22 octobre 2002) : le rôle majeur du dialogue des cultures comme instrument de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme est réaffirmé. Monsieur Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, est nommé secrétaire général…

– Ouagadougou (Burkina Faso, 26-27 novembre 2004) : « La Francophonie : un espace solidaire pour un développement durable… »